Moon River
6.3
Moon River

Drama MBC (2025)

Désolée, ça m’a échappé. Mais très sincèrement, j’ai parfois eu l’impression qu’on se foutait de ma gueule. J’ai abordé La Rivière sous la Lune avec une curiosité sincère. J’adore Kang Tae-ho. Et les premiers épisodes laissaient entrevoir une série capable de mêler émotion, humour et une touche de fantastique. Et pendant un temps, j’y ai cru.


Mais au fil des épisodes, ma déception grandit. Les scènes comiques succèdent aux scènes tragiques, puis surgissent des éléments fantastiques, avant de revenir à des scènes romantiques fortes mais isolées. Le tout sans liant réel. Pour une série qui parle de fil rouge, force est de constater qu’il lui en manquait cruellement.


Le décrochage devient manifeste avec l’introduction d’un pseudo poison transmis par un oiseau sorti de la préhistoire. C’est d’autant plus regrettable que la mythologie coréenne, ou même l’usage de plantes rares, offraient des alternatives bien plus cohérentes. Un fantastique bien écrit accompagne le drame et l’approfondit. Ici, il le parasite. Rien ne tient vraiment la route, et le fil conducteur semble s’effilocher à mesure que le récit avance. 


J’ai même eu l’impression que le scénariste avait ramassé des éléments disparates échappés d’autres séries, assemblés sans vision d’ensemble. Comme s’il s’était dit qu’avec un bon casting, je n’y verrais que du feu mais c’est précisément là que réside le problème.


La Corée sait aujourd’hui que ses séries se vendent (bien), que ses acteurs sont suivis. Ce succès a créé une zone de confort créative. Pourquoi prendre des risques narratifs quand un concept fort et un casting attractif suffisent à garantir l’engagement du public ?

Le recyclage, pourquoi pas, encore faut-il qu’il soit fait avec intelligence. Ici, populaire et commercial sont confondus. Même les productions chinoises, pourtant contraintes par la censure, parviennent à proposer des récits bien construits (tout n’est pas parfait et le débat n’est pas là).


Tout n’est pas à jeter. J’ai beaucoup aimé les deux romances et certaines scènes étaient drôles.

Le body swap repose sur un véritable travail d’interprétation réciproque. Kang Tae-oh incarne vraiment très bien Dal-i dans le corps du prince, tandis que Kim Se-jeong interprète Lee Kang dans celui de Dal-i. Le body swap repose sur un véritable travail d’interprétation réciproque. Kang Tae-oh incarne avec justesse Dal-i dans le corps du prince, traduisant une sensibilité féminine sans caricature. Il prouve ici qu’il ne se résume pas à son image sexy. 


La série s’articule autour de deux couples aux dynamiques très différentes. Le couple principal, Lee Kang et Dal-i, fonctionne grâce à une alchimie évidente et à une romance assumée, adulte et jamais mièvre. Leur relation repose sur le respect, la tendresse et une égalité rare, peut-être trop moderne, voire anachronique, pour un sageuk. Kang Tae-oh et Kim Se-jeong portent cette relation avec sincérité, et malgré un body swap mal exploité, leur jeu reste l’un des grands points forts de la série.


Le second couple, le prince Jeon et Woo-hee, propose une autre forme d’amour, plus tragique, plus contenue, presque sacrificielle. Leur relation, marquée par le renoncement et le devoir, souffre d’un cruel manque de temps à l’écran, d’autant plus regrettable qu’ils participent pleinement aux enjeux politiques du récit. Lee Shin-young impose une présence intense et habitée, jouant beaucoup par le regard, la posture droite et une voix grave et posée qui lui donnent une maturité frappante. Face à lui, Hong Su-zu reste plus distante, parfois trop lisse, créant un léger déséquilibre mais aussi une poésie froide. Leur histoire aurait mérité un développement bien plus ample.


Sur le plan politique, la série s’articule autour du Ministre de Gauche Kim Han-cheol (Jin Goo). Cet homme au pouvoir écrasant (parfois supérieur à celui du roi) possède l’un des postes les plus redoutables de l’administration Joseon. Si cette domination est lisible, elle sert trop souvent de raccourci narratif. À cela s’ajoute un anachronisme difficile à ignorer : la décision royale d’abolir la punition héréditaire alors même que ce principe était profondément ancré sous Joseon (et qui a continué d’exister bien après cette période). 


Jin Goo apporte une réelle densité à son personnage grâce à un jeu nuancé et nerveux, mais l’écriture ne lui rend pas justice. C’est bien trop convenu. Et sa chute semble interminable, comme si le scénario n’osait jamais aller jusqu’au bout.


Au final, la série commence avec de réelles qualités : un casting investi, des romances attachantes et une très belle OST (But a Dream de So Hee-Song). Mais la seconde moitié se perd dans un mélange désordonné de tons et d’idées. Si je suis allée jusqu’au bout, c’est avant tout pour Kang Tae-oh… et pour l’intensité du regard de Lee Shin-young.

AliceJeanne
6
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le 22 déc. 2025

Critique lue 334 fois

AliceJeanne

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