Cette tirade courte et explicite, je ne l'ai pas inventée, elle est tirée de Terminator (1984) ; mais elle résume assez bien le fond de ma pensée, ou du moins celle que le scénariste nous envoie à la gueule en nous crachant dessus durant les 5 derniers épisodes du drama. Quoique non, il avait déjà commencé après les quatre premiers épisodes. Attention, l'abus de drogues et d'alcool est dangereux pour la santé, j'ai envie de préciser, le scénariste peut vous en parler... Enfin non, car il a disparu de la circulation juste après. La version francisée de Possessed (Possédé ou Possession) semble stupide au premier abord, mais on était proche du but : Ce n'est pas Le Retour du Mal qu'il fallait mettre, mais J'ai eu mal en retour. Ce drama est assez unique en l'espèce pour le signaler, et ce pour une seule raison : il mélange polar + thriller + action + comédie + drame + romance + fantastique et enfin tragédie. Huit genres différents, qui dit mieux ? Comment voulez-vous faire coexister tout ça de façon cohérente et fluide ? C'est impossible... à moins de se foutre de notre gueule. Et là, je dis mission réussie. Chapeau l'artiste, rideau ! Non ne partez pas tout de suite, le meilleur arrive. Bien évidemment, cette critique sera 100 % spoil pour vous éviter de perdre votre temps. Moi, j'ai dû m'y coller pour relever un challenge. Oui, je suis allé au bout et j'ai survécu à cet enfer narratif. Il n'aura manqué finalement que la présence de Chuck Norris.
En 1997, le psychopathe Hwang Dae-Doo, qui pratiquait les arts occultes, commet son dernier meurtre sauvage devant le lieutenant Kim Nak-Chun. Condamné à mort, ses cendres furent stockées dans un lieu inconnu. En 2019, elles furent récupérées par un fanatique et adorateur de ce fou sanguinaire, un chirurgien nommé Sun Yang-Woo. Son but : transférer l'esprit de Hwang Dae-Doo dans son corps, afin qu'ils fusionnent leurs esprits. Pour cela, il fera appel à une chamane réputée mais reniée par ses pairs, qui pratique la nécromancie. Kang Pil-Sung(Song Sae-Byeok) est lieutenant de police à Busan. Bourru, gueulard, avec un physique banal et une garde-robe composée de fripes, il ne paye pas de mine. Pourtant, en plus d'un fin limier, il est efficace et logique, mais c'est avant tout un cœur pur, marqué d'une grande sensibilité. Il va faire la rencontre d'une médium, Hong Seo-Jung(Koh Joon-Hee), une belle femme qui tient une boutique de... friperies avec sa meilleure amie. Ils seront amenés à s'unir pour lutter contre Hwang Dae-Doo / Sun Yang-Woo qui accumule de la puissance chaque fois qu'il tue et absorbe des âmes. Quasi immortel, car son esprit maléfique peut migrer vers un autre corps s'il meurt, leur mission sera ardue. Au fur et mesure, ils développent des sentiments réciproques.
D'entrée, je vous le dis clairement, préparez-vous mentalement à un choc brutal. Je n'ai jamais vu ça dans une série ou un film : absolument tout le casting principal et secondaire, c'est-à-dire pas moins de 15 personnages, les bons comme les méchants, vont y passer, nos héros compris. Oui, oui, vous m'avez bien lu, ils vont tous mourir en l'espace de 3 épisodes, vers la fin. Il n'y a aucune justification vu qu'on n'est pas dans un slasher, mais je pense que le scénariste s'est fait un kiff pour qu'on ne l'oublie jamais à mon avis. Mais revenons à notre histoire. Le début n'est pas si mal, Le décor de Busan fonctionnait bien, les rues désertes la nuit, la chanson " Douce nuit, sainte nuit " annonçant les meurtres, le tueur à la hache et cette ambiance de serial killer surnaturel donnaient au départ une vraie identité au drama. Le duo Kang Pil-sung / Hong Seo-jung était également une bonne surprise : lui, flic impulsif, grande gueule et complètement différent du héros masculin classique ; elle, médium apparemment fragile mais beaucoup plus forte qu'elle n'en a l'air. Leur complémentarité fonctionnait particulièrement bien, avec ce côté " Belle et la Bête " assez inattendu. Malheureusement, cette relation qui constituait l'un des meilleurs éléments du début va progressivement être écrasée par le scénario. À mesure que l'intrigue surnaturelle prend de l'ampleur, Pil-sung et Seo-jung perdent leur rôle de véritables protagonistes et deviennent presque des spectateurs de leur propre histoire, traversant une partie du drama comme des zombies alors qu'ils auraient dû être ceux qui construisent la stratégie permettant de vaincre Hwang Dae-Doo et ses " possédés ".
Et justement, le premier problème vient de là : Les changements de corps et donc d'acteurs aggravent encore cette impression. Le premier Hwang Dae-Doo, incarné par Jo Han-Sun, avait une vraie présence et une vraie gueule de méchant. Le changement intervient beaucoup trop tôt, à la fin du 4e épisode, alors qu'il aurait pu devenir un énorme événement narratif s'il avait été conservé jusqu'aux quatre derniers épisodes. Garder Jo Han-Sun pendant huit ou dix épisodes, puis changer brutalement de corps aurait permis de créer un véritable choc et de faire sentir que quelque chose venait de basculer. Là, le personnage perd rapidement son identité physique et sa continuité. Avec Yeon Jung-Hoon, le personnage ne produit tout simplement plus le même effet de menace à mes yeux. Le problème n'est pas forcément l'acteur lui-même, mais le choix de l'incarnation et le moment du changement. Et ce mécanisme se répète ensuite avec la multiplication des corps et des identités : Hwang Dae-Doo, Sun Yang-woo, Jang Choon-sub, Oh Soo-hyeok, Kim Nak-cheon, Pil-sung… Les esprits passent d'un corps à l'autre, se reconnaissent, se possèdent et interviennent dans le monde des vivants. À force, les personnages deviennent presque interchangeables et l'antagoniste lui-même cesse d'être véritablement incarné. C'est particulièrement dommage pour Kim Nak-cheon, qui permettait pourtant de relier le passé de 1997 au présent, et pour Pil-sung, dont le lien avec lui aurait pu constituer un véritable axe narratif. Bref, c'est contre-productif visuellement parlant, mais aussi dans le texte.
