« Ce film est sous noté » « Non pas du tout il est complètement surnoté et bien trop mis en avant sur le site » et blablabla. Ce genre de discussion, on les voit un peu partout sur SensCritique (SC) mais aussi sur des sites équivalents (peut-être avec moins de courtoisie).
Ce qui m’a toujours gêné avec ce genre de petites batailles récurrentes et un peu vides de sens c’est qu’on passe en réalité à côté de la moitié du débat, en se concentrant sur la potentielle « qualité réelle » du film et non sur la qualité des indicateurs qui donnent le résultat à l’origine du litige.
Cette espèce d’ignorance consentie et commune à tous les sites est selon moi due à deux choses : d’une part le fait qu’une majorité des membres soit issue d’un parcoure littéraire et d’une autre que la majorité des gens a conscience que les indicateurs n’ont de valeur qu’au sein du microcosme SC.
Je vous propose donc les résultats d’un petit travail d’analyse sur la qualité des indicateurs de SensCritique (avec comparaison d’autres pour appuyer mes propos). C’est une analyse qui se veut tout public (d’où sa forme de plein de petits paragraphes pour le rendre plus digeste), donc j’éviterai les grandes tirades et tous les termes « complexes » seront soit définis, soit accompagnés d’un lien internet le définissant. Malgré des similarités dans la structure, cette critique n’est pas un article scientifique et ne doit pas être utilisé/cité comme tel. Voyez plutôt ça comme un état des lieus de ma curiosité sur le sujet.
Préambule
Une longue réflexion a précédé ce petit travail quant à sa forme. J’ai finalement considéré que le publier comme une critique était le meilleur moyen de ne pas le dénaturer par une adaptation à un format que je ne maîtrise pas (exemple : format vidéo) et de toucher les personnes concernées (pas de publication sur un petit site annexe où les Senscritiqueurs ne se rendent pas). Le format critique de SensCritique a cependant comme défaut de ne nous laisser intégrer des images. Or, dans le cadre de ce genre d’exercice, présenter ses résultats sans les illustrer peut s’avérer difficile à la compréhension et désagréable à la lecture. Pour cette raison, cette critique sera accompagnée d’un tableau Pinterest créé pour l’occasion (dont voici le lien). Des liens aux images précises seront présentés à chaque fois que nécessaire sous la forme « (voir figure « X ») ». Cette critique est donc beaucoup plus agréable à lire sur ordinateur où il est plus aisé de circuler entre différents onglets que sur téléphone. Désolé pour cette forme un peu barbare mais c’est celle que je trouve la mieux adaptée à l’exercice.
Pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec ce terme, un indicateur est un outil qui vise à approximer la réalité pour mettre en place d’un référentiel commun. On retrouve des indicateurs un peu partout, comme le pH en chimie ou le PIB en finance. Dans ce travail, on va prendre une délimitation très élargie de ce qu’est un indicateur et inclure les critique et réactions qui flirtent avec les limites de la définition. On va exclure le nombre de notes, envie et coup de cœur qui, même s’ils peuvent servir d’indicateurs (notamment ce dernier), seraient assez casse bonbon à traiter pour des résultats moins pertinents (en plus de ne pas être considérer pas le site comme de réels indicateurs). Ce travail se basera donc sur ces indicateurs (classés ici par pertinence) : Critique ; Liste ; Top ; Réaction ; Moyenne ; Moyenne Éclaireur ; Couleur. Pour des raisons pratiques, et pour simplifier les travaux de comparaison, on va se concentrer sur l’univers cinéma qui est le centre de SC (55% des notes du cites) (voir figure 5 [1]).
Ce travail donnera lieu à des comparaisons de pertinence d’indicateurs entre SensCritique et certains de ses concurrents, notamment LetterBoxd. Par soucis de transparence je tiens donc à préciser que je ne suis affilié à aucun des sites que j’évoquerai. J’ai cependant discuté avec 2 administrateurs SensCritique. J’ai contacté l’administrateur Cornor le 25 octobre 2025 pour des questions de récupération de données via moissonnage. Chose qu’il m’a fortement déconseillé de faire (voir figure 1) du fait du flou juridique qui entoure cette pratique. Il m’a aussi conseillé de ne pas trop approfondir mon analyse, pour ne pas divulguer des données sensibles pour SensCritique (voir figure 2). J’ai de plus discuté avec le membre TORKAN de l’évolution de mon projet mais il n’y a aucunement participé ni influencé les résultats. Étant un utilisateur uniquement SensCritique, mes conclusions peuvent être influencées par l’effet de simple exposition.
