L'Essai gagnant
7.3
L'Essai gagnant

Drama SBS (2025)

Voir la série

« Vous comprendriez si vous aviez essayé d’attraper un ballon de rugby en vol. Sa trajectoire est impossible à prédire. C’est pour ça qu’on marque un essai pas un but, au rugby. C’est un clin d’oeil à toutes les tentatives qu’on fait pour attraper un ballon qui rebondit de façon imprévisible. C’est pour çà que le résultat final compte peu. Ce qui compte c’est de dépasser ses limites. D’aller vers l’avant, malgré les obstacles ou les plaquages. C’est pour çà qu’on joue au rugby. »  Ce sont les paroles du coach Joo Ga-ram dans l’épisode 2 lorsque sa piètre équipe réussit l’exploit inattendu à inverser la fatalité lors d’un match.


Introduit au début du XXᵉ siècle via le Japon, le rugby n’a jamais atteint la popularité du baseball ou du football. Et pourtant, la Corée a participé très tôt à la Coupe du monde de rugby. Sport marginal dans le pays, il devient ici une métaphore du potentiel collectif : celui d’une société capable de se réinventer dans les domaines qu’elle décide d’investir. 


Le ballon de rugby a ceci de particulier qu’il ne suit jamais une trajectoire parfaitement linéaire. Il rebondit, change de direction, surprend. Une image qui pourrait presque résumer l’esprit de L’Essai gagnant.


La trajectoire imprévisible du ballon m’a d’ailleurs fait penser à l’histoire de la Corée elle-même. Un pays dont le parcours n’a jamais été vraiment linéaire, marqué par des ruptures, des crises et des reconstructions successives depuis la Guerre de Corée jusqu’à la Crise financière asiatique de 1997, le choix du rugby n’est peut-être pas anodin. 


Le rugby possède aussi une dimension d’esprit de corps qui n’est pas sans rappeler la culture militaire très présente en Corée du Sud. Dans une société où presque tous les hommes passent par le service militaire, ce sport collectif peut évoquer une forme de fraternité née de l’épreuve et du dépassement de soi.

Il évoque aussi un imaginaire bien précis : celui de l’esprit étudiant, de la formation d’un groupe et d’une rivalité sportive constructive. Dans certaines universités coréennes, le rugby a longtemps été associé à une forme d’élite intellectuelle, un peu comme l’aviron à Oxford ou Cambridge. Un paradoxe intéressant pour un sport souvent perçu uniquement à travers sa dimension physique, alors qu’il repose avant tout sur l’intelligence collective et la confiance entre coéquipiers.


Lorsque la série évoque l’apparition d’équipes professionnelles de rugby, elle suggère que ce sport marginal commence lui aussi à se structurer. Le rugby devient alors le symbole d’un champ encore ouvert, où tout reste à construire, exactement comme cette équipe qui part de zéro.


Le mot « essai » lui-même est révélateur. À l’origine, marquer un essai ne donnait pas directement des points : cela donnait simplement la possibilité d’essayer la transformation. On tente, on recommence, on progresse. Ici l’erreur n’est pas un échec, c’est une étape. Dans le rugby comme dans la vie, on avance rarement en ligne droite : on progresse par tentatives, par maladresses, par essais.


Le tir en revanche, exige la maîtrise parfaite du geste : contrôler sa respiration, garder la posture stable, viser droit vers la cible. Un seul tir, une trajectoire droite en opposition avec une trajectoire en courbe qui contourne pour atteindre son but. La trajectoire est nette et précise. Le rugby, lui, accepte l’imprévisible et demande de s’adapter aux rebonds du jeu. Les paroles brèves mais précises de la capitaine Seo U-jin s’opposent à merveille avec le verbe haut et le geste fort de Seong-jun.

Si le tir montre la rigidité de la posture et le contrôle permanent des émotions, le rugby, lui, montre autre chose : les fragilités humaines, les doutes, les rivalités.


Au rugby, les passes doivent être latérales ou vers l’arrière et jamais vers l’avant. Pour avancer, il faut donc courir avec le ballon ou le transmettre à un joueur derrière soi. On progresse ensemble. Après un plaquage, le jeu continue. Un joueur ne peut participer au jeu que s’il est derrière la ligne du ballon. Cela signifie que toute l’équipe doit avancer ensemble et que personne ne peut rester devant pour attendre. Ces règles obligent les joueurs à penser collectivement. Toute l'équipe doit progresser ensemble. Leur coach le rappelle « On dit qu’aucun joueur n’est plus grand que l’équipe. Aucun coach non plus. »


La coach de tir sportif Bae Yi-ji (Im Se-mi) et la capitaine Seo U-jin (Park Jung-yeon) forment en ce sens un parallèle et un contraste intéressants. 