Autre problème, la continuation narrative qui n'a ni queue ni tête : il faut faire la différence entre la réalisation et la mise en scène, qui elle, est catastrophique à cause du cahier des charges imposé par un scénario totalement WTF et à côté de ses pompes. Ainsi, après des scènes macabres par exemple, se succèdent de longues scènes comiques ou romantiques qui peuvent durer longtemps. Imaginez, on vient de perdre des "amis" de manière arbitraire et malsaine, et dans la scène suivante on va avoir droit à une phase rom-com ou une partie de foot entre flics. Non, non je suis à jeun, je n'ai pas bu une goutte de Soju promis. Passé la mi-drama, l'histoire s'enfonce un peu plus dans un grand n'importe quoi, le mélange des genres est insupportable et le contenu devient rapidement insipide. Le démon Hwang Dae-Doo n'est non seulement jamais inquiété, mais tel Cell de Dragon Ball Z, Shang Tsung de Mortal Kombat, Connor MacLeod de Highlander et même le Sith Palpatine de Star Wars, il marche sur l'eau. Ce ne sont plus des références qu'on nous expose, mais des scènes de plagiat OKLM. Il aurait eu sa place dans un film Marvel. Forcément le drama va perdre le contrôle de son propre récit avec des héros réduits à l'état de faire-valoir et un antagoniste surpuissant. Et nous on assiste impuissants à cette avalanche de conneries. On se rattache à qui si les bons n'ont aucun espoir de lutter ? Quand arrivent les quatre derniers épisodes, vous n'êtes pas prêts à cette fuite en avant, comme si on vous prenait pour des cons pour le bouquet final.
En effet, le drama décide soudainement, sans aucune explication ni justification de nettoyer son casting. " You're terminated, fucker ! " comme aurait dit notre bon Terminator. On est dans un pur délire narratif, où le sadisme va côtoyer l'illogisme et le bon sens. Le problème n'est pas ce déchaînement de violence, mais son utilité et sa pertinence. Hwang Dae-Doo dans sa quête ultime et délirante d'être le maître du monde, massacre tout le monde parce qu'il veut se venger de son enfance de ouin-ouin. Après nous avoir présenté les personnages, nous faire attacher à certains, tel un strike au bowling, on va tous les dégommer. Ces morts mécaniques qui s'enchaînent trop rapidement vident le scénario de sa substance, et aliènent le message de départ. On est au-delà du combat du bien contre le mal, on vire dans une psychose mentale où notre couple de Roméo et Juliette sera sacrifié sur l'autel du délirium. À 10 minutes de la fin, véridique, on ne sait toujours pas comment se débarrasser de ce démon invincible. Mais notre scénariste devait être fan de Dragon Ball Z et de Mortal Kombat,(comme moi) car des scènes y font directement référence, c'est hallucinant. À un moment on était proche du Genkidama sans rire. Quand soudain, on décide d'utiliser le cheat code que les gamers connaissent bien : après avoir bloqué son esprit grâce à celui de notre pauvre Seo-Jung qui avait été absorbée, Pil-sung se sacrifie après avoir été possédé et se jette à l'eau. Tout le monde est mort, sauf un personnage, la reine du tango, car on aura besoin d'elle durant la dernière minute du final.
Pour conclure, je dirais que le titre est une subtile métaphore : le démon possède les corps après avoir absorbé leurs esprits, mais le drama nous a aussi possédé du début à la fin. Au bout de quatre épisodes plutôt cool, avec une histoire plaisante et des héros sympathiques (Song Sae-Byeok et Koh Joon-Hee auraient mérité presque un spin-off en rom-com) avec une vraie identité, l'histoire nous entraîne dans une hallucination collective et grand guignol. Le scénario ajoute constamment de nouvelles règles, de nouveaux pouvoirs, de nouveaux corps, de nouvelles identités et de nouvelles morts au lieu de développer correctement ce qu'il avait déjà installé. Il n'y a finalement presque aucune progression réelle du conflit : Hwang Dae-Doo devient toujours plus puissant, tandis que les héros perdent progressivement tout ce qui pouvait les aider. Le résultat est un OVNI narratif qui commence comme un thriller surnaturel plutôt prometteur, et finit comme une gigantesque partie de survival horreur et d'autodestruction généralisée et affirmée. Quel était la finalité de ce drama qui n'apporte rien de tangible, qui va se tortiller durant 16 interminables épisodes, où incompréhension et frustration vont s'agglutiner avec la perplexité et la sidération ambiante ? Et dire qu'il y avait de quoi faire du lourd. OCN ne faisait jamais dans la demi mesure, soit c'était bon, soit c'était mauvais, mais ici on tutoie les étoiles : entre le génie et la folie la frontière est mince, mais je décide de rester dans le camp des pragmatiques. Je tire la chasse et je rabats le couvercle.
Main Theme : So Jung(LADIES' CODE) - Searching Me
Additionnel OST : The Barberettes - What a meaning