"Love Me" version coréenne est l'adaptation de la version originale suédoise de 2019 que je n'ai pas vu et que je ne compte pas voir car j'ai totalement coupé les ponts avec les séries occidentales depuis presque 10 ans et que je ne compte pas m'y remettre. Et parfois il arrive que la copie soit meilleure que l'original. Qui sait? Dans cette série qui va alterner des phases de drames et de comédie dramatique, nous allons suivre un moment de vie autour d'une famille composée d'un père veuf et de ses deux enfants majeurs, dans leur relation à l'autre. C'est une réflexion portée sur le thème de l’amour et des relations amoureuses autour de la famille, du couple et des amis. Alors amateurs de rom-com insipides, fades et sans prise de tête, tu peux passer ton chemin. Idem à ceux qui pensent que la beauté des paysages ou des acteurs passent avant le contenu. Et enfin, je ne pense pas que ce drama soit fait pour des moins de 35/40 ans: en effet le public visé est plutôt mature, voire vieux. Bon après si tu es un jeune vieux ça peut passer. Love Me va s'avérer être sur l'ensemble qualitatif, même il ne va pas éviter certains raccourcis faciles.
L'histoire va s'articuler autour de Seo Jun-Kyung(Seo Hyun-Jin), une célibataire de 36 ans, gynécologue-obstétricienne de métier. C'est une femme qui se refuse à l'amour suite à une tragédie qui a touché sa famille il y a 7 ans, et a distendu les liens pourtant très forts qui les unissaient tous avant. Le malheur viendra la frapper une nouvelle fois au début du récit, et en premier lieu son père Jin-Ho(Yoo Jae-Myung) qui va se retrouver veuf (je ne spoil rien la mère meurt au premier épisode) et son jeune frère Jun Seo(Lee Si-Woo) encore doctorant. A partir de de ce moment, une sorte de reboot va s'opérer. Jun-Kyung va faire en effet la rencontre de son voisin Ju Do-Hyun(Chang Ryul) qui va être un véritable catalyseur sentimental. Dans le même temps, Jin-Ho, encore dans une phase de deuil, va se rapprocher d'une belle âme qui va changer le fil de sa misérable vie. Quant au fils, tiré vers le bas par une copine frivole et imbue de sa personne, il va remettre de l'ordre dans sa vie grâce à une personne proche, mais qu'il ne voyait pas jusqu'à présent. Leur vie à tous les trois va prendre alors un virage inattendu, ponctuée de surprises, bonnes comme mauvaises, à laquelle il va falloir s'adapter pour apprivoiser ces différentes sortes d'amours naissantes.
Ce mélodrame est assez bien construit dans l'ensemble, surtout durant les 8 premiers épisodes. Depuis l'accident de la mère survenu il y a 7 ans, la famille n'existe plus que de nom, seul le mari entretient l'illusion d'un bon mari et d'un bon père. Mais il est dans le déni. La communication entre eux est morte depuis longtemps. Mais dès que le verrou de cette mort plus ou moins attendue arrive, les compteurs vont être remis à zéro. Alors oui, tout cela semble un peu téléphoné, mais c'est remarquablement bien fait. On retrouvera bien entendu tous les thèmes récurrents de ce type de série: la famille, la solitude, l'amour, l'amitié, le succès sans oublier la trahison et la maladie. On va suivre les évolutions de 3 couples appartenant à la même famille mais sur 3 générations, et avec leurs propres problèmes, mais qui vont aussi impacter toute la famille. Le début est sombre, mais l'espoir et l'amour qui vont éclore au fur et à mesure vont amener plus de légèreté et de convivialité. Ce sont de beaux portraits de couples qui nous sont offerts, avec des évolutions plus ou moins attendues. Le personnage central restera Jun-Kyung, portée par l'excellente Seo Hyun-Jin, une femme qui porte au début ce lourd sentiment de culpabilité de ne pas s'être réconciliée avec sa mère avant que celle-ci ne meure. Sentiment de culpabilité que l'on va aussi retrouver chez le père quand il va retrouver le goût à la vie grâce à cet amour naissant, mais aussi chez le fils qui pense être passer à côté de sa vie.
