Il y a des retours que l’on attend avec curiosité, voire avec une certaine tendresse. Celui de Kirstie Alley, icône de la sitcom américaine des années 80-90, en faisait partie. Annoncée en 2013 sur TV Land, la série "Kirstie" promettait une relecture moderne de la sitcom classique, portée par un trio de comédiens ayant marqué l’histoire du petit écran : Kirstie Alley, Rhea Perlman et Michael Richards. Malheureusement, les bonnes intentions s’étiolent rapidement, et la série s’enlise dans une formule surannée, qui ne parvient ni à toucher, ni à faire rire durablement.
L’histoire de Maddie Banks, star de Broadway confrontée à l’arrivée inopinée de son fils biologique qu’elle avait abandonné à la naissance, aurait pu être un terrain fertile pour une comédie douce-amère. La thématique, délicate, ouvrait la voie à des tensions intéressantes entre comédie et émotion. Mais "Kirstie" choisit la voie la plus balisée : celle du comique de situation à l’ancienne, peu renouvelé, souvent artificiel.
L’écriture se contente d’enchaîner les situations attendues sans jamais les transcender. Les dialogues, parfois corrects, peinent à s’élever au-delà du fonctionnel. L’humour, quant à lui, semble figé dans une autre époque, recyclant des effets de style qui, sans réinvention, tombent à plat. Le rire devient mécanique, et la série n’arrive jamais à construire une identité propre.
L’un des principaux regrets tient dans l’utilisation des personnages. Maddie Banks, jouée par Kirstie Alley, est présentée comme une diva capricieuse, attachée à son image et déconnectée du quotidien. Si le personnage avait été écrit avec plus de subtilité, il aurait pu offrir une réflexion nuancée sur la célébrité, l’égocentrisme, et la maternité tardive. Mais Maddie reste enfermée dans une caricature : superficielle, excessive, rarement touchante. Alley, pourtant capable de nuances, surjoue souvent, sans doute à défaut de matière à interpréter.
Face à elle, Arlo, le fils biologique, incarne la voix du bon sens, de la normalité, voire de la banalité. Censé créer le contraste avec la vie exubérante de Maddie, il est pourtant laissé en retrait, et son développement psychologique est quasiment inexistant. Le lien mère-fils, pourtant au cœur de l’intrigue, n’évolue jamais de façon crédible.
Quant aux personnages secondaires, ils souffrent du même traitement. Thelma, la secrétaire, interprétée par Rhea Perlman, est réduite au rôle de faire-valoir sarcastique. Elle rappelle Carla dans Cheers, mais sans la force de caractère ni l’impact. Frank, le chauffeur campé par Michael Richards, semble lui aussi étrangement effacé, presque sous-utilisé. Loin de l’énergie de Kramer dans Seinfeld, il donne l’impression d’un acteur mis en veille, privé de l’absurde qui faisait sa singularité.
On comprend que TV Land ait voulu capitaliser sur la nostalgie des sitcoms à l’ancienne. Le format multicaméra, les rires enregistrés, les décors de théâtre filmé : tout rappelle les grandes heures de la télévision d’hier. Mais sans renouvellement, la nostalgie devient ici un poids. Elle fige la série dans une époque révolue, sans parvenir à dialoguer avec le présent.
Alors que d’autres séries comiques contemporaines (comme The Comeback, ou même Hot in Cleveland) avaient réussi à moderniser ce format tout en gardant une forme classique, "Kirstie" se contente de reproduire des modèles anciens sans recul critique ni originalité.
Avec une note de 4/10, je reconnais à "Kirstie" une intention sincère et quelques rares éclairs — notamment dans la complicité entre les acteurs, parfois palpable malgré l’écriture. Mais dans l’ensemble, le projet manque cruellement d’ambition. La série ne semble jamais savoir si elle veut être un hommage ou une vraie création, un divertissement léger ou un portrait acide du star-system.
Ce manque de direction artistique rend l’expérience frustrante. On reste à la surface des personnages, comme des thématiques. Et ce qui aurait pu être un retour touchant et drôle se transforme en une succession d’épisodes sans relief, oubliables sitôt vus.