Mon travail s’appuie sur différentes sources et un travail de récolte de données personnelles. Par simplicité d’usage, à chaque fois que j’utiliserai une information y provenant, il y sera indiqué sous la forme « [« x »] » un chiffre (si elle vient de documents extérieurs) ou une lettre (si elle vient de données personnelles fabriquées). Ces caractères sont associés aux sources que vous retrouverez à la fin de cet écrit dans la partie « Références ».
Analyses
Critique-Réaction
Il sera défini comme critique toutes indications de types textuelles réalisées par les membres et reliées à une fiche film. La réaction est propre à SensCritique qui possède deux types de critique (on y reviendra plus tard). Pour cette partie, SensCritique (SC) sera comparée à 4 autres sites : Rotten Tomatoes (RT), IMDB, AlloCiné (AC) et LetterBoxd (LB).
Pour commencer à évaluer l’importance des critiques sur ces différents sites, on peut déjà regarder leur place sur les fiches films. Sur SensCritique et LetterBoxd elles son très visibles. Sur Rotten Tomatoes et Allociné elles sont difficiles à manipuler ou un peu en retrait et sur IMDB il faut carrément changer une autre page pour les voir. Pour mesurer l’intérêt qu’on les membres pour cet indicateur on peut regarder le taux de critiques/notes.
Figure 3 [a]
Les données de Rotten Tomatoes ne sont pas comprises car très approximées sur les fiches (ce qui obligeraient à compter manuellement les notes et critiques). Ces données ne sont pas très précises, on indique 1,1% pour SC alors qu’on est plus proche des 1,6% selon SC (voir figure 5 [1]) mais on va considérer que les données offrent un bon angle de grandeur. Comme le laissait présupposer la mise en page, les critiques sur IMDB sont assez marginales (0,2%). Celles sur SC et Allociné (entre 1% et 2%) sont laissées à une forme d’élite là où sur LetterBoxd (16,9%) la critique est beaucoup plus institutionalisée avec plus d’une note sur 6 étant accompagnée d’une critique.
Comme dit précédemment, SensCritique a la particularité d’offrir deux types de critiques. Techniquement Rotten Tomatoes et AC le font également mais c’est pour séparer le membre du critique professionnel, là où les deux types de critiques sont disponibles sur SC qui ne s’intéresse pas (tout comme LB et IMDB) à la critique professionnelle. Les membres SC ont assimilé ces deux types de critiques de cette manière : les réactions servent à donner un ressenti, parler d’actualité ou faire une blague et les critiques sont réservées aux gros travaux plus complets et structurés. C’est d’ailleurs quelque chose qui est visible en regardant la moyenne de caractères des critiques les plus populaires :
Figure 4 [b]
Il est important de dire que l’usage de l’anglais peut légèrement influencer négativement les résultats des sites IMBD, RT et LB, mais rien d’aussi significatif. Sur RT (155 caractères) et LB (303 caractères), les critiques sont de manières écrasantes utilisées pour donner un ressenti ou faire une blague, et sont donc peut pertinentes en tant qu’indicateur. Les critiques sont à peine plus grandes que les réactions (116 caractères) et correspondent respectivement (à titre indicatif) à 1 et 2 tweets en termes de taille (144 caractères). Sur Allociné (1540 caractères) et IMDB (2482 caractères) on a un mélange des réactions et des critiques « à la SC » (3754 caractères), même si les critiques qu’on peut y trouver ne sont pas aussi structurées. Il est d’ailleurs amusant de constater que les critiques SC sont généralement beaucoup plus pertinentes que les critiques dites « professionnelles » disponibles sur des sites concurrents.
Au-delà de cette idée de séparer les usages des indicateurs textuels, SensCritique a aussi la chance d’abriter un grand nombre de très bons critiques qui nivèlent par le haut l’entièreté du site et surtout son noyau très actif (~2000 membres). Ces membres vous les connaissez, ils apparaissent sous la majorité des fiches de films et concentrent les interactions : Sergent_Pepper, Behind_the_Mask, Eric BBYoda, JéJé fait son Bagou, Ugly, Plume231 pour ne citer que les plus récurrents.