Je croyais qu’il n’y avait pas de romance mais c’est faux. Certes, elle n’est pas dominante comme dans une rom-com mais elle est bien plus simple, plus discrète et surtout plus profonde. La jalousie qui grandit en Seong-jun m’a bien fait sourire. J’ai aimé également ces deux tempéraments féminins. Elles sont franches et directes. Elles parlent peu mais agissent clairement. Leur efficacité est presque éloquente et rappelle l’attitude du tir sportif.


La réalisation est très belle, lumineuse et dynamique. L’humour alterne aisément avec la gravité et la souffrance. J’ai enchaîné les épisodes et j’étais aussi tendue pendant le match que lorsque je le suis devant mon équipe favorite. Les scènes sont bien filmées et bien rythmées, que ce soit sur le terrain ou dans les moments plus quotidiens.


Yoon Kye-sang incarne le coach Joo Ga-ram avec une belle authenticité. C’est un homme qui cache ses blessures derrière une énergie presque excessive, comme un animal blessé qui refuse de s’arrêter. J’ai également été heureuse de retrouver Im Se-mi dans le rôle de la coach de tir Bae Yi-ji, une actrice que j’avais déjà beaucoup appréciée dans la seconde romance de My Dearest Nemesis. 


Le casting fonctionne d’ailleurs très bien dans son ensemble. Les jeunes acteurs incarnant les joueurs de rugby forment une équipe crédible et attachante. Ensemble, ils donnent vraiment l’impression d’un groupe qui se construit peu à peu et ils méritent d’être présentés. 

Les avants avec Kim Ju-yang (Hwang Sung Bin) et Pyo Seon-ho (Woo Min-gyu) les piliers et So Myeong-u (Lee Su Chan) le talonneur.

Les arrières avec Do Hyeong-sik (Yoon Jae-chan) en demi de mêlée, Oh Yeong-gwang (Kim E-jun) en demi d’ouverture, le centre avec Kang Tae-pung (Cho Han-gyul) dans un premier temps puis le jeune prodige Mun Ung (Kim Dan) et enfin l’ailier Yoon Seong-jun (Kim Yo-han) le capitaine. 


Certes, cette jolie série assume un certain « tout est bien qui finit bien », mais sans jamais tomber dans le surfait : elle donne plutôt l’impression d’un instantané de vie qui s’arrêterait simplement sur une belle journée. 

Au fond, la série parle peut-être moins de rugby que de la manière dont un groupe apprend à avancer malgré les trajectoires imprévisibles de la vie. On progresse souvent par essais.

AliceJeanne
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.

Créée

le 8 mars 2026

Critique lue 50 fois

AliceJeanne

Écrit par

Critique lue 50 fois

3
11

D'autres avis sur L'Essai gagnant

L'Essai gagnant

L'Essai gagnant

8

AliceJeanne

211 critiques

Question de Trajectoires

« Vous comprendriez si vous aviez essayé d’attraper un ballon de rugby en vol. Sa trajectoire est impossible à prédire. C’est pour ça qu’on marque un essai pas un but, au rugby. C’est un clin d’oeil...

le 8 mars 2026

L'Essai gagnant

L'Essai gagnant

8

brujar-2

131 critiques

Du fonds du trou jusqu'au sommet

Je suis assez bon public pour ce qui concerne les films et séries sur le sport (j'ai beaucoup aimé le drama Hot stove league, sur le base ball coréen). Alors que je n'en attendais pas grand chose,...

le 1 sept. 2025

L'Essai gagnant

L'Essai gagnant

10

Flofliflon

27 critiques

Critique de L'Essai gagnant par Flofliflon

Un drama original sur le rugby, on vit avec cette équipe toutes les émotions, leur évolution jusqu'à l'apothéose...Les episodes 11 et 12 ont été pour moi "source d'émotion" 🥲!!!10/10

le 10 févr. 2026

Du même critique

Tu étais là

Tu étais là

8

AliceJeanne

211 critiques

A Force de Se Taire

Hui-su vit sous l’emprise d’un mari violent. Quand son amie Eun-su réalise l’enfer qu’elle endure, elle décide de l’aider en se débarrassant de lui. Ce geste déclenche une série d’événements où le...

le 11 nov. 2025

La vie portera ses fruits

La vie portera ses fruits

10

AliceJeanne

211 critiques

Une volonté inébranlable

Ae-soon veut devenir poétesse. Gwan-sik, lui, ne souhaite que rester à ses côtés, l'aimer et la rendre heureuse. Nés tous deux dans les années 50 sur l'île de Jeju, nous suivons leur parcours...

le 2 avr. 2025

Mr. Plankton

Mr. Plankton

8

AliceJeanne

211 critiques

Sur la route de son identité

Hae-Jo (Woo Do-hwan) est un (beau) jeune homme profondément blessé par l’abandon de son père après une erreur survenue à l’hôpital durant son enfance. Lorsqu’un événement vient brutalement...

le 21 nov. 2024