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le 12 mai 2015
SuivreLa vérité est ailleurs
Il suffit de lire le pitch de ce film pour se jeter dessus, sincèrement j’adore l’idée et je dois dire que j’ai été convaincu au bout de quelques minutes, le réalisateur Jean-Teddy Filippe assemble...
Il existe quelques programmes télévisuels qui ont durablement marqué celles et ceux qui ont eu l’occasion de les découvrir au moment de leur diffusion. Je vous parle bien sûr d’un temps où la télévision n’était pas qu’un robinet discontinu et incontinent de divertissements et d’abrutissement pissé à la face des spectateurs et venant entrecoupé de longues plages de publicités nous intimant de consumer nos maigres salaires dans la consommation de masse.
Nous sommes en 1989 quand débarquent sur Arte (appelée à l’époque La Sept) Les Documents interdits, une série de courtes vidéos entre cinq et douze minutes qui montrent des images perdues venant de diverses sources, parfois amatrices, et de différents pays, et qui ont en commun d’avoir capturé sur le vif des événements étranges et inexpliqués. Ces petits films perdus et/ou cachés constituent alors une sorte de petite anthologie de l’étrange.
Plus de trente ans après leur diffusion, il y a prescription niveau spoilers et l’on sait depuis longtemps maintenant que Les Documents Interdits sont une œuvre de fiction du réalisateur Jean-Teddy Filippe, qui souhaitait interroger la crédulité du spectateur face à des images présentées comme authentiques dans le cadre institutionnalisé de la télévision. Alors bien sûr, en revoyant ces petits films aujourd’hui, après que des centaines de found footages et documenteurs sont sortis sur nos écrans, on se dit que l’illusion ne tient plus vraiment la route ; mais il convient pourtant de remettre Les Documents interdits dans leur contexte pour saluer l’aspect à la fois novateur et prophétique du travail de Jean-Teddy Filippe. Je garde personnellement un souvenir prégnant de ce programme qui avait fortement interrogé ma crédulité tout en me laissant des images fortes et perturbantes en tête. À l’époque de sa diffusion, pas d’Internet pour partir en quête d'explications, pas de mode d’emploi fourni par la chaîne : on restait seul face à sa propre interprétation des images. La diffusion sur Arte, la chaîne franco-allemande qui ne respirait pas la blague et l’esprit du canular, renforçait encore un peu plus le potentiel sérieux de l’entreprise. Est-ce que je me suis fait avoir ? Est-ce que j’y ai cru ? Honnêtement, je ne saurais le dire clairement aujourd’hui, mais Les Documents interdits sont restés très, très longtemps dans un coin de ma tête.
Vous me direz que l’on pourra trouver des prémices à l’exercice bien avant 1989, mais il n’empêche qu’à travers Les Documents interdits, Jean-Teddy Filippe semble avoir posé la première pierre de tout un pan d’un sous-genre cinématographique qui, depuis, nous aura abreuvés d’un nombre incalculable de films (et de daubes). Toute la grammaire cinématographique et les codes visuels du found footage semblent déjà présents dans Les Documents interdits : les petits trucs de mise en scène, la vraie fausse maîtrise du cadre, l’aspect shaky cam quand les événements s’emballent, l’image granuleuse, floue, surexposée pour faire authentique, l’aspect film amateur maladroit, la caméra qui tombe et bascule pour capturer le dernier plan inquiétant… tout ce que le cinéma ne va cesser de nous resservir par la suite au fil parfois d’insupportables found footages est déjà présent. Les Documents interdits sont également accompagnés d’une voix off monocorde de documentaire très premier degré qui vient renforcer encore un peu plus l’impact des images. Car si Les Documents interdits préfigurent toute la vague du found footage post-Blair Witch, ils posent aussi les bases du documenteur tel qu’on le connaît aujourd’hui et ressemblent au grand-père de toutes ces vidéos bidons d’événements surnaturels que l’on retrouve aujourd’hui sur le Net. À l’heure de l’intelligence artificielle, du bidouillage médiatique, des théories complotistes, d’un narratif choisissant délibérément un angle idéologique, il est assez fascinant de voir que Jean-Teddy Filippe nous mettait déjà en garde sur notre passivité à gober des images et des récits pour peu qu’on les présente avec aplomb comme véridiques.
Revoir Les Documents interdits plus de trente-cinq ans après leur création constitue plus une madeleine de Proust qu’une expérience toujours aussi immersive et marquante. On se dit même qu’il fallait être alors bien crédule ou peu habitué à la mécanique des images pour croire à ces petits documentaires bourrés de grosses ficelles, d’anachronismes et de trucs un peu trop gros pour être gobés les yeux écarquillés et la bouche ouverte. Les quelques épisodes que je n’avais jamais vus me semblent même aujourd’hui assez grossièrement manipulateurs, tout simplement car mon regard critique s’est aiguisé et que, forcément, je connais d’emblée la supercherie. Peu importe finalement, car il demeure que Les Documents interdits resteront une série novatrice et prophétique qui aura durablement marqué les esprits. And you, do you want to believe?
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il y a 3 jours
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