Cette particularité qui est propre à SensCritique pose cependant la question du roulement des critiques. Depuis une dizaine d’années une élite de vétérans se partagent la majorité de l’attention, chose qui s’intensifie depuis la suppression du match des critiques. Si ce n’est pas un problème en soit et qu’on peut même dire que c’est grâce à leur domination que la qualité des critiques SC est tirée vers le haut, il faut cependant prendre en considération les effets pervers visibles sur le long-terme. Premièrement, il n’existe peu voire pas de gros membres (en matière de critiques) qui soient très centrés sur un autre univers que les films (à la rigueur film + autre chose comme JéJé fait son Bagou), ce qui exacerbent la domination des films/séries (2/3 des notes totales du site) [1]. Deuxièmement on peut se poser la question de l’impact des ces membres sur la vie du site et surtout des répercussions en cas de départ, aucune « arrière garde » n’existant réellement pour les remplacer.
Je tenais à finir cette partie en m’opposant à ce que je considère la plus grosse fausse information concernant le site, la prétendue toxicité de SensCritique. C’est quelque chose qu’on entend un peu moins maintenant et qui est surtout lié à la vidéo du youtubeur Squeezie concernant le site. A titre personnel je pourrais compter avec les doigts de mes mains le nombre d’interactions désagréables que j’ai eu sur le site en 6 ans de SensCritique et c’est globalement ce que je vois autour de moi. Les gens qui ne se supportent pas préfèrent s’éviter et quand il y a confrontation ça se fait généralement avec une relative cordialité. En bientôt 15 ans de SC il ne doit pas y avoir plus de 30 comptes bannis pour abus. Il y a pas mal de chose à critiquer sur SC mais la toxicité n’en fait pas partie ;
« Toi, tu vas te faire ta belle critique, t'es content, et puis t'as des mecs qui vont arriver en commentaire... Pardon pour le gros mot, mais c'est de la merde […] Et ça, c'est des choses contre lesquelles on a beaucoup lutté, donc ça va beaucoup mieux aujourd'hui. » [2]
Cette vision est peut-être encore existante pour les gens extérieurs regardant les notes à cause de l’échelle interne de SC (on y reviendra plus tard). Tout ça pour dire que la critique SC est peut-être aussi qualitative en partie grâce à un environnement assez saint.
Tops/Liste & C’est quoi SensCritique (Base Utilisateur)
Au moment où j’écris ces lignes, il y a 4175 sondages (gérés par le site) qui concentrent 2 millions de répondes et 730 000 listes (en écrasante majorité gérée par les membres) [1]. Une partie de ces sondages permettent d’acquérir des badges qui est une manière rigolote de pousser la communauté à y participer. Les sondages sont des indicateurs qui permettent de classer les films entre eux selon des points particuliers (leur origine, leur genre, le réalisateur ou un acteur particulier). Les listes sont plus floues, elles peuvent n’avoir aucun rapport avec les films en eux même (ex : Palmarès 2025 de la gourmandise du cinéphage), ou au contraire être à l’origine d’un future sondage (ex : les meilleurs films du monde médiéval) voir même plus pertinent que n’importe quel sondage réalisable (ex : Aux élèves qui veulent se construire une cinéphilie).
Il s’avère en réalité assez compliqué de parler des listes et sondages, les premières étant très liées à leur créateur et les seconds le type d’indicateurs le plus boite noire de SC. Je ne peux donc pas dire grand-chose de plus que ce que Guillaume Boutin dit lui-même :
« -Vos classements sont bons, tu veux dire d'un point de vue qualitatif ?
-Ouais, franchement ouais » [2]
Franchement ouais, les listes et sondages sont bons ; mais c’est assez compliqué de trouver un indicateur simple à manipuler pour le démontrer. Donc à la place j’aimerai profiter de cette partie pour évoquer un élément en extrême amont de la chaîne qui impacte les sondages, les listes mais aussi tous les autres indicateurs du site : La base utilisateur de SC.
« Des gens plutôt curieux, un petit peu exigeant dans leur quotidien, dans leur manière de consommer on va dire, et donc on est parti d'une cible qui était vraiment très cinéphile, on va dire, à une cible aujourd'hui beaucoup plus large, voilà, qu'on qualifierait de CSP+, plutôt intello, on va dire, entre 20 et 49 ans » [2]
49 des 100 films préférés de SC sont sortis entre 1990 et 2005. A titre de comparaison, ils sont 17 parmi les 100 premiers films du top 111. Alors oui on pourrait dire que cette différence est la preuve que la communauté de SC est capable de faire la différence entre les bons films et les films qu’on aime bien mais ça reste assez naïf comme raisonnement. La population SC est soumise à plusieurs biais. C’est un fait. Mais étant donné qu’il n’existe pas de liste omnisciente du cinéma, on ne peut que pointer du doigt des bizarreries sans espérer de réponses claires.
