Ce k-drama est avant là pour rappeler que la Corée détient le record du monde de la chirurgie plastique, avec quasiment un adulte sur deux qui y passe, rhinoplastie en tête. Car en dehors du statut social, la beauté est un élément encore essentiel pour s'élever hiérarchiquement. Pour la petite histoire, pour sélectionner une des héroïnes qui va interpréter le rôle de Kim Mo-Mi(elles seront 3), on est allé caster plusieurs centaines de femmes "naturelles" qui devaient avoir une particularité bien précise, à avoir un visage laid sur un corps de rêve et une grande taille. Et à ce jeu, c'est Lee Han-Byeol qui gagna le rôle. Et c'est vrai que quand on l'a voit, il y a de quoi être surpris. Ce drama ne sera pas pour tout le monde car il explore plusieurs thématiques aussi diverses qu'antagonistes. Mais le message envoyé n'est pas celui qu'on reçoit.
L'idée de départ avait de quoi être séduisante, on semblait se diriger vers une satire du culte du beau et de l'apparence, doublée d'une dénonciation de la condition des femmes au travail, sujet assez récurrent maintenant. Car il ne faut pas oublier que la Corée est à la fois un pays oriental et occidental à double culture, et dans lequel le christianisme va côtoyer chamanisme et bouddhisme pour former une espèce de syncrétisme particulier. Mais revenons au plop. Kim Mo-Mi(Lee Han-Byeol), près de la trentaine, est une petite employée de bureau qui se voyait être sous le feu des projecteurs petite. Mais une dure réalité l'a ramené à la raison: la nature l'a doté certes d'un corps de rêve, mais le revers de la médaille, c'est qu'elle a physique ingrat. Bref, elle est laide. Et au travail, elle est harcelé à cause de son physique. Mais chez elle, elle se transforme en "Mask Girl" et stream sur une plateforme pour adultes où elle retrouve ses "fans", des voyeurs de type divers allant du gars lambda jusqu'au plus pervers.
Rapidement la série prend un tournant dès le 2e épisode et va s'orienter vers du sordide et du malsain. Ce n'est pas ça le plus gênant j'ai envie de dire, non le plus "risible" c'est que le scénario va amener le personnage de Ju Oh-Nam, un collègue de bureau, mais aussi comme par hasard, un fidèle contributeur des stream de "Mask girl", au cœur de l'intrigue. J'en ai vu des raccourcis et des facilités scénaristiques, mais là on est plus dans la coïncidence, on est au delà. Le gars qui a un sens accru des détails va reconnaitre immédiatement Mo-Mi grâce à un détail physique improbable. Mais le pire reste à venir, un gars lambda la reconnait aussi dans la rue, à croire que son masque était invisible. Et à partir de là, on va sombrer dans le grand n'importe quoi. Ju Oh-Nam, qui est en réalité un pauvre type moche et pervers,(vous découvriez pourquoi il en est arrivé là) s'est amouraché de Mo-Mi. Après l'avoir tiré d'un mauvais pas (là aussi je vous laisse la surprise), il va subir un sort mérité (en partie) selon moi.
Autre chose qui ne colle pas, grâce à l'argent récolté avec des stream hot puisqu'elle fera du "nude", elle va se payer son rêve : un nouveau visage. Et là encore, on va dire que le réalisateur s'est lâché puisque la nouvelle Mo-Mi se réincarne dans la bombe sexuelle Nana(qui a de faux airs de Kim Ji-Won). Métaphoriquement parlant, c'est comme si après un tuning poussé, on transformait ta vieille Clio en Ferrari. Niveau crédibilité on repassera. A titre perso, quand je voyais Nana dans sa petite robe moulante, chirurgie esthétique ou pas, je ne boudais pas mon plaisir. En conclusion, et le 4e épisode, qui ne sert à rien car hors trame, viendra le démontrer, on fait l'apologie de la chirurgie reconstructrice qui permet de s'émanciper et de se libérer de ses chaines. Mais le pire c'est que, en plus du changement physique, cela amène aussi à un changement de personnalité de Mo-Mi sortie de nulle part, en libérant des pulsions destructrices et meurtrières. On le voit dès la fin du 2e épisode. Explications? Aucune, à toi de t'en inventer une.
Dès le 4e épisode, on sombre totalement dans une sombre et banale vengeance d'une mère acariâtre et castratrice, qui voudra faire la peau de Mo-Mi en s'improvisant tueuse pro. Cette femme, interprétée par l'excellente Yum Hye-Ran, est un ramassis de clichés et de poncifs. Non seulement c'est une psychopathe, mais là encore, quelle coïncidence, elle est plus forte que la police et le meilleur détective privé du coin. J'ai toujours dis que alcool et drogue c'était nocif pour la santé mentale, mais visiblement le réalisateur qui a réalisé un "one shoot" d'ailleurs, n'en pas tenu compte et a plongé tête la première dans le ridicule en enfonçant des portes ouvertes. Il n'y a aucune colonne vertébrale dans "Mask Girl", les transitions sont mauvaises ou carrément inexistantes. C'est souvent de la juxtaposition de scènes et d'épisodes qui te vaudrait un renvoi de toute école de cinéma qui se respecte. Et comme si cela ne suffisait pas, on fera intervenir une 3e actrice (non justifiée) pour jouer Mo-Mi à la cinquantaine en prison. La fin sombre dans le grand guignolesque grotesque qu'on voit arriver à des kilomètres.
Alors que retenir de toute cette mélasse faussement subversive? Démontrer que des mauvaises mères ont plus de chance de générer des enfants déficients mentalement et psychiquement? Et oui, c'est d'une logique implacable. Que la chirurgie reconstructrice permet de s'affranchir de certains carcans? Ben oui, ca peut aussi aider des gens, n'en déplaise à certains. Autre chose, ce n'est absolument pas un pamphlet féministe comme j'ai pu lire, c'est même tout le contraire: c'est une dénonciation d'un matriarcat pervers et destructeur qui amène ces femmes, mais aussi ce pauvre homme, dans une détresse émotionnelle et psychique. La dénonciation du culte de la beauté nocive est évoquée, mais trop légèrement. La série est mal écrite, mal montée, et on ne voit pas bien ce quelle veut dénoncer (ou pas). Heureusement que c'est bien jouée et que la photographie est belle. C'est dommage, on avait de quoi faire avec ce sujet passionnant, mais Netflix fait souvent de la merde et contrairement à Minos, elle transforme l'or en plomb.
Main Theme: Son Dam bi - Saturday Night