En 1959, dans un hôtel coupé du monde au large de Majorque, treize personnes attendent que la tempête cesse. Un cadavre change tout : ce qui ressemblait à un suicide devient un meurtre. Et c'est Basil, acteur retraité, qu'on charge d'enquêter — parce qu'il a, autrefois, incarné Sherlock Holmes au cinéma.
Le titre lui-même ne doit rien au hasard. « Le Problème final » reprend celui de la nouvelle où Arthur Conan Doyle fait tomber Holmes et Moriarty dans les chutes de Reichenbach. Ici, pas de Moriarty déclaré : juste un hôtel isolé, treize suspects, et un homme dont la seule qualification est d'avoir joué, pendant vingt ans, un détective qui n'a jamais existé.
Voilà le nœud que la série ne dit jamais tout à fait : Basil n'a résolu aucun crime. Il a appris des répliques, tourné des scènes déjà écrites par d'autres, dans une fiction où la solution existait avant la question. Le roman d'Arturo Pérez-Reverte dont elle s'inspire le rappelle lui-même, presque comme un aveu glissé au détour d'un dialogue : personne n'a jamais été Sherlock Holmes, ce détective n'a jamais existé, c'est une invention littéraire. Basil ne l'a qu'incarnée, au cinéma, en noir et blanc.
Alors que cherche vraiment ce récit, en confiant une vraie mort à un homme dont toute la compétence est empruntée à un texte ? Peut-être moins résoudre une énigme que raconter combien nous avons besoin de croire qu'un visage familier, un costume déjà vu à l'écran, suffit à mettre de l'ordre dans le chaos. Le huis clos, l'île coupée de tout secours, les treize suspects : le dispositif emprunte ouvertement à Agatha Christie et à ses héritiers, comme la série le revendique elle-même.
Reste une fragilité, déjà repérée sur le roman source par ses premiers lecteurs : l'hommage permanent à Holmes, ce clin d'œil qui ne s'arrête jamais, pourrait bien diluer l'intensité du crime lui-même plutôt que la nourrir. La série a-t-elle évité ce piège, ou l'a-t-elle simplement hérité ? Aucune critique de l'adaptation elle-même n'existe encore pour en juger, elle vient tout juste de sortir, et les éléments de mise en scène (cadrage, montage, lumière de l'hôtel) restent, à ce stade, non documentés.
Ce que Le Problème final met en scène, avant même de nommer un coupable, c'est peut-être ceci : on ne demande pas à Basil de penser comme un détective, on lui demande de rejouer, une dernière fois, un rôle qu'il n'a jamais vraiment quitté.
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