Par exemple, est-ce que le fait que des auteurs comme Fritz Lang, François Truffaut, Orson Welles, Buster Keaton ou encore Alfred Hitchcock soient derrières Quentin Tarantino, David Fisher ou Christopher Nolan ne serait pas la preuve que SensCritique n’est pas tant un site de cinéphiles mais plus de cinéphages qui échouent à vraiment se comporter comme des cinéphiles ? Est-ce que ça ne serait pas aussi une preuve que le manque de renouvellement de la communauté l’ancre dans une vision périmée du cinéma ?
Est-ce que le fait que les films d’horreurs soient en moyenne notés 0,8 points en dessous [3] de la moyenne des films du site et que des films comme « La Nuit des Masques » ou « L’Echelle de Jacob » soient relativement mal notés par rapport à leur importance au sein du médium n’est pas la preuve que les SensCritiqueurs sont des snobinardes qui n’y connaissent rien au cinéma de genre ? Ou est-ce que le manque d’innovations et de moyens de beaucoup de films du genre suffisent à expliquer ce décalage ?
Les décennies 1980 et 2000 sont-elles réellement si mauvaises que ça pour le cinéma ? [3]
Est-ce que le fait que 13 des 20 films mal notés du site (0<x<5) les plus populaires soient Français n’est pas une preuve d’une forme d’anti-patriotisme présente sur le site ? Ces notes sont-elles liées à des mauvaises expériences « forcées » dans l’enfance ?
Si on se recentre sur les tops : suffit-il à une œuvre d’être financée par un pays pour être considérée comme originaire d’elle ? « Le Labyrinthe de Pan » doit-il apparaître comme n°1 dans le top film mexicain ? « Le Bon, la Brute et le Truand » peut-il apparaître dans les meilleurs films espagnols ?
Au niveau de la proportion de femmes sur le site :
« En user, on est plutôt 60-40 [représentation hommes-femmes] […] Le premier noyau d'audience qui s'est créé sur sens critique était au final un peu plus masculin […] Oui, mais après, il s'est passé un autre phénomène contre lequel on lutte de mieux en mieux. Les garçons sur les réseaux... Attention, je ne vais pas faire des grandes généralités, mais il y a quand même une tendance où les garçons sont souvent un petit peu plus vénères que les filles dans leurs propos, dans leurs débats, etc. C'est beaucoup plus facilement des trolls, voire des trolls un peu agressifs. Et on sait qu'à un moment, des users, et notamment des femmes, hésitaient un petit peu à y aller, parce que c'est vrai qu'on a une communauté qui peut être assez virulente » [2]
Est-ce que la répartition inégalitaire des genres sur le site pousse certains films visant un public masculin et dévalue ceux visant un public féminin ? Sans considération pour sa qualité propre, Fight Club, film associé malgré lui à des courants masculinistes, resterait-il numéro 1 du top 100 avec une répartition 50-50 ?
Comme dit précédemment, toutes ces questions ne peuvent pas trouver de réponses claires dans ce genre d’analyse de surface. Mais montrent bien qu’il faut toujours creuser quand on reçoit une note d’un indicateur, car quoi qu’il arrive on va devoir faire face à des biais dans une analyse.
Moyenne/Moyenne Éclaireur/Couleur
Durant cette partie je me focaliserai sur la comparaison avec LetterBoxd pour appuyer mon analyse. A cause du barème différent je ne parlerai pas en note mais en % (ex : 4/5 = 8/10 = 80%).
Pour ceux qui ne savent pas ce que sont les couleurs, c’est un système inventé par SC pour ses applications mobiles pour essayer de faire comprendre aux gens rapidement l’échelle SensCritique.
