Référence absolue parmi les séries comiques, Malcolm a ce petit truc en plus qui la propulse bien au delà des sitcoms traditionnelles. Une âme. Librement basée sur l'enfance de son créateur Linwood Boomer, et sous la bonne influence de John Hughes, la série devient presque immédiatement un phénomène. Et pour cause, des comme elles on en voit pas du tout. Pas de rires enregistrés, beaucoup de lieux en extérieur, un héros qui brise le quatrième mur et la volonté de ne jamais se conformer à la comédie familiale mainstream. Nous suivons une famille de prolétaires constamment sur le fil, l'envers du rêve américain en version déjantée (mais pas tant que ça, finalement). Une mère loyale mais autoritaire, un père émotif mais irresponsable et quatre enfants qui font les 400 coups. Et le tour est joué.
Parti pied au plancher, Malcolm donne le tempo (22 min staccato), imprime son générique dans les mémoires, cisèle le portrait de l'Amérique d'en haut, d'en bas, de partout à la fois et enchaine les perles comiques à un rythme qui défie l'imagination. Et il y a de tout : de la satire à l'humour noir, du slapstick à la parodie en passant par le non-sens et la potacherie ; tout public peut s'y retrouver. Sans compter que certains épisodes ont tout du concept : un épisode divisé en deux réalités alternatives, un autre en points de vues, ou encore selon la fantaisie d'une mère imaginant sa vie avec des filles et non des garçons,...Mieux : derrière la tonne de gags en tout genre, Malcolm est également d'une finesse d'écriture rare. Les six personnages principaux ont chacun leurs propres tempéraments et on pourra s'amuser à remarquer les traits de caractères communs entre tel parent et tel enfant. Et si on ne les repère pas forcément au premier abord, les épisodes multiplient les attaques en piqués sur les relations familiales, les grands idéaux, les discriminations sociales et inégalités socio-économiques. Cerise sur le gâteau, Boomer refuse les fins réconfortantes. Alors, on termine sur une pirouette scénaristique qui a tout du lancer d'acide en pleine poire. Nihiliste et fier de l'être. Et quel casting, mes aïeux.
C'est bien simple, aucun protagoniste au premier ou second plan n'est à côté. Ils ont tous leur singularité en plus ou ce grain de folie qui sied à merveille à la série, comme le nerd incapable et grassouillet Craig au papa poule Abe,...Tant et si bien qu'on s'attache à tout le monde, même aux "méchants" (inoubliable Commandant Spangler, incroyable grand mère Ida). C'est peu dire que la distribution fait des merveilles. Jane Kaczmarek est prodigieuse dans le rôle d'une mère en constante surchauffe, on ne se lasse de la voir mener sa famille à la baguette. Avant d'être Heisenberg, Bryan Cranston c'était Hal. Le comédien a d'ailleurs beaucoup contribué à densifier le papa, en le rendant plus immature et délirant (on est parfois vraiment dans du Tex Avery). Niveau gamme de jeu, peu d'acteurs ont pu se vanter de couvrir un si large territoire. Cranston l'a fait en deux rôles. Christopher Masterson a sa petite carrière dans le circuit indé, mais rien à faire : il est le Francis combinard et orgueilleux dont on adore suivre les galères à l'école militaire, en Alaska ou au Ranch. Justin Berfield est lui aussi imprégné de son Reese idiot et pyromane. Quant à Erik Per Sullivan, il a préféré stopper sa carrière pour aller vers d'autres contrées. Tant mieux, on aurait eu beaucoup de mal à l'imaginer en quelqu'un d'autre que l'épatant et le très rusé Dewie. Frankie Muniz ? Idem, malgré quelques essais dans le cinéma d'horreur ou chez Esprits Criminels avant de se réorienter vers la course automobile. On pourrait même y voir le signe qu'ils avaient conscience d'avoir atteint le zénith et qu'à partir de là, il fallait voir ailleurs.
L'essentiel, c'est que Malcolm est un jalon, un pierre angulaire et un emblème de l'humour en série au même titre qu'un The Office. Un épisode, c'est plusieurs fous rires garantis et une brouette de répliques/dialogues à ressortir dans la cour, à la machine à café ou pendant les repas de famille. Le genre de série doudou qu'on se relance de manière cyclique pour se remonter le moral ou se redonner un coup de fouet. Et on y découvre toujours un petit quelque chose qui nous avait échappé. Il est également à noter que la version française est du même calibre que l'original, donc inutile de jouer les snobs, VO/VF c'est du plaisir en barre (de rires). Il n'est jamais trop tard pour se lancer. Et il n'est jamais trop tôt pour la recommencer. Encore.