La série commence très fort, avec une ambiance tendue, glaçante, impitoyable. On comprend rapidement à quel univers on a à faire : tous les personnages principaux, les Harrigan en particulier, sont à divers niveaux des psychopathes centrés sur l'obtention d'un résultat (l'argent) et dépourvus de toute empathie. Quiconque montre une once d'humanité ou baisse sa garde en étant un peu moins machiavélique que les autres, finit torturé, découpé ou torturé et découpé. Injustement de surcroît. Les innocents payent, et les coupables prospèrent.
La production est de qualité (même si certaines images du générique puent l'IA bon marché), et le casting est excellent. Tom Hardy, parfait, compose un sorte de Winston Wolf dopé à la testostérone, extrêmement calme et courtois en toute circonstance. La douceur de sa voix et de ses manières n'ont d'égal que son efficacité sans limite et sa capacité à commettre les pires horreurs aussi paisiblement que s'il faisait ses mots croisés.
Pierce Brosnan et Helen Mirren sont absolument terrifiants en papy et mamie tyranniques et mortels, sous des dehors de bonhommie trompeuse.
Les autres ne sont pas en reste, putain ces anglais ils sont forts quand même. vraiment.
Vers le milieu de la saison, les relations entre tous ces personnages sont tellement dysfonctionnelles et abominables que l'exploration de ces turpitudes semble devenir le principal attrait du show, comme s'il avait pris à bras le corps son sujet : cette spirale aveugle et routinière de violence et de prédation elle-même. Et comment elle annihile toute possibilité de joie et d'amour dans les coeurs.
"Dans ce monde de monstres, c'est le plus gros monstre qui survit", dira l'un des personnages, justement en train de dévisser.
Toutes ces qualités, et le focus sur l'aspect familial et quotidien permettent de compenser le millefeuille de clichés de films de gangster présents par ailleurs dans la narration.
Mais le spectre de Guy Richie hante ces lieux, et flop! tout devient une sorte de mauvaise blague.
Les derniers épisodes transforment progressivement la série en une parodie d'elle-même, qui s'auto copie tellement que les mêmes répliques et les mêmes situations se répètent, sans pour autant que les créateurs en fassent quelque chose en conscience. Et donc ça s'affaiblit. On assiste de plus en plus à une resucée peu inspirée de snatch : trahison, sur trahison, sur rebondissement et twist totalement téléphonés, d'autant plus qu'ils utilisent encore et encore les mêmes ficelles pour prétendre égarer le spectateur.
Harry Da Souza (Tom Hardy), à force de résoudre des situations de plus en plus insolubles, se transforme en surhomme invincible.
Quant aux Harrigan, qui ont pourtant été présentés jusque là comme les pires saloperies, la "Guy Richie Touch" ne peut pas s'empêcher de finalement les iconiser et de suggérer par une mise en scène un peu trop pop que tout ceci est décidément très très cool.
Enfin, dernier reproche : en tablant sur de futures saisons, la série s'interdit d'aller au bout de son jeu de massacre. On se contente de modifier très légèrement les forces en présence et de préparer le terrain pour une saison 2 qui démarrera sous le signe du statu quo confortable.
Dommage.