L'avantage des plateformes OTT comme TVING (la filiale de tvN), c'est qu'on peut s'affranchir de tout carcan publicitaire ou autre comité de censure un peu trop moraliste. De fait, je trouve le titre LTNS (Long Time No Sex) un peu réducteur. Si l'abstinence est le point de départ de ce mini-drama, elle n'est au fond que la résultante de problèmes bien plus vastes, autant psychologiques qu'émotionnels, qui rongent notre « charmant » couple. La devise ici pourrait être : « Si tu n'aimes pas le sexe, n'en dégoûte pas les autres ». Mais on va vite s’apercevoir que le sujet est un peu plus profond (sans jeu de mots). Sous un air faussement voyeuriste, cette histoire se regarde comme une fable, truffée de réflexions allégoriques. Et ce que vous allez y voir risque de vous revenir en plein visage, comme un effet boomerang, du genre : " Tiens... mais ça ne me concernerait pas un peu, cette histoire ? "
Samuel(Ahn Jae-hong) et Woo-jin(Esom) sont mariés depuis 5 ans. Mais depuis plus de 2 ans, ils n'arrivent plus à avoir de relations sexuelles parce que monsieur a visiblement perdu « l'appétit » auprès de madame. Il ne leur reste plus que l'onanisme pour prendre du plaisir. Elle a beau le chauffer, rien ne marche. Ce n'est pas physique, c'est psychologique. Alors, comme dans un thriller, rassurez-vous : on saura pourquoi, tout à la fin du drama. Dans la vie de tous les jours, Woo-jin est réceptionniste dans un hôtel de luxe tandis que Samuel est chauffeur de taxi. Ils ont des dettes, comme la plupart des couples modestes en Corée. Lui a l'apparence d'un gars gentil et simple, tandis qu'elle a l'air de porter la culotte. Un jour, ils découvrent le secret d'un couple d'amis et Woo-jin a l'idée lumineuse de les faire chanter pour récupérer facilement de l'argent. Notre charmant couple ne compte pas s'arrêter en si bon chemin et, grâce à leurs boulots respectifs, les cibles potentielles ne manquent pas. Un cheminement particulier qui va, petit à petit, les pousser à s'interroger sur leur propre vie de couple.
La première chose à retenir, c'est que si la moralité, la fidélité et l'hétérosexualité exclusive sont des facteurs indispensables dans votre vie (ou dans vos critères de visionnage) et que vous êtes intransigeant là-dessus (t'énerve pas, je t'explique), ce n'est même pas la peine de venir casser du sucre sur la série. Voilà, chacun fait ce qu'il veut, mais au moins vous êtes prévenus. Le drama parle essentiellement d'adultère et des conséquences que cela peut entraîner pour les couples concernés, mais jamais pour les cocufiés. On n'est pas là pour porter des jugements de valeur sur ces couples, ni pour mesurer la portée de leurs actes (ce n'est d'ailleurs pas le but), mais plutôt pour analyser le comportement de Samuel et Woo-jin face à des situations parfois ubuesques. En tant que maîtres chanteurs amateurs, ils se laissent aveugler par l'argent facile et se mettent régulièrement en danger. Alors attention, on n'est pas dans un thriller pur, ni dans un drame plombant : il faut voir LTNS comme une comédie dramatique. C'est souvent cynique et amoral, parce que le fait d'aller blesser des gens volontairement pour du pognon dégage une jubilation assez malsaine. Mais est-ce que ce jeu dangereux leur permettra de relancer enfin la mécanique sexuelle de Samuel envers sa femme ?
Il y a pas mal d'humour noir dans le drama. D'ailleurs, la première touche d'humour, c'est le prénom du héros, Samuel. Sans spoil, vous verrez à un moment Woo-jin balancer un mot lors d'un repas de famille qui va vous faire tilter. Il y a aussi des dialogues assez crus. On a quelques cas classiques d'histoires de cocus comme le gars qui trompe sa femme alors qu'elle est enceinte, un autre avec un vieux qui a une vie sexuelle de merde et qui trompe sa femme avec une pucelle de 60 ans chaude comme la braise. Enfin, on a la bourgeoise bi (ou homo refoulée) qui se paye du bon temps avec une fille plus jeune pour le fun. Ces histoires sont assez inégales mais y'a à boire et à manger. Forcément, la dernière va concerner directement notre charmant couple et va venir le percuter. Est-ce que les histoires d'amour finissent mal en général comme le dit la chanson ou le film ? LTNS n'est pas une histoire graveleuse, bien au contraire, derrière tout ce cirque, il y a vraiment une profondeur existentielle que la plupart des couples ont connue, connaissent ou connaîtront. Le cœur du sujet, c'est l'absence de communication qui peut nous faire plonger dans l'abysse. Et l'absence de relations sexuelles peut être un facteur d'alerte à ne pas négliger. Y a-t-il tromperie ou autre chose de plus profond ?
Ne vous attendez pas à du romantisme ici, c'est pour cela que des séquences pourront choquer certains. Et j'ai envie de dire: c'est fait pour. C'est un catalyseur qui peut servir de thérapie de couple : l'amour et le désir l'un envers l'autre sont des éléments essentiels pour se sentir vivants et épanouis. Enfin, c'est comme cela que j'ai ressenti cette histoire. Alors c'est inégal, il y a quelques lourdeurs et raccourcis faciles, mais c'est assez plaisant à suivre. Le dernier épisode viendra nous délivrer l'explication finale de la frustration que pouvait ressentir Samuel auprès de sa femme et toute l'amertume qu'il conservait en lui depuis plus de deux ans. Notre couple vedette, porté par la sublime Esom qui aurait de quoi ranimer un mort dans ses postures, et Ahn Jae-hong qui restera à jamais mon héros farfelu et déjanté du drama Chicken Nugget, fonctionne très bien et rend les situations crédibles. Le scénario, la mise en scène et le montage sont vraiment très bons et reflètent le réel à défaut du vécu. Pourquoi ? Parce que le drama a été écrit et réalisé en binôme par un homme et une femme, une belle manière de nous parler d'histoires de couple qui vivent sur le fil du rasoir. Dommage que ce soit un peu court à mon goût, j'aurais bien vu un cas supplémentaire et un approfondissement de leurs problèmes conjugaux.
LTNS ne fait pas la promotion de l'infidélité, et ne la dénonce pas non plus. Elle expose des cas concrets qui vont du salaud que tout le monde connaît, à celui ou celle qui s'en sert comme exécutoire de son carcan familial. Mais elle nous fait aussi interroger sur la cassure du couple, notamment sur le plan sexuel. Le final prend tout son sens à travers une séquence qui est une forme d'allégorie visuelle. Allez je vous mets sur la piste en disant que la formule, "c'est l'eau qui a fait déborder le vase" va enfin prendre tout son sens. Les non-dits et les mensonges sont des préludes à la rupture du couple. En observant de loin tous ces couples infidèles afin de les piéger pour de l'argent, n'était-ce pas eux en définitive qui se sont fait piéger ? LTNS est un coup de projecteur sur un moment de vie, peut être la vôtre, et nous incite à nous remettre en question. Alors bien entendu je ne vous raconterai pas la fin, ce serait beaucoup trop simple de vous dire si la misère sexuelle restera leur pénitence. De toute manière seuls deux choix sont possibles : après le chaos vient la renaissance, ou bien quand c'est fini c'est un Game Over définitif ? A vous de voir.
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