« Non, mais c'est marrant parce qu'on a un vrai enjeu de notes. Si je ne t'avais pas fait le petit laius sur l'échelle des notes, 7 sur 10 sur sens critique, tu ne sais pas ce que ça veut dire en fait. Non, tu peux dire que c'est bien, mais ce n'est pas un chef d'œuvre. Tu n'as pas l'échelle. Et si tu n'as pas l'échelle, c'est compliqué. » [2]
Dans le cadre de la nouvelle application, je suis en profond désaccord avec le choix des limites choisies sur l’application entre rouge-jaune-vert mais je n’en dirai pas plus par respect de la confidentialité demandée.
La moyenne éclaireur est un choix pertinent qui permet à n’importe quel membre d’approcher la une œuvre avec la moyenne (ici mathématique) des gens qu'il suit (et qui sont souvent plus en accord ses goûts). Cela permet supposément de répondre en un coup d’œil à la question : « Le film est bien/pas bien mais est-ce qu’il va me plaire ? ». C’est cependant compliqué de juger cet indicateur, étant donné qu’on le construit soit même. Et comme le dit Guillaume Boutin : « La note, c'est vraiment ce qu'on travaille le plus, quasiment. Donc, c'est un algo avec beaucoup de [variables]... parce qu'il y a deux notes. [...] Et donc, tu as cette moyenne éclaireur. Mais pour le tout venant, entre guillemets, enfin pour nos visiteurs... C'est la note [...] qui fait office de boussole. »
Parlons donc maintenant de l’indicateurs le plus important de SensCritique : sa moyenne. Pour chaque œuvre présente sur le site on peut attribuer une note allant de 1 à 10. Le site utilise ensuite toute ces notes pour réaliser son indicateur quantitatif. A noter que ce n’est pas une moyenne a proprement parlé mais plus un algorithme qui pondère la note pour éviter les biais liés au « bombardement d'avis ». C’est quelque chose qu’on retrouve dans beaucoup de sites concurrents dont LetterBoxd.
« Ça nous évite les effets de bord et ce qu'on appelle le review bombing. Où tu sais, où tu as des communautés qui vont faire des espèces de razzias sur certains sites. Pour aller trafiquer, influencer la note. » [2]
On ne va pas trop revenir en détails sur les controverses liées à l’usage des systèmes de notation. Elles ont déjà été suffisamment traitées et je vous renvoie notamment vers les émissions « L’obsession de la notation » et « Comment expliquer ce besoin de tout noter ? » réalisées par la radio France Inter. On va simplement dire que OUI une note ne remplacera jamais une critique et qu’il ne faut pas tomber dans le piège de ne raisonner que par la notation qui est comme indiquée en préambule l’indicateur du site le moins fiable. Mais il faut aussi dire que tout le monde n’a pas le temps d’écrire des critiques / l’envie de mettre l’effort / la plume d’un Behind_the_Mask. La note sur Senscritique est le seul vrai outil de comparaison entre tous les films, celui le plus « démocratique » et en soit une première approche dans la cinéphilie (car noter un film revient à se poser la question « qu’est-ce qu’un bon film ») d’un nouveau membre.
Surtout que la note SensCritique est, et je suis assez d’accord avec Guillaume Boutin, la meilleure parmi les différents sites existants.
« Là aussi, en toute humilité, c'est la note SensCritique, qui est vraiment à la fois fiable, objective, et te donne un vrai, indicateur » [2]
Selon moi, deux éléments l’expliquent majoritairement. D’une part la moyenne du site qui est, pour les films, de 5,9 [3]. Ce qui veut dire qu’il n’y a un décalage que de 0,4 (4%) avec la μ optimum qu’on espère autour de 5,5 (la vraie moyenne de la notation). La courbe de Gauss ne vient donc pas s’écraser sur un des côtés de l’échelle. A titre de comparaison la moyenne de LetterBoxd tourne autour des 3,3 [4] soit un décalage de 12% (~3x plus). On peut voir ce décalage de plusieurs manières. D’une part le nombre de films ayant atteint la note de 80% est beaucoup plus élevé sur LB que sur SC et d’autres part on voit une différence de 7% entre le 1er et le dernier film du top 111 sur SC contre 5,6% sur LB, chose qui tend à démontrer une forme de tassement. Mais le plus drôle ça reste quand on regarde non pas les note des films mais les notes distribuées par les utilisateurs :
Figure 6 [c] [5]
Il est avant tout important de préciser que même si la forme de la courbe de SC est valable, elle ne reflète pas du tout la réalité ; la courbe manque de beaucoup beaucoup de 7,6,5,4,3,2 et 1 pour correspondre à la moyenne évoquée plus tôt mais on va y revenir plus tard.
