Meilleur scénario tout manga confondu

Vous parler de Monster, c'est parler d'un monument du manga, peut être pas pour les non-initiés mais il faut le souligner.


Le neurochirurgien Kenzô Tenma sauve la vie d'un jeune garçon qui a été abattu par sa soeur jumelle d'une balle dans la tête. Cet enfant se révèle être un véritable monstre qui va tuer des personnes de son entourage avant de s'évaporer dans la nature. Par un concours de circonstance, Tenma va se retrouvé être soupçonné des crimes du garçon et 9 ans plus tard, il décidera de tout quitter pour retrouver "le Monstre" coûte que coûte et mettre fin à sa folie.


Monster est sans doute le manga (tout seinen confondu) doté du meilleur scénario policier et surtout celui du plus ambitieux, riche et original qu'il m'ait été donné de lire ou de regarder en animé. La force de son scénario réside dans son réalisme, dans sa documentation, on ne s'imagine pas le nombres d'heures que l'auteur a du passer à étudier en profondeur l'histoire, la géographie des pays d'Europe comme l'Allemagne, la Tchéquie, ou de certaines ville comme Pragues, Munich, Francfort, et j'en passe. C'est tout simplement prodigieux sachant que cette densité narrative se retrouve dans presque chacune des oeuvres d'Urasawa. Et s'il n'y avait que l'histoire, mais je pourrais aussi englober dans le mot "scénario" tous les interactions avec les nombreux personnages du récit, la psychologie de ceux-ci, leurs arcs narratifs qui leur sont propres. C'est vertigineux, d'autant que régulièrement chaque personnage sera mis en avant, présenté même comme le héros de parfois plusieurs chapitres ou épisodes. Même les antagonistes ont voix aux chapitres et deviennent les "protagonistes" temporairement, permettant aux lecteur d'embrasser totalement leurs points de vue parfois très discutables.

Enfin ce qui enrichit encore d'avantage tout cela, c'est la richesse des tons de l'oeuvre. Tantôt sombre ou tragique, mais aussi (souvent) lumineux, ressemblant presque au style "tranches de vie" que l'on retrouvait dans Mister Keaton. On a vraiment l'impression d'un roman fleuve, jonglant avec les genres et les différents personnages. L'animé renforce encore ce sentiment de durée avec pas moins de 74 épisodes pour une série de 18 tomes à la base.

L'animé prend son temps et use de toute la mise en scène nécessaire pour nous faire ressentir les émotions de chaque scènes qui en sont très souvent remplies. De la terreur d'un personnage à ses larmes de joies, c'est juste splendide. On reprochera juste le format de l'image utilisé pour des raison économiques qui fait perdre de l'intensité, trop petit, ils auraient dû opter pour du 16/9ème.

La musique est parfois b7rillante mais quelque fois inexistante ou hors propos. On retiendra clairement certains thèmes comme Faith, Drift ou l'opening Grain, mais d'autres sont plus anecdotiques.


Plus de 70 épisodes donc, vous vous doutez que le rythme est lent aussi, prend son temps, et j'espère sincèrement que tout ceux qui ont envie de découvrir Monster la savoureront comme elle se doit. Vous pouvez "bingwatcher" la série mais quel intérêt, parce que vous voulez découvrir le dénouement final ? Honnêtement, le dénouement est à l'image de tout le reste, il prend son temps, s'installe tranquillement, fait en sorte de ne rien laisser de côté tout en conservant tout de même une part de mystère. Les scènes d'actions sont bien sûr présentes, même nombreuses, mais comme un travail d'orfèvre, il faut que les pièces du puzzle s'imbriquent, et cela prend du temps et il faut le digérer. Donc un conseil, ne regardez pas 15 épisodes d'un coup.



Maintenant il est temps de s'attarder sur les personnages de l'oeuvre et vous m'excuserez si j'occulte la partie "résumé détaillé" de l'histoire que vous pouvez lire à plusieurs endroit sur ce site.


(Voyez donc cette critique comme un mini dossier personnel.)


Car la force de cette oeuvre majeure, c'est sa galerie de personnages extrêmement variée et je voudrais m'attarder sur 7 personnages (c'est très peu) qui m'ont le plus marqués.

