Meet Me After School
6.7
Meet Me After School

Drama TBS (2018)

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J’attendais une romance reconstruite dans le temps. Mais elle s’égare longuement dans celui de l’attente.


Meet Me After School raconte l’histoire d’un jeune garçon de quinze ans qui tombe amoureux de sa professeure de japonais. Le synopsis et la bande-annonce de Netflix laissaient entrevoir une histoire d’amour pensée dans le temps, appelée à se reconstruire après la période de l’apprentissage. Le titre lui-même suggère l’après : après l’école, après l’université, après la dissymétrie des rôles. C’est donc tout naturellement (naïvement ?) que j’ai abordé la série sous cet angle, dans l’attente d’une romance devenue possible une fois les personnages parvenus à l’âge adulte.


Or, le choix de faire débuter le récit alors qu’Akira n’a que quinze ans installe d’emblée une zone problématique, d’autant que le physique de Kōshi Mizukami, qui affiche clairement une petite vingtaine lors du tournage, brouille encore davantage la perception de l’âge. Son attirance pour sa professeure est crédible (le fantasme de l’enseignante est un classique de l’adolescence), mais la posture adulte, elle, reste trop floue. Le récit ne désacralise jamais vraiment ce sentiment et ne cherche pas à déconstruire l’idéalisme, par exemple en y introduisant davantage d’humour, de distance ou de fermeté. Non, Hijiri reste dans la douceur. Autant d’éléments qui auraient permis de ramener Akira à son âge et surtout de clarifier les rôles. En l’état, l’ambiguïté persiste trop longtemps pour me satisfaire.


Le déséquilibre se fait ensuite sentir dans la narration. La série consacre beaucoup de temps à la période la plus délicate, puis accélère brutalement au moment où il s’agirait enfin de montrer la maturation attendue. La fin est bien trop vite expédiée. J’en comprends l’intention, mais j’aurais aimé une véritable période de transition, montrant comment le sentiment évolue, se transforme, et devient enfin pensable entre deux adultes.


Pourtant, la série n’est ni ratée ni inaboutie. Elle est surtout maladroite et mal équilibrée. Elle contient même en elle ce qui aurait pu être sa plus belle réussite, notamment à travers la figure du père d’Akira. Devenir un homme respectable, telle est la clé. Pas de fuite mais la construction. Cette parole replace l’amour dans le temps long, dans la responsabilité et la dignité. Pas de fuite, mais la construction. Cette parole replace l’amour dans le temps long, dans la responsabilité et la dignité.


Le casting contribue malgré tout à maintenir l’intérêt. Kōshi Mizukami est très touchant, doté d’un charisme évident et d’un visage presque « rimbaldien » (oui je sais, cet adjectif n’existe pas), davantage celui d’un jeune homme que d’un adolescent.

Kasumi Arimura, de son côté, apporte ce qu’elle sait faire de mieux : une douceur naturelle, une fragilité lumineuse, une empathie presque instinctive. Mais ici, c’est précisément ce qui pose problème. Son jeu installe une posture émotionnellement poreuse, plus proche d’une égale affective que d’une adulte structurante. Or le personnage aurait eu besoin de tenue intérieure, de clarté morale, d’une présence capable de désamorcer, pas seulement d’accueillir. À force de douceur, elle ne tranche jamais. Ce n’est pas qu’elle joue mal, bien au contraire : il s’agit plutôt d’un mauvais alignement entre le rôle et l’actrice.

Les seconds rôles fonctionnent en revanche très bien. Keita Machida apporte une présence solaire bienvenue, tandis que Yo Yoshida incarne un contrepoint féminin digne et volontaire, clairement plus ancré dans l’âge adulte. Haraguchi n’est pas là pour remplir un simple triangle amoureux : elle offre un contrepoint féminin mature que le personnage principal féminin n’incarne pas suffisamment.


Reste enfin le contexte culturel. En 2018, au Japon, le poids social entourant les relations professeur-élève et les écarts d’âge demeure extrêmement fort (sans doute plus proche de la France de Mourir d’aimer que de nos standards contemporains). Même aujourd’hui, malgré l’évolution légale, (les rituels traditionnels de la majorité sont fêtés à 20 ans) un japonais plus jeune de dix ans dans une relation reste problématique socialement. La série semble sous-estimer cette réalité, ce qui fragilise la crédibilité de la reconstruction sentimentale qu’elle esquisse mais qu’elle ne montre jamais.


J’ai terminé la série grâce à sa brièveté, au charisme de son acteur principal et à l’attente d’une résolution promise. Mais cette attente n’est jamais pleinement récompensée. Meet Me After School laisse ainsi un sentiment de déception tranquille : celui d’un récit qui annonçait l’après, mais s’attarde trop longuement sur l’avant.

AliceJeanne
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le 27 janv. 2026

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