J'avais apprécié « Les Cœurs noirs » dans le registre du récit militaire français, mais je me suis complètement perdu dans les coursives du « Charles ». Le porte-avions y devient une sorte de vaisseau fantôme, avec très peu de marins, surtout des officiers supérieurs, où chacun est confronté à ses trahisons et à ses secrets. L'ensemble paraît très vulnérable et conduit sans grande compétence opérationnelle. J'ai pensé au « Désert des Tartares » de Buzzati, avec des militaires évoluant dans un univers nébuleux à la recherche d'un ennemi invisible.
Hormis quelques images d'appontage et quelques plans du porte-avions, qui semblent bien réels, la vraisemblance s'arrête là. Le Charles de Gaulle est un dispositif bien plus complexe que ce qui est montré : 2 000 marins, un groupe aéronaval, et un état-major embarqué qui commande l'ensemble. Je ne crois pas non plus à un enquêteur de gendarmerie travaillant seul sur la mort de plusieurs officiers, sans réelle compétence policière ni moyens médico-légaux. Ni à un renseignement militaire absent qui ne se saisirait pas du sujet. Ce vaisseau à la dérive, en crise de commandement, se veut sans doute une métaphore. Mais celle-ci ne suffit pas à faire tenir le récit.
Surtout, chacun se comporte ici en civil une fois l'uniforme enfilé. Les saluts, l'annonce de l'arrivée d'un commandant, les marques de déférence, la manière de s'adresser à autrui : tout cela est fortement codifié dans la Marine. Les interactions sonnent ici très faux. Les héroïnes, une commandante en second à cinq galons et une pilote intrépide, n'échappent pas à ce travers : elles ont le prestige et le grade, mais rien de l'esprit déterminé et militaire qui habite les femmes officières. Sans remonter jusqu'au "Crabe-Tambour ", le film «Volontaire », centré lui aussi sur une femme, rendait bien mieux l'esprit de ces unités.
Bref, copie à revoir, malgré une photographie assez jolie, dans l'esprit de Jean Pierre Jeunet "Jaune Sombre".