J'avais dernièrement l'impression (Tenet, Oppenheimer) que le réalisateur avait fini par se laisser complètement consumer par son délire égotique "regardez je suis un grand penseur, je vais vous donner une grande leçon sur le monde". Par ailleurs, je suis vraiment fondu de mythologie grecque. Je n'abordais donc pas ce film avec les plus grands espoirs.
Pourtant, lors de la première heure, j'ai été plutôt indulgent.
Oui, comme je l'avais déjà entendu dire, c'est très très bavard, le tout débité avec une compteur de gravité bloqué dans le rouge : je me suis dit qu'il y avait peut-être là une velléité de filiation avec la tragédie grecque. OK.
Je me suis dit aussi que Nolan semblait vouloir prendre des risques et sortir de ses sentiers battus. C'est plus bordélique, sale, organique que son cinéma d'habitude assez froid. Il y a des corps qui suent et qui souffrent. OK.
Certains choix esthétiques et narratifs sont, disons, particuliers, mais c'est quelque chose que je veux bien accepter. Prendre la proposition dans son ensemble sans juger trop vite.
Pourtant, dès la deuxième heure, certains constats sont trop criants pour continuer à les ignorer.
Déjà, c'est ennuyeux. A force de ne pas choisir, et d'être trop littéral et pas assez, on a un loooong ventre mou où ils débarquent sur une île, ça se passe mal, ils fuient, ils débarquent sur une île, ça se passe mal, ils fuient, etc. etc. On se sait pas ce que ça raconte (spoiler : rien), c'est répétitif et peu trépidant. Si la séquence du cyclope prend au moins le temps d'exister, les autres seront juste des cases à cocher : les Lestrygons, les Sirènes, Circé, Charybde et Scylla. Check, check, check...
Ensuite, c'est moche. Mais c'est moooche. On est en phase terminale d'orange and teal mâtiné de filtre netflix grisâtre. La photographie est immonde. C'est pâle, terne.
Les CGI puent la merde pour un film de ce budget.
Pire, tout ça est filmé avec le cul, comme s'il n'y avait aucun maître à bord. Souvent on ne comprend même pas ce qui se passe tellement c'est maladroit. Il y a beaucoup trop de plans, et il en manque en même temps. Le tout avec une insupportable shaky cam qui fera la fortune des opticiens.
Aucune image n'est belle, sauf peut-être celles filmées sur des plages (Troie, Ogygie).
La musique est pas mal, mais elle est très très mal employée : comme un énorme trait au marqueur pour souligner une dramaturgie déjà bien lourdingue. Et surtout elle est omniprésente ! Deux heures cinquante de film sans que la musique ne s'arrête une seconde !? Mais allô ? Y avait-il quelqu'un dans la salle de montage ?
Le casting est, dans l'ensemble, plutôt mauvais. Je veux dire, ces gens sont bons. Mais pas dans ce film. Quand je pense que les pleurnichards racistes nous ont cassé les couilles avec Lupita Nyongo en Hélène, alors que personne n'est crédible dans cette galère ! Toute la distribution semble jouer dans un autre film que l'Odyssée. Il faut voir par exemple John Berntal (que j'adore pourtant) en Ménélas qui se dandine comme un cowboy texan. C'est NON. La palme du pas crédible va à Charlize Theron en Calyspo, chargée au botox et au Gemey Maybeline, et déguisée en pub Dior J'adore, ou en Kim Kardashian, j'ai pas réussi à trancher. C'est d'un ridicule total, et ça m'a sorti du film plus d'une fois.
Allez pour être tout à fait honnête, Matt Damon fait le job, Tom Holland aussi, John Leguizamo est vachement bien, et (comme d'hab) Robert Pattinson est génial : il parvient même à insuffler une drôlerie inattendue dans les scènes les plus lourdes du film.
Avant d'approfondir sur ces scènes lourdes, petite mention pour Logan Taylor Green qui, malgré un rôle archi secondaire, s'autorise aussi une forme de cabotinage plutôt rafraîchissant, dans la lignée de Pattinson. C'est presque imperceptible, mais je trouve ça cool dans un film aussi plombé.
Et parlons-en, de ces scènes les plus lourdes : les 30 à 40 minutes de fin, où l'on passe sans vergogne d'une leçon de morale maladroite (ça y est il a compris le sens de la vie) à une scène d'action lunaire, filmée par le stagiaire de 3e, à un sandwich de leçons de morale maladroites verbalisées avec tellement de morgue et de manque de recul qu'on en rirait si c'était pas si pompeux et sinistre.
Comme le film a lamentablement échoué pendant 3 heures à véhiculer le moindre sens par l'image et le ressenti, Ulysse et Pénélope se mettent à blablater pour nous surexpliquer ce qu'il y aurait dû avoir à comprendre. Et là, au milieu de ce naufrage cinématographique, la voix de l'ego de Nolan nous susurre : "regardez je suis un grand penseur, je vous donne une grande leçon sur le monde".
Heureusement, dans les ultimes secondes, afin sans doute de vous réveiller pour trouver la sortie du cinéma enténébré, Télémaque apparaît en roi d'Ithaque (alors qu'on venait littéralement de lui dire qu'il n'était pas prêt, trop juvénile et immature, petit con) le front ceint d'un bandeau en or de chevalier du Zodiaque qui vous arrachera bien quelque gloussement dynamisant
Le niveau d'amateurisme général de tout le projet est sidérant, surtout compte tenu des moyens déployés.
Tout à fait honnêtement, je trouve que le bon format pour ce genre de "contenu" serait une mini-série de 10 épisodes de 20 minutes sur Prime Video ou Hulu.
Quant à Nolan, il est définitivement devenu ringard.