Comment ne pas parler avant tout de Kenzô Tenma, le héros du récit. Sans doute le personnage le moins intéressant si on s'arrète aux généralités car il ne se résume qu'à son grand coeur et son sentiment de culpabilité. Kenzô est fascinant car il est un brillant chirurgien, un génie qui n'a absolument pas pris la grosse tête. C'est un faiseur de miracle qui a sauvé la vie de dizaine ou centaines de personnes qui lui seront éternellement fidèles et reconnaissant mais qui fait preuve d'une infinie sagesse et humilité. Il va malgré tout se retrouvé embarqué dans une affaire qui va mettre à mal ses principes de vies, sans doute influencé par les tempéraments toxiques qui l'entourent, à commencer par Eva, le père d'Eva et certains collègues. Il va se retrouvé contraint de vivre comme un vagabond, accusé de crimes qu'il n'a pas commis mais là encore, il ne cherchera pas à blanchir son nom mais à régler une situation, sauver le plus de gens possible, quitte à se sacrifier. On pourrait lui reprocher un côté trop lisse, mais sa pureté dans un monde aussi dur fait du bien et on le voit. Tenma fait du bien à tous ceux qui le rencontrent, directement ou indirectement. C'est un saint dans toute sa définition mais qui peut basculer. On regrettera cependant qu'il soit aussi un bourreau des coeurs faisant chavirer le coeur de tous les personnages féminins un peu importants à l'exception d'une.


Heinrich Lunge : Lunge est aussi doué pour résoudre des enquêtes que Tenma en chirurgie, il lui manque juste une chose, un coeur, des émotions. Son cerveau tournant à 1000 à l'heure, de manière purement logique et pragmatique, l'oblige à faire abstraction de tout le reste, à commencer par les relations qu'il entretient avec ses proches, inexistantes. Sa femme le quitte, sa fille qui vient d'accoucher aussi. Il perd tout, mais cela ne l'affecte pas, il reste focalisé sur son objectif et ses certitudes. Il doit retrouver et arrêter Tenma car il est coupable. Curieux et méticuleux de nature, il va cependant finir par suivre une autre piste qui le mènera à la vérité et à sa réhabilitation en tant qu'être humain. A la fin de l'oeuvre, il regrettera les personnes disparus qu'il aurait voulu connaître d'avantage et partager des souvenirs et se félicite de pouvoir enfin communiquer avec sa fille par mail (sans doute un peu autiste, il est plus à l'aise à l'écrit). Un bon début. Ce personnage est génial et d'une complexité folle. Il doute très peu de ses capacités et de son sens logique mais c'est justement cet aveuglement qui va le conduire à se tromper pour la première fois de sa carrière allant jusqu'à nier l'évidence. Quand on y pense, son hypothèse comme quoi Johann et Tenma ne font qu'un est extrêmement tirée par les cheveux et pourrait être débunkée en deux secondes. J'ai aussi adoré le rôle badass qu'il endosse dans son combat contre Roberto.


Wolfgang Grimmer : Un journaliste d'investigation qui enquêtent sur les mauvais traitements infligés aux enfants dans les orphelinats ce qui l'amènera sur la piste du tristement célèbre 511 Kinderheim. C'est un homme au passé trouble, lui-même résident autrefois du dit orphelinat où l'on appliquait une éducation basée sur la manipulation mentale, l'hypnose pour ôter tout sentiments aux enfants. Son histoire est déchirante. Dénué d'émotion, il va tout de même fonder un foyer mais à la mort de son fils encore nourrisson, il sera incapable de ressentir de la tristesse. Depuis, il passe son temps à sourire car on lui a appris mais ce n'est qu'une façade, cependant, lancé dans son enquête et le combat contre Johann, il va, au contact des enfants surtout apprendre à ressentir les choses. Mais Grimmer est aussi atteint d'un dédoublement de la personnalité, qui lorsqu'on le pousse dans ses dernier retranchement, devient une véritable machine à tuer sans émotions, le MAGNIFICIENT STEINER, sorte de Hulk alternatif.

Sa fin est absolument déchirante car c'est dans son dernier soupir, entouré de ses amis, qu'il éprouvera enfin une profonde tristesse pour son fils décédé.


