Malcolm
7.8
Malcolm

Série FOX (2000)

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Existe-il une série aussi délicieusement satirique que Malcolm ? Au-delà de son humour exaltant, entre humour burlesque et cynisme décomplexé, la création de Lindwood Boomer évolue au fil des saisons vers un portrait d’une famille de classe moyenne et marginale, désabusée par les valeurs américaines. Tout ça sonne très lourd et ne correspond en rien à l’image qu’on peut se faire de cette série vue de l’extérieur, mais quand on creuse un peu, impossible de ne pas voir les (très) nombreux pics assassines portées à cette glorieuse nation américaine.

Alors oui, Malcolm est anti-tout, jusque dans son format. C’est anti-sitcom parce qu’on se refuse les rires et on se permet des idées de mise en scène bien plus élaborés. Anti-sitcom parce qu’ici, il n’y a pas de morale mielleuse sur l’amitié, juste un constat nauséabond où chaque personnage est pire que l’autre, dénué de tout sens moral. Malcolm clame un discours pseudo-féministe pour se sortir lui et ses frères d’un mauvais pas, Hal est prêt à détruire les semelles orthopédiques de sa femme juste pour lui faire des massages, Reese et Dewey profitent du deuil de leur père pour lui soutirer tout son argent, Francis ne trouve le réconfort que dans ses tentatives désespérées de créer du remord chez sa mère.

Pourtant, ça ne partait pas aussi bien. Le pilote est chiant, pas original, les personnages manquent de caractérisation et l’épisode se finit par une morale face caméra par Malcolm. Le public test avait détesté et si Boomer n’avait pas insisté auprès de la Fox, jamais la série n’aurait perdurée. Mais dès le deuxième épisode, le ton est tout trouvé. Les gags s’enchaînent, des moments cultes font déjà leurs apparitions (l’horrible chanson « sois gentil pas méchant »), les personnages gagnent déjà en personnalité et on avance petit à petit vers ce qui fera le succès de la série : son humour décapant et son rythme endiablé.

Chaque épisode est un condensé de gags tous plus farfelus les uns que les autres, et contrairement aux autres sitcoms, le fait que la mise en scène soit à ce point élaborées ne limite pas le champ des possibilités aux dialogues. Oui, les dialogues de Malcolm sont savoureux, mais tellement de bons gags passent par l’écran qu’il est impossible de tous les retenir (une course poursuite en échasse entre Malcolm et un Oncle Sam poivrot, la chute sur un arbre de Stevie en pleine course de street luge, la catapulte de caca sur le toit). Et encore une fois, les dialogues sont brillants et parfaitement placés : le discours de Dewey sur la politique, sa réflexion sur le concept de Dieu et des fourmis, « les esclaves ont des esclaves, on est en Amérique ».

Tous les épisodes ne sa valent pas, mais certains sont tellement forts en situations et en dialogues, que nombre d’entre eux font désormais parti de mes coups de cœurs absolus. L’exaltant épisode du bowling qui imagine deux temporalités, l’une où Lois amène les garçons jouer, et une autre où c’est Hal, le tout servi par un montage fluide et parfaitement exécuté. L’hilarant épisode où Jessica fait croire à Malcolm et Reese que l’un et l’autre est gay, celui où l’idiotie de Reese lui permet d’être le soldat parfait de l’armée car totalement instrumentalisé. Mais mes épisodes préférés resteront ceux mettant le plus en avant Hal, le personnage le plus touchant de toute la série. Il est le seul à provoquer le chaos soit par amour, soit pour de bonnes raisons. Un personnage qui aime profondément ses enfants et qui court toujours après leur amour notamment dans le sublime épisode « Hal déprime » où ce dernier, stupéfait par son absence totale d’affect suite à la mort de son père, fait tout pour se faire aimer de ses fils, quitte à tout leur acheter. Un épisode qui culmine par un moment de tendresse entre Lois et Hal où ce dernier s’effondre en larme en se rendant compte qu’il a perdu son père. Le tout, porté par l’immense doublage de Jean-Louis Faure qui dépasse 90% du temps la VO de Bryan Cranston pourtant au sommet de son humour (même cas de figure pour Donald Reignoux qui fait exploser la débilité de Reese par ses intonations de voix).

Bref, c’est une immense série, portée par des acteurs brillants et qui nous font ressentir au plus profond de leur interprétation qu’ils forment une famille (parce que ça a été le cas, Cranston a été comme un père de substitution pour Frankie Muniz). Une série à l’humour con, mais au propos intelligent, touchant à certains instants, exaltant dans d’autres, brillant !

James-Betaman
10

Créée

le 17 janv. 2023

Critique lue 93 fois

James-Betaman

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