Paul William Davis n'y va pas par quatre chemins et cite tant en hommage qu'en inspiration les whodunit et autres murder mysteries dès les écrans titres de la Résidence. Ainsi son Hercule Poirot s'appelle Cordelia Cup, son hobby obsessionnel sera l'ornithologie et sa posture sera dans la droite lignée de ses prédécesseurs, déconcertante et un poil arrogante mais pas trop. Uzo Aduba incarne de ce rôle avec un enthousiasme évident, aidée dans ces face-à-face par un casting savamment pensé et réparti. Surtout le scénario met en scène brillamment son élément le plus fort, élément toujours central dans un whodunit : le lieu, soit les 132 pièces de la Maison Blanche. À grand renfort de maquettes en 3D ou en gâteau, de vol de drones en intérieur et de regard sous tous les angles, la série investie ce lieu comme un Cluedo géant et transforme son intrigue en une partie de jeu de rôle grandeur nature. Car en vrai, du fait de leur fonction et des enjeux politiques, chacun ici joue naturellement un rôle.
Comme dans A couteaux tirés, je retrouve ici le plaisir des intrigues à la Agatha Christie, où le point de départ macabre permet de disséquer la société et surtout l'ordre social avec un humour grinçant. La série déploie une très bonne structure et une galerie de personnages bien écrits et bien équilibrés où chacun a son espace et sa singularité. Si l'humour noir prédomine, et qu'il bénéficie des excellentes prestations pince-sans-rire d’Uzo Aduba et de Giancarlo Esposito, les notes plus légères comme le running gag de la présence de Hugh Jackman viennent également enrichir l'ensemble.
La série connaît quelques hauts et bas, il faut quelques épisodes pour vraiment rentrer dedans. Certains procédés de mise en scène sont plus intéressants que d'autres. Ainsi la description quasi documentaire du fonctionnement de l'ensemble du personnel de cette institution américaine est quasi inévitablement liée à l'existence même du meurtre et amène ainsi d’excellents vecteurs de tension. En revanche je trouve que les effets de répétition des scènes en rafale (comme si on les avait déjà oubliés) ou la double narration des derniers épisodes depuis la cour d'investigation me semble un peu plus gratuit. Mai dans l’ensemble, la série est généreuse et on finit par se laisser emporter et se laisser surprendre. J'apprécie que son showrunner maîtrise le « show, don’t tell », en réduisant au minimum les expositions et résolutions un peu fastidieuses et gratuites et en gardant certains éléments ou fausse piste complètement inélucidées sans qu'on ait l'impression qu'il laisse tomber des arcs narratifs. Paul William Davis montre aussi assez efficacement et de manière enthousiasmante que le divertissement n'est pas incompatible avec réflexion sociale et politique. Car son regard sur la (p)résidence des États-Unis d'Amérique sur ce qu'elle est dans sa fiction et sur ce qu'elle n'est pas est un commentaire évident sur la réalité actuelle. On peut même légitimement se demander si ce genre de série pourra se poursuivre à l'avenir. Autant en profiter.