La question récurrente que le scénario nous pose est la suivante: le bonheur et le droit à l'amour sont-ils réservés à certaines personnes, ou bien si chacun accepte l'autre comme il est, sont-ils accessibles à tous? Sommes nous tous reliés à quelqu'un? Il y a beaucoup de sensibilité, de profondeur et d’analyse comportementale tout au long de l'histoire. Love me est une série psychologique qui nous oblige à nous poser des questions sur notre propre vie. Chacun à leur façon, avec leur maladresse, leurs sentiments, les trois principaux protagonistes vont franchir un nouveau palier dans leur vie et découvrir un amour qui n'appartient qu'à eux. Mais ces rencontres sont-elles vraiment fortuites, où bien la main aveugle du destin ont guidé leurs pas? Avons- nous tous droit à cette fameuse seconde chance, et surtout commencer la saisir et la retenir? Au fond du trou, l’espoir semble toujours possible. Dans Love Me on est jamais dans le voyeurisme, mais plutôt dans une sorte de témoignage familial, même si parfois j'ai ressenti un peu de misérabilisme dans les derniers épisodes avant le final. Apprendre à surmonter la douleur et le chagrin pour aller de l'avant, surmonter les non dits et partager les jardins secrets de chacun. cette série ne donne jamais le spleen, bien au contraire, c''est une ode à la vie.
Le rythme employé est le bon, et le scénario est assez bien structuré, du moins jusqu'au 8eme épisode. Car si j'ai un reproche à faire au drama, c'est qu'il comporte deux épisodes de trop. Il y a un trou d'air entre les 9eme et le 11eme épisodes, et on va employer les artifices habituels pour allonger artificiellement le récit:
Par exemple l'ex petite amie de Do-Hyun qui a eu un enfant avec lui, qui revient au bout de 16 ans pointer son nez, ou bien la nouvelle femme du père qui va avoir la maladie d'Alzheimer à 50 ans, à croire qu'il n'y a que cette maladie qui existe en Corée.
En fait, tous ces malheurs conjugués et improbables qui leur tombent tous dessus en même temps à un moment donné, mouais...Il fallait faire plus sobre je pense, On est pas passé loin de plusieurs séquences misérabilistes et pathos, ce n'était pas nécessaire, les émotions ressenties sont présentes et justes, et le message passe bien. Car les qualités de la série sont nombreuses: le scénario bien sûr, la mise en scène, la musique sublime, mais c'est surtout l'interprétation de l'ensemble des comédiens qui se doit d'être soulignée, notamment les trois membres de la famille. J'ai trouvé les débuts de Kim Da-Hyun( Dahyun) très impliquée dans son rôle, assez convaincants. Je n'aime pas trop le réalisateur Jo Young Min, dont le dernier drama "Two Women" a été horripilant pour moi (je l'ai stoppé avant la fin), sans parler de "The Interest of Love" dans lequel il n'a même pas assumé la fin. Mais au moins ici il était tenu d'un cahier des charges et il a fait du bon boulot. Cette famille recomposée, ou plutôt restructurée, est belle à voir évoluer, dans ses bons comme dans ses mauvaises passes. Certaines corrélations peuvent être faites notamment avec "My Libération Notes", mais Love Me est beaucoup facile à s'approprier car moins pesant. Et l'histoire est plus facile, simple de compréhension, et surtout résolument optimiste et joviale, le final venant le démontrer la bonté de tous ces gens.
Si je fais la synthèse du drama, et malgré une baisse d'intérêt et de rythme durant 3 épisodes vers la fin, j'ai bien aimé tous ces propos sincères autour desquels j'ai pu partager les émotions, remplis d'abord d'humanité, avant de découvrir des amours sincères et désintéressés. Pour ma part, la plus belle preuve d'amour que j'ai retenue dans ce récit, c'est celle que fait Jin Ja-Young (Yoon Se-Ah, j'adore cette actrice) vers la fin à Jin-Ho, le père de Jun-Kyung. L'effacement, même s'il est maladroit, montre toute la détermination de cette femme frappée en même temps par le bonheur et le malheur. Et c'était beau à voir. Durant ces 12 épisodes, il ne faudra jamais oublier la part d'humour subtil et bien dosé qui s'intègre parfaitement à la partie dramatique. Ce dosage parfait rend le tout particulièrement réussi, rendant le discours authentique et profond. Love Me est une histoire intimiste, poignante de la vie d'une famille lambda, où une atmosphère chaleureuse et bienveillante finit par se dégager à force de compromissions certes, mais surtout dans la compréhension de l'amour sous toutes ses formes. L'OST est de bonne qualité également. Ce drama fut un échec d'audience en Corée, tout simplement parce qu'il répond à des codes et de standards occidentaux. Pas grave, j'ai bien aimé.
Main Theme: Ju Yoon Ha - It's You
Additionnel OST : Full Playlist