Je sais, Je sais. Quand vous avez vu ce graphique vous vous êtes dit « si c’est ça leur échelle ces crétins de LetterBoxdiens vont pas monter bien haut ». Et vous avez raison, mais mais mais je tiens à préciser pour leur défense que ce n’est pas que à cause de leur QI d’huitre que c’est autant le zinzouin. Il y a ce qu’on peut appeler « La peur de la virgule » où les membres de Letterboxd évitent les notes non rondes, ce qui cassent complétement la courbe de Gauss [5]. Pour cette raison l’algorithme de LB fausse beaucoup plus la moyenne mathématiques (8%) [4] [5] que SC (2%) [c] pour revenir à quelque chose de ~normal. Mais de vous à moi 16,8% de 5 étoiles étant bien trop indécent pour prendre ce site au sérieux [5]. Un truc aussi intéressant est que SC semble éviter quelque chose que Julian Freyberg appelle à tort l’effet plafond mais qui n’a en réalité pas vraiment de nom et que j’appellerai plus personnellement l’effet brocoli qui pousse les membres à mettre plus de 1 que de 2 car la haine ou le dégout biaise la fonction gaussienne, chose qu’on peut voir par exemple sur IMDB [5].
Le deuxième point c’est que la note SC n’est motivée que par la qualité d’une œuvre.
« Et tu vas retrouver toutes sortes de films. Et c'est génial parce que ça te donne la qualité de ton noyau dur qui va ensuite déterminer le reste de tes utilisateurs. C'est qu'on n'a pas de chapelle. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, un bon Marvel – ça fait longtemps qu'il n'y a pas eu de bon Marvel – mais tu vois, les derniers, les Endgame, etc., on était sur des notes à 7 de moyenne. C'est des vraies bonnes notes. Surtout pour les blockbusters, c'est des super bonnes notes. Mais t'en as d'autres qui vont être à 5. On a des Palmes d'or qui sont à 6 de moyenne, d'autres qui sont à 8. C'est un truc, je pense, qui a fait, j'espère, beaucoup évoluer la profession, et notamment les médias spécialisés. C'est qu'il y a beaucoup de chapelles. T'as des médias qui vont suivre un réel, et quoi que fasse ce réel, ils vont toujours l'adorer. Comme les grands fans de Woody Allen, même s'il fait de la merde, les gens vont dire, c'est un vrai mec. En tout cas, sur SensCritique, et sur d'autres plateformes, c'est la même chose, t'as des bons Nolan, t'as des mauvais Nolan, t'as des bons Woody Allen, t'as des mauvais Woody Allen. C'est assumé. » [2]
Bon ce n’est pas complètement vrai, comme on a vu plus haut, SC n’est pas à l’abris de biais (Sur-notation des Tarantino/Fincher/Nolan ou sous-notation des films d’horreur…) Mais il n’y a pas plusieurs communautés distinctes qui notent trop différemment (en tout cas dans un même univers) contrairement à LB où les différentes communautés, notamment celles des séries animées, viennent complètement casser le barème avec par exemple Nana (la série) qui est considérée comme un meilleur FILM que « Le Parrain » ou « Le Bon, la Brute et le Truand »…et c’est pas la seule infamie dans ce barème de cocaïnomanes.
Bon c’était rigolo de taper sur la concurrence mais je ne peux pas vous laisser sans parler des 2 biais structurels dans la notation SC. Le premier c’est le fanatisme autour du 7, qui est dans le subconscient la note par défaut, du « ça va sans plus ». Au lieu de tourner autour des 6 ou 5, la note utilisateur majoritaire est le 7. Le deuxième point c’est qu’on est UN PEU des élitistes. SC contient 85 millions de notes de films. Lors de mon calvaire pour récupérer les données des 1008 plus gros films du site, j’ai au totale cumulé 39,6 Millions de notes (47% du totale) avec une moyenne de 6,95. Ce qui veut dire que les 278k autres films qui ne se partage que 53% des notes tournent autour de 5,1 de moyennes. D’une part on peut penser que SC privilégie les meilleurs films ; ce qui est vrai. Mais de l’autre on sait que les bonnes notes attirent les bonnes notes et qu’un film moins connu donc est assez désavantagé. On peut aussi considérer que la note SC est difficilement exportable étant donné que les gens sont habitués à des échelles de notation cassées comme sur Amazon, Google Map ou encore Netflix.
