Le titre Miss Hammurabi ne sort pas de nulle part : Hammurabi était un roi babylonien célèbre pour avoir unifié la Mésopotamie (principalement l'Irak d'aujourd'hui) et aussi créé le fameux Code qui porte son nom, l'un des plus vieux écrits de l'humanité. Si je te dis "Œil pour œil, dent pour dent ", ça te parle, non ? Mais le Code ne se limite évidemment pas à la vengeance : il contient des dispositions concernant les violences, les vols, les contrats, les dettes, le mariage, le divorce, etc. C'est tout simplement l'un des tout premiers livres de lois qui ait existé. Dans le drama, c'est le surnom donné par ses pairs à la jeune juge Park Cha Oh-reum, qui conteste ouvertement les pratiques et les injustices de l'institution. Le gros intérêt de la série était de proposer quelque chose d'assez inhabituel : entrer dans le quotidien de juges coréens, découvrir leur environnement professionnel, leurs relations avec les greffiers et les autres magistrats, leurs contraintes, leurs rapports avec la hiérarchie et surtout leurs dilemmes. Mais le gros souci, c'est que le drama est souvent hors sujet, parce que si l'idée de départ est excellente, elle est mal exploitée, plongeant souvent dans le pathos plutôt que dans le juridique.
Park Cha Oh Reum(Go Ara) est une jeune juge stagiaire qui intègre le Palais de Justice de Séoul, sous les ordres du juge aîné Han Se-Sang(Sung Dong-Il), un vieux briscard qui connaît tous les rouages du système judiciaire. Il excelle dans son métier, attentif, mais ne se laisse jamais influencer, ayant un sens de l'équité aiguisé. C'est une jeune femme opiniâtre, qui n'aime pas les injustices et les abus d'autorité. À ses côtés, elle va aussi travailler avec Im Ba-Reun(Kim Myung-Soo/L), à peine plus âgé, mais plus expérimenté. Contrairement à O Reum, qui est sans filtres et qui a un pouvoir empathique exacerbé, Ba-Reun est plus réservé, cartésien et rigide. Bien évidemment, cela ne serait pas drôle s'ils ne se connaissaient pas depuis le lycée et qu'Oh Reum fût le premier et seul amour de Ba-Reun. Dans leur quotidien, où ils ne traiteront quasiment que des affaires au civil, la secrétaire Lee Do-Yeon(Lee Elijah) et leur confrère et ami, le juge Jung Bo-Wang(Ryu Deok-Hwan), seront d'un profond soutien, tant sur le plan professionnel que personnel.
Le drama démarre de manière plutôt légère, à se demander si on n'est pas dans une comédie dramatique. Mais rapidement, on va rentrer dans le vif du sujet. Comme dans beaucoup de séries du genre, policier et judiciaire, on va être confronté à plusieurs études de cas. Mais la partie juridique va s'avérer d'une pauvreté sidérante : les affaires servent principalement de supports à des problèmes sociaux et humains : discrimination, harcèlement, violences conjugales, sexisme, conditions de travail, etc. Mais la plupart du temps, c'est écrit de manière arbitraire avec tous les clichés qui vont avec. C'est souvent une attaque en règle contre un système conservateur masculin, sans aucune nuance. D'ailleurs, si on prend comme parole d'évangile tout ce qui est dit, le système judiciaire coréen est vérolé par une pléthore de juges misogynes. Donc, si tu cherches de la nuance dans les propos ou les messages envoyés, tu peux faire une croix dessus. C'est assez manichéen et subjectif, si on observe bien. Et non, comme j'ai pu le lire, ce n'est absolument pas un drama qui dénonce les injustices du système judiciaire coréen. On en est même aux antipodes.
Le principal défaut de la série, c'est que l'émotion remplace progressivement le droit. Un juge devrait pouvoir être touché par une affaire tout en conservant une distance suffisante pour appliquer le droit. Mais à la longue, Oh Reum est tellement émotive qu'elle en devient excessive : un juge est là pour faire appliquer la loi, pour rendre une décision de justice équitable et juste. Elle passe souvent de juge idéaliste à juge porte-étendard d'une cause. Ce n'est pas le rôle d'un juge. Le plus risible étant vers la fin, où elle devient à la fois flic, avocate, procureure et enfin juge. Du grand n'importe quoi niveau crédibilité. Au début, son caractère impulsif et très empathique pouvait être intéressant. Mais progressivement, elle devient surtout la voix morale du scénario. Cette juge frappée d'hypersensibilité devient une caricature du tribunal, car elle pleure sans arrêt. Ce n'est pas juge qu'elle aurait dû faire, mais assistante sociale. Ba-Reun est là pour la canaliser, c'est la voix de la raison, et Se-Sang se comporte en bon père de famille envers ses subordonnées. Le propos social perd de sa crédibilité dans des cas téléphonés et devient simplement démonstratif. On sent bien qu'on veut tirer sur la corde sensible.
La seconde partie est assez poussive et convenue. Le vrai fil rouge durant de nombreux épisodes est la romance entre Do-Yeon et Bo-Wang : il y a un vrai jeu de séduction entre ces deux-là, à faire passer pas mal de dramas de romance pour de la daube. Quant à Oh Reum et Ba-Reun, j'étais plus dans la gêne qu'autre chose, parce qu'ils sont ridicules ensemble. Selon le scénario, une belle amitié homme/femme n'était pas une option. Le gros point fort de Miss Hammurabi, et qui le sauve du naufrage, c'est son casting : au-dessus du lot, le "boss ", bien sûr, Sung Dong-Il. Je dois l'avouer, vu que je ne regarde pas Joseon, je n'avais pas encore vu Go Ara, et je dois avouer être tombé sous le charme. Cette femme est très belle et charismatique, mais aussi bonne actrice. Elle sait pleurer comme personne. Lee Elijah prouve également qu'une très belle femme peut être aussi élégante, instruite, intelligente et sentimentale. Les acteurs masculins font le taff sans plus, j'ai trouvé L meilleur dans Numbers et Angel's Last Mission: Love, par exemple. Il joue toujours le beau gosse tranquille et détaché. Enfin, la chanson Someday, Somehow de U-MB5 est sympa, mais quand tu l'entends de manière redondante, ça devient lassant.
Sur le fond, c'est assez moyen, parce que c'est le pathos qu'on vient chercher plus que le juridique. Si vous voulez en apprendre plus sur le métier de juge en Corée, vous êtes mal tombé. Le plus souvent le métier de juge et ses implications sont remplacés par un tribunal émotionnel de plus en plus manichéen et démonstratif. On exhibe la fibre romanesque et sentimentale de manière décomplexée. J'attendais un pamphlet contre le système, mais j'ai surtout vu une juge pleurnicharde et un scénario qui a fait de son cheval de bataille une attaque en règle contre les "vilains" hommes. On ne combat pas des préjugés et des stéréotypes par des effets miroir. J'ai connu le juge-écrivain Moon Yoo-seok, bien plus inspiré avec The Devil Judge. Et pour cause : le bonhomme s'y connaît, puisqu'il a été magistrat durant 23 ans. Miss Hammurabi n'est évidemment pas une transposition de sa vie de juge, mais son expérience de magistrat nourrit clairement son approche de la justice et du monde judiciaire. Le problème c'est que l'écriture est trop maladroite pour en retenir quelque chose de véritablement probant. C'est souvent lisse, attendu et convenu. Et forcément, sur la longueur, cela devient contre-productif.
Main Theme : U-mb5 (Feat.Hodge) - Someday, Somehow