Little Women" est le titre anglais du roman Les Quatre Filles du docteur March, mais cette adaptation sud-coréenne s’en écarte largement. On y retrouve bien certains thèmes chers à la narratrice de l’œuvre originale, comme la place des femmes dans la société, l’indépendance, les liens familiaux ou encore la quête de reconnaissance, mais cela reste assez classique.
Ici, ce sont les trois sœurs Oh, élevées dans la pauvreté, qui occupent le devant de la scène. Chacune devra affronter une société coréenne où l’argent fait office à la fois de moteur et de poison. Et comme souvent dans les dramas, là où l’argent règne, la corruption n’est jamais loin.
In-Ju (Kim Go-Eun), la comptable discrète, découvre une fortune cachée liée à une mort suspecte.
In-Kyung (Nam Ji-Hyun), la journaliste idéaliste mais instable, enquête sur une vaste affaire de corruption.
In-Hye (Park Ji-Hoo), la cadette malade et artiste, est peu à peu happée par une famille chaebol obsédée par le contrôle et l’image.
Rapidement, les trois sœurs sont happées par un engrenage de manipulations, de morts suspectes et de luttes d’influence. Le thriller se mue en une critique de lutte des classes : les puissants se servent des pauvres, les instrumentalisent, les observent comme on jouerait avec des poupées (je fais allusion au générique). La série expose un monde où les émotions sont des faiblesses et où l’argent décide de qui mérite d’être soigné, protégé, ou effacé.
L’esthétique soignée renforce ce propos. La symbolique visuelle est omniprésente : l’orchidée bleue, magnifique mais parasite et toxique, devient l’image parfaite de la perversion du pouvoir, une beauté qui tue, littéralement. Les chaussures offertes à In-Ju, jouent aussi ce double rôle : objets de désir et de domination, elles incarnent la séduction de la réussite sociale mais aussi l’enfermement dans une image délibérément choisie par d’autres. Même les décors suggèrent que tout ici est théâtre et donc au final manipulation.
Deux romances s’invitent en filigrane mais restent pudiques. In-Kyung trouve un appui sincère auprès de Jong-Oh (Kang Hoon), un voisin fidèle et discret qui l’aide dans son enquête, tandis qu’In-Ju partage avec Choi Do-Il, (Wi Ha-Joon) cet homme ambigü, une tension sensuelle palpable partagée entre méfiance et fascination. Leur relation est trouble, comme mon sentiment à la fin de ce visionnage. Les 3 intrigues si elles se rejoignent, m’ont un peu perdue au départ sans compter que le début est un peu lent.
Le casting est impeccable. J’ai regardé cette série pour Wi Ha-Joon mais tous étaient parfaitement à la hauteur, notamment Kim Go-Eun (c’est une actrice que j’adore, toujours d’une grande justesse).
Little Women est une série aussi belle que vénéneuse, où la morale chancelle en pactisant avec l’ombre.