Discussion et Conclusion
Il est important de voir que mes explications s’appuient sur beaucoup de tendances et de généralités. Par exemple l’effet brocoli peut être visible sur certains films de SC comme « Fight Club ». Mes références et travaux ne sont pas exemptent de défauts mais ce sont les plus pertinents que j’ai trouvé, la littérature sur le sujet n’étant pas bien épaisse. De ce fait je conseille à toutes personnes voulant s’intéresser au sujet de faire au préalable un état de l’art, mes remarques pouvant parfois manquer d’exactitude.
En conclusion, j'ai beaucoup de soucis avec SensCritique (toujours pas digéré qu'ils m'aient supprimé une critique) et en particulier sa gestion interne. TheBadBreaker, (le membre avec les listes les plus pertinentes du site selon moi) a décidé de faire une liste sur le sujet pile pendant que j’écrivais ses lignes donc je vous redirige vers elle pour ne pas faire redite et je rajouterai juste que la fameuse application qui bloque les MaJ du site depuis bientôt 1 an s’annonce de par ses choix comme un vrai four. On peut reprocher beaucoup de choses à SensCritique mais pas ses indicateurs, qui sont parmi ce qu’il y a de mieux à échelle mondiale. Même si leur mise en avant a fait jaser fut un temps, cet équilibre entre réactions et critiques met automatiquement SC au sommet de son secteur en termes de qualité. Les sondages sont très pertinents et appuyés par une floppée de liste qui viennent réduire leurs zones d’ombres. Et pour finir SC peut se gratifier d’avoir selon moi le meilleur système de notation existant parmi les sites culturels du même acabit. Cela en fait automatiquement le site le plus pertinent pour un amateur de cinéma francophone. SensCrique est un trésor de réflexion avec, fâcheusement, des stratégies à la Lisa Connelly et une armature à la Buster Keaton.
Bon bah voilà c’est terminé, EEENNNNFFIIINNNNNN. Si vous souhaitez discutez de ce petit travail je suis ouvert en commentaire. Si vous voulez réaliser une critique haineuse et non constructive ça se passe ici. Je n’ai aucun problème à être cité à partir du moment ou ce document est cité (moins par égo que par déontologie scientifique).
Références
- [a] Graphique réalisé sur Canva (plus agréable que sur Excel selon moi). Résultats obtenus en faisant la moyenne des rapports critiques/notes des 10 films les mieux notés des différents sites. Résultats jugés comme moyennement précis mais suffisamment justes (https://fr.wikipedia.org/wiki/Exactitude_et_précision). Données récupérées à la main et calculées sur Excel. Novembre 2025.
- [b] Graphique réalisé sur Canva (plus agréable que sur Excel selon moi). Résultats obtenus en faisant la moyenne du nombre de caractères des 5 critiques les plus populaires des 10 films les mieux notés des différents sites. Résultats jugés comme moyennement précis mais suffisamment justes (https://fr.wikipedia.org/wiki/Exactitude_et_précision). Données récupérées à la main et calculées sur Excel. Novembre 2025
- [c] Graphique réalisé sur Canva (plus agréable que sur Excel selon moi). Résultats obtenus en faisant la somme du nombre de notes par note des 1008 plus gros films de SensCritique. Résultats jugés comme ni précis ni juste mais suffisamment traduisant la forme de courbe attendue (https://fr.wikipedia.org/wiki/Exactitude_et_précision). Données récupérées à la main et calculées sur Excel. Octobre 2025
- [1] Mail qui m’a été envoyé par SensCritique suite à une demande sur des données existantes. Octobre 2025
- [2] François Defossez, Guillaume Boutin. La plateforme des cinéphiles exigeants pour réinventer la recommandation culturelle, Septembre 2024. Mediarama (https://mediarama.io/la-plateforme-des-cinephiles-exigeants-pour-reinventer-la-recommandation-culturelle)
- [3] Une brève histoire des notes sur SensCritique. Septembre 2019. SensCritique.
- [4] Ky13_38. 10,000 Movies + Letterboxd Data. Avril 2025. Kaggle (https://www.kaggle.com/datasets/ky1338/10000-movies-letterboxd-data/data)
- [5] Julian Freyberg. How rating scales shape movie reviews. Juillet 2025. DataWrapper (https://www.datawrapper.de/blog/movie-reviews-rating-sca)