La tour sombre, et Randall Flagg ne sont pas loin... Le Pistolero non plus.

On va pas se mentir. Je viens de voir, pour la seconde fois, la totalité des saisons de Lost.

Je sais. Ça peut paraître étrange, puisque ça fait quelques années qu’on est passé à autre chose, mais j’avais envie de retrouver Hurley, Kate, Claire, Desmond, Locke et tous les autres. Envie de voir si j’allais encore m’agacer contre Jack, qui m’avait saoulé au premier visionnage.

Pareil.

Et je me suis pris dans l’idée qu’on ne se trouvait pas très loin de La tour sombre de Monsieur King, comme une parenté spirituelle presque fascinante

Parce que Lost et La Tour Sombre sont deux mythologies du destin.

Il existe des œuvres qui semblent dialoguer entre elles sans jamais s’être rencontrées officiellement. Lost fait partie de celles-ci. Derrière ses crashs d’avion, ses trappes mystérieuses et ses voyages temporels, la série déploie une mythologie étonnamment proche de celle de La Tour Sombre. Non pas dans les détails narratifs, mais dans sa structure profonde : une réflexion sur le destin, le libre arbitre et la nature même de la réalité.

Parce que dans Lost, l’île n’est pas un simple décor : elle est un point de convergence, un lieu où les règles du monde paraissent se plier. Elle guérit (Locke remarchant), elle manipule le temps (les sauts temporels de la saison 5), elle attire les individus.

Cela rappelle fortement la Tour dans l’œuvre de Stephen King : un axe central autour duquel gravitent tous les mondes. Dans The Dark Tower, la réalité est fragile, faite de couches qui peuvent se fissurer. Dans Lost, cette idée prend forme à travers la station Orchid et ses expériences temporelles, la roue gelée qui “déplace” l’île, les constantes nécessaires pour ne pas sombrer dans la folie (Desmond).

En fait, dans les deux cas, le monde n’est pas stable : il est en tension permanente.

Le destin contre le libre arbitre, dans chacune des saisons, et pour presque tous les personnages. Souviens-toi : “Don’t tell me what I can’t do.” dit John Locke, et cette phrase résume toute la tension de Lost. Les personnages oscillent entre deux visions, par exemple, pour Locke, la foi en un destin supérieur, et pour Jack, la rationalité et le refus du déterminisme. C’est pour ça qu’il est tellement agaçant.

Dans The Dark Tower, cette tension est incarnée par le concept de ka, une force invisible qui guide les événements. Roland Deschain ne choisit pas vraiment son chemin : il le suit, encore et encore.

Dans Lost, cela se traduit évidemment par les “coïncidences” improbables entre les passagers, les flashbacks qui montrent que tous étaient déjà liés avant le crash et la phrase récurrente : “It was supposed to happen”, ça devait arriver.

Le hasard n’existe pas réellement. Tout semble écrit… mais jamais totalement, comme si le libre arbitre t’offrait quelques chemins différents. Quelques, c’est pas beaucoup. Un peu comme dans la vraie vie…

À partir de la saison 5, Lost révèle sa dimension la plus mythologique avec Jacob et l’homme en noir, parce que leur opposition dépasse les individus : Jacob est le gardien, il a foi en l’humanité, et son frère, l’Homme en Noir incarne le scepticisme, le nihilisme, et ce duo rappelle directement les grandes figures antagonistes de Stephen King, notamment Randall Flagg, incarnation du chaos dans plusieurs romans, y compris The Dark Tower.

Comme chez King : le conflit est ancien, presque éternel, et les humains ne sont que des pions dans une partie plus vaste. Tu peux penser à L’échiquier du mal de Dan Simmons, bien sûr. Et n’oublie pas que le mal n’est jamais totalement éradiqué...

Un des aspects les plus “Kingiens” de Lost est sa gestion du temps. En particulier avec Desmond, qui devient un personnage clé. Il “saute” entre les époques, il a besoin d’une “constante” pour rester sain d’esprit, et surtout, il perçoit des futurs possibles. Le lien avec The Dark Tower, où le temps est aussi instable. Roland revit potentiellement son voyage en boucle, les mondes avancent ou “se délitent”, et certaines réalités coexistent, parce que le temps n’est pas linéaire. Il est cyclique, fragile, souvent cruel.

Lost a longtemps joué sur une ambiguïté liée, quant à elle à Dharma Initiative, pour les explications scientifiques, et le surnaturel, avec les visions, la fumée noire, les résurrections.

Mais plus la série avance, plus elle brouille cette frontière, et c’est exactement ce que fait Stephen King. La technologie et la magie coexistent, les explications rationnelles ne suffisent jamais, et surtout, le mystère reste entier. Parce que dans les deux univers, comprendre ne signifie pas contrôler.

Dans Lost, chaque personnage a une trajectoire propre, mais tous convergent vers l’île comme si elle les avait “choisis”. Par exemples : Hurley et ses “malchances”, Sawyer et sa quête de vengeance, Kate et sa fuite permanente.

Dans The Dark Tower, Roland forme un ka-tet (le groupe lié par le destin), où chaque membre est indispensable, parce que l’individu n’existe pas seul. Il fait partie d’un dessein plus large.

Et ce qui rapproche le plus Lost et The Dark Tower, ce n’est pas leur intrigue, mais plutôt leur manière de raconter.

Les deux œuvres refusent de tout expliquer et laissent place à l’interprétation. Toutes les deux privilégient l’expérience émotionnelle à la logique pure, au point que la fin de Lost, souvent débattue, est très proche de la fin de The Dark Tower :

une conclusion qui n’est pas une réponse, mais une clé de lecture.

Alors bien sûr que Lost n’est pas une adaptation de La Tour Sombre. Mais elle en partage l’ADN. Dans les deux récits, on a affaire à un monde instable, à des personnages guidés par le destin, à une lutte symbolique entre le Bien et le Mal, et une fascination pour le mystère irrésolu. Un peu comme si Lost était une variation moderne, télévisuelle, d’une idée chère à Stephen King.

Le monde est plus vaste, plus étrange… et plus connecté qu’il n’y paraît. T'as jamais fait attention ?

Et c’est tout ce que j’ai à dire sur cette série.

Nicolas-Elie
8
Écrit par

Créée

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