Du period drama romantique à l’américaine, qui cherche à moderniser le genre sans en trahir totalement les codes. On conserve ainsi les éléments essentiels : faste, intrigues sentimentales et conventions sociales, tout en y injectant une approche contemporaine dans la forme et les valeurs.
Cette volonté de modernisation se heurte inévitablement à plusieurs écueils. Les anachronismes, les libertés historiques et certains partis pris sociétaux écornent la crédibilité du projet. La rigueur et la pudeur britannique des codes sociaux qui faisaient toute la saveur des adaptations « guindées » à la Jane Austen s’en trouvent sérieusement amoindries. L’érotisme, sans doute hérité des romans d’origine aux premières de couvertures équivoques, s’exprime à travers de nombreuses scènes de sexe appuyées et peu subtiles, à l’image du maquillage des personnages. Les scénaristes savent incontestablement s’y prendre pour exploiter les fantasmes des téléspectatrices d’aujourd’hui, sans doute l’une des clefs du succès de la série auprès d’un large public féminin.
Cela dit, la série reste globalement réussie. Les dialogues sont bien écrits, la mise en scène soignée et la dramaturgie efficace. Le jeu des acteurs, bien qu’inégal (irritante Lady Danbury qui grimace à outrance et exagère le moindre geste), demeure convaincant dans l’ensemble. L’intrigue, centrée sur la saison mondaine et les mariages arrangés (quitte à délaisser quasiment tous les autres aspects), recycle habilement les motifs classiques du genre tout en les simplifiant à l’extrême. Le mystère entourant l’identité de Lady Whistledown ajoute une touche d’enquête bienvenue qui entretient le suspense.
Mais, malgré ses qualités, la série reste malheureusement complètement plombée par son wokisme et sa distribution multi-ethnique d’une grotesquerie sans nom, vraiment dommage. Ce choix idéologique engendre également un sentiment de relecture historique dérangeant, que l’argument uchronique invoqué ne suffit pas à dissiper.