Faire une série sur le stand-up, c’est déjà un pari risqué. Réussir à faire rire avec une série sur le stand-up, c’est un miracle. La Fabuleuse Mme Maisel relève le défi haut la main, au moins dans ses premières saisons. Les séquences de stand-up, en feux nourris et intenses, sont aussi drôles que percutantes et la série adopte le rythme d’une soirée de seule-en-scène.
Dans le New York de la fin des années 50, au cœur de l’Upper West Side, Midge Maisel incarne l’archétype de la parfaite femme au foyer juive bourgeoise : robe impeccablement cintrée, dinde parfaitement dorée, sourire figé jusqu’à l’épuisement musculaire. Elle soutient son mari Joël, qui, après avoir décidé qu’il était un humoriste en devenir (il ne l’est pas), décide de la tromper avec sa secrétaire (évidemment). Un soir d’ébriété et de désespoir, Midge débarque sur scène en robe de nuit et découvre que c’est elle le talent comique du couple.
Ce premier éclat donne le ton d’un récit d’émancipation qui, pendant deux saisons, file à mille à l’heure et brille de mille feux. Midge explose les codes : elle envoie valser son rôle de femme modèle et refuse la sécurité d’une vie toute tracée. Elle s’éduque à la dure, apprend à rire de tout et surtout d’elle-même, et challenge l’autorité parentale. Mais malgré sa volonté et sa fraîcheur, elle découvre aussi au fil des humiliations et des refus, que ce monde est un monde d’hommes et qu’on ne peut pas toujours tout dire à tout le monde, et encore moins n’importe quand. Son parcours bouleverse également ses proches, en premier lieu ses parents, qui revoient alors leurs certitudes et leurs notions de réussite et de bonheur.
Dès le départ, la série regorge de qualités. La reconstitution historique est somptueuse, la bande originale est un régal, et le casting, porté par une Rachel Brosnahan pétillante et charismatique, est particulièrement équilibré. Les dialogues fusent, le rythme est effréné, et les situations cocasses s’enchaînent sans laisser de répit. La dynamique entre les personnages est l’une des grandes forces du show : le duo Midge-Susie, où une amitié improbable se noue, ou encore l’alchimie électrique entre Midge et Lenny Bruce, apportent une richesse qui maintient l’intérêt à son maximum. La série aborde au passage de nombreux thèmes sérieux et sociétaux, et pointe régulièrement du doigt, avec humour comme gravité, les codes sociaux conservateurs.
Mais à force de vouloir aller vite, trop vite, la série se perd un peu et commence à tourner en rond. Dans les premières saisons, Midge découvre un autre monde : elle travaille, elle affronte des difficultés économiques, elle sort de sa bulle dorée. Midge commence à avoir du succès ? Immédiatement, elle rachète son appartement et retrouve son style de vie bourgeois. Comme si les scénaristes ne savaient plus quoi faire d’elle une fois « émancipée ». Fini la remise en question des rôles sociaux et des attendus de la condition féminine. La mise à distance critique et le regard sociétal disparaissent peu à peu de la série. Celle-ci se perd dans des intrigues secondaires moins percutantes et commence à délaisser ce qui faisait sa force : Midge et l’autodérision spontané vis-à-vis d’elle-même mais surtout de son milieu. On s’intéresse davantage à ses parents, à Joël et même à des intrigues annexes qui ne brillent pas par leur originalité. Tout le monde parle et s’agite à toute vitesse, sans que cela avance vraiment.
Après un départ tonitruant, la série semble avoir atteint un plateau. Ce constat semble être partagé par les scénaristes qui changent de procédé dans la dernière saison, avec de nombreux aller-retours temporels, entre un futur lointain après un succès fulgurant et un présent qui avance péniblement. Je regrette la manière dont se terminent de nombreuses interactions, en particulier avec le charismatique Lenny Bruce ou même Boise (mais ça c’est parce que j’ai un faible pour Santino Fontana). Ainsi les deux dernières saisons envoient encore quelques étincelles, mais sont moins « fabuleuses » que le départ.