Il est assez ironique de s'atteler à « démonter » le travail de MaxYME, dans la mesure où il fait déjà une grande partie du travail lui-même : la description de sa propre chaîne annonce fièrement proposer « un mec parler vaguement de sujets qu'il ne maîtrise pas bien avec une assurance complètement indécente et qui aime étendre son ego surdimensionné de guitariste de metal progressif ».
Cependant, l'autodérision est souvent le meilleur bouclier pour justifier la paresse ou cacher de vraies faiblesses éditoriales. Si l'on gratte sous le vernis de la posture ironique, voici une analyse factuelle des limites de son contenu.
Le paradoxe du "Contre-cliché" devenu un poncif
Max YME s'est en partie fait connaître en dénonçant le sectarisme de la communauté metal. Le problème, c'est qu'à force de vouloir prendre le contre-pied systématique de l'élitisme, il a fini par s'enfermer dans une nouvelle boucle de banalités.
Faire des vidéos de 50 minutes pour expliquer que Nickelback est incompris ou pour se demander si Tool est "chiant", c'était peut-être audacieux sur les forums en 2012. Aujourd'hui, ce sont des poncifs absolus de la critique musicale sur Internet. Il a donc tendance à vendre comme des postures subversives ce qui est devenu le consensus absolu de la pop-culture.
Le format "RawTalk" ou la théorie du ressentiment
Dans ses formats RawTalk ou ses analyses de l'industrie (Hellfest, tremplins musicaux, paiement en visibilité), Max YME prend souvent la toge du justicier de la scène musicale indépendante.
En plus de cela, j'ai l'impression qu'il souffre du "syndrome du comptoir" : sous couvert d'analyse de fond, l'argumentaire s'apparente très souvent à un long monologue plaintif. Par exemple, son analyse macro-économique de l'industrie est remplacée par le prisme de l'anecdote personnelle. Cela donne régulièrement l'impression d'écouter un musicien frustré qui refait le monde avec amertume en fin de soirée, plutôt qu'un véritable analyste musical.
La béquille de l'arrogance technique
Jouer le connard arrogant fan de Metal Prog est une excellente vanne introductive mais quand cette blague devient le moteur principal de la chaîne sur plusieurs années, elle montre ses limites.
J'ai la désagréable sensation, par ailleurs, que son analyse s'apparente à une feuille de calculs.
Cette posture (notamment dans les formats "Paie Ton Guitariste !") l'amène à juger la musique presque exclusivement par le spectre de la performance, des plans complexes ou de la théorie musicale (gammes, signature rythmique, etc...). Cette sur-intellectualisation réduit souvent son analyse d'une œuvre à une démonstration de conservatoire, passant complètement à côté de l'énergie, de l'ambiance ou de l'émotion brute qui font l'essence même du Metal Extrême.
Le vidéaste au service du musicien refoulé
C'est le biais structurel le plus flagrant de sa chaîne, qu'il admet d'ailleurs lui-même, il faut lui reconnaître : il est tombé dans le "piège" de YouTube alors que son ambition première était d'être musicien de scène.
D'ailleurs, on peut se demander si sa chaîne est un média ou une vitrine. Elle donne parfois la désagréable sensation d'être un gigantesque outil promotionnel déguisé en chaîne de vulgarisation. Quand il fustige l'état de la scène musicale, c'est souvent parce qu'elle ne récompense pas ses propres standards. La frontière entre le critique objectif et le guitariste (dans des projets comme Crystal Throne) qui prêche pour sa propre paroisse est extrêmement floue.
En définitive, même si son travail a le mérite d'avoir démocratisé la théorie musicale et les coulisses de la composition pour un public francophone, sous ses airs de cynique désabusé, la chaîne tourne aujourd'hui en circuit fermé. Elle s'adresse, avant tout, à un public de musiciens de chambre, recyclant des débats éculés (technique vs émotion, le "vrai" metal vs le mainstream) avec une grille de lecture qui manque de plus en plus de renouvellement et de recul sur elle-même.