Des personnages aisés deviennent des agents secrets n'ayant jamais peur de rien mais formant une petite famille pas d'infortune mais de fortune avec un esprit soudé.
Les acteurs sont de véritables comédiens à l'aise dans leur rôle, athlétiques et liés sentimentalement. À l'écran, on sent leur forte complicité, notamment entre Martin Landau et Barbara Bain qui étaient mariés dans la vraie vie. Au milieu de ce danger de la Guerre froide, il règne pourtant un grand calme. Ces espions utilisent des masques et la technologie moderne, tout en sachant qu’ils devront s'autodétruire s'ils sont pris au piège.
Ce générique résume à lui seul toute la série. C'est le modèle parfait du générique d'aventure. Tout commence par une main qui craque une allumette pour allumer une mèche. Dès que la mèche commence à brûler, la musique démarre et des flashs d'images ultra-rapides défilent à l'écran. Ce ne sont pas des images au hasard : ce sont des extraits de l'action et des moments clés de l'épisode que le spectateur s'apprête à regarder. En quelques secondes, ce montage montre les masques, les bagarres, les gadgets et tout le suspense à venir. La mèche avance jusqu'à l'explosion finale, laissant le spectateur prêt pour l'aventure. Tout cela est porté par la musique culte de Lalo Schifrin, une mélodie saccadée qui imite le tic-tac d'une bombe.
Ce succès mondial repose sur cette formule unique. Cependant, elle souffre de grosses répétitions au fil des épisodes et il n'y a aucune vraie fin, ce qui reste problématique.
Le changement de chef s'explique aussi par les coulisses. Le premier acteur, Steven Hill, venait du western "Rawhide". Il a quitté l'aventure car son refus de tourner le vendredi soir et le samedi bloquait les plannings de production. Peter Graves est alors devenu le chef parfait, apportant une autorité calme et rassurante pour diriger les plans.
Ici, l'espionnage de la Guerre froide se fait par l'illusion et la ruse, pas par les armes. À force de se cacher derrière des masques, ces agents finissent par perdre leur propre identité. La technologie moderne s'efface si le piège se referme, ne laissant que cet esprit soudé pour survivre.
On peut comparer cette œuvre à sa voisine britannique, "Chapeau melon et bottes de cuir". Là où la série anglaise mise sur l'humour, l'excentricité et les combats d'Emma Peel, "Mission Impossible" choisit le sérieux, la rigueur clinique et la force psychologique de Cinnamon Carter, incarnée par Barbara Bain. Deux styles différents, mais une même alchimie de couple qui crève l'écran.
Il faut regarder cette série aujourd'hui car elle est la racine même du cinéma d'action moderne. Voir cette équipe de fortune opérer avec autant de sang-froid et d'intelligence collective reste un plaisir unique. Malgré ses répétitions et son manque de fin, cette famille de fortune et son générique culte restent inoubliables. Une série unique pour l'époque.
Personnellement, la version de 1988 m'a refroidi. C'est un retour raté à cause d'une grève des scénaristes à Hollywood. Pour faire des économies, la production a simplement repris et recyclé les vieux scénarios des années 60 au lieu d'inventer du neuf. Sans la surprise et sans la magie du couple d'origine, la formule n'avait plus aucune âme.
Heureusement, le cinéma s'est emparé de ce chef-d'œuvre inoubliable pour corriger le tir, briser la routine et offrir à la franchise la démesure qu'elle méritait.