Johann Liebert : Johann est un Kira puissance dix. Je me demande d'ailleurs ce qu'il ferait en possession du Death Note (peut être brûlerait-il le carnet, ou pas...). Son enfance malheureuse, victime d'expériences, allant jusqu'à lui faire confondre ses propres souvenirs avec ceux de sa soeur jumelle n'excusent en rien la monstruosité du personnage. Il aime manipuler et torturer psychologiquement les personnes de son entourage jusqu'à les pousser au suicide ou au meurtre (même les enfants). Il tue lui aussi de sang froid et à plusieurs reprises et ce depuis son enfance, d'innocentes personnes qui se sont occupés de lui de manière plus que bienveillantes comme ses nombreuses familles d'accueils, pour ne laisser aucune trace ou attache. C'est une véritable ordure au regard d'ange et malheureusement, le mangaka lui-même est tombé sous le charme de son personnage car son sort est plus qu'heureux même si très ouvert. Provoquant un véritable massacre dans une petite ville de campagne, il se fait à nouveau tirer une balle dans la tête et sera à nouveau sauvé par Tenma. Après un petit coma de quelques mois, il disparaîtra dans la nature. Le personnage aurait dû mourir mille fois de la pire des manières (c'est ce que nous incite à penser notre position distante de spectateur) mais il faut croire que lui aussi à le droit à une forme de seconde chance, voire de rédemption. Savoir ce timbré libre comme l'air à la fin me laisse personnellement un sentiment plutôt amère.


Eva Heinemann : Une ignoble harpie opportuniste qui n'hésite pas à faire disparaître de sa vie Tenma qui selon elle a commis une erreur, entachant sa réputation. Elle regrettera plus tard son geste amèrement mais de cette amertume naîtra une profonde haine pour le chirurgien japonais qu'elle va accuser publiquement d'être le meurtrier de son père, tentant de ternir à jamais sa réputation. Elle va aussi sombrer dans l'alcoolisme, finissant d'achever son tableau.

Elle va cependant par des rencontres et péripéties parfois terrifiantes s'adoucir, reconnaître ses erreurs, revenir dans le droit chemin. J'ai beaucoup aimé l'arc de ce personnage alors que celui-ci est parfaitement antipathique et ce jusque tard dans l'histoire. La voir sombrer petit à petit a quelque chose de grisant au départ puis après on finit irrémédiablement par la plaindre, avoir pitié et s'y attacher...A la fin, on espère sa vie heureuse, loin de son amour que jamais elle ne retrouvera (et c'est tant mieux), Tenma.


Martin Reest : Martin est un tueur à gages et garde du corps à ses heures, travaillant pour le compte d'hommes puissants. Il sera chargé d'escorter Eva lors de différents gala et va lui aussi (comme le spectateur) s'attacher à elle. J'ai beaucoup d'affection pour les personnages qui meurt car ils ont toujours un passé tragique et une fin déchirante, et c'est le cas de Reest qui a tué indirectement sa mère alcoolique étant enfant, la laissant dehors en pleine hiver. Il va ensuite vivre une tragédie auprès de sa copine junkie qui va le tromper. Celle-ci va le supplier de la pardonner mais il va refuser et elle se suicidera. Se sentant responsable de cet acte, Martin va endosser son meurtre et ira en prison. Tombé sous le charme de la belle Eva, il fera tout pour la protéger et lui donnera rendez-vous à la gare pour partir loin avec elle, refaire sa vie. Il ne pourra honorer cette promesse, se faisant tuer en essayant de la protéger. Il donnera cependant de précieux indices à Tenma avant de mourir. 4 épisodes et ce personnage m'a tout de suite séduit, calme, presque nonchalant, un peu blasé, sanguin et dangereux aussi, faisant son job proprement mais ayant une faiblesse, les femmes. On remarque aussi que c'est l'un des rares personnages qui a résisté à la manipulation psychologique de Johann.


Roberto : Roberto est un homme de main de Johann, pour ne pas dire son bras droit. Il est animé par le même désir machiavélique de faire le mal autour de lui, de créer une forme d'apocalypse. Très compétent et résistant, il malmènera nos héros jusqu'au bout. On apprend plus tard qu'il était lui aussi un enfant du 511 Kinderheim, et qu'il était l'ami de Grimmer.

Le personnage aurait mérité un ou deux épisodes qui aurait embrassé son point de vue. Etonnant que l'auteur ne lui ait pas laissé plus de place. Il aura aussi un destin tragique, rejeté par son maître à la fin, alors qu'il agonise. Ses larmes qu'il versent juste avant d'expirer m'ont profondément touchées même si le personnage ne m'inspirait que du dégout jusque là.

Une prouesse.

uther
9
Écrit par

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Créée

le 21 nov. 2023

Modifiée

le 6 mai 2023

Critique lue 39 fois

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