Cartels, corruption et cocaïne : bienvenue en Colombie, où le café n’est pas le seul à être corsé.

Il y a des séries où on commence le premier épisode… puis on relève la tête et il est trois heures du matin, Pablo Escobar vient de tuer quelqu’un et demain matin, c’est le réveil qui va me tuer à son tour.

Avec cette série, je plonge dans l’ascension et la chute de Pablo Escobar et dans la guerre menée contre les cartels colombiens à partir de la fin des années 1970. La série créée par Chris Brancato, Carlo Bernard et Doug Miro mélange fiction dramatique, archives réelles et narration quasi documentaire. Wagner Moura incarne Escobar, tandis que Boyd Holbrook et Pedro Pascal interprètent les agents de la DEA Steve Murphy et Javier Peña. Les trois saisons, diffusées entre 2015 et 2017, suivent d’abord l’empire d’Escobar avant de s’intéresser notamment au cartel de Cali.

Ce qui m’a immédiatement accroché, c’est cette manière de mélanger la fiction avec de véritables images d’archives. J’ai parfois presque l’impression de regarder un documentaire qui aurait décidé de prendre des cours de mise en scène hollywoodienne. Les événements historiques sont régulièrement replacés dans leur contexte grâce à la voix off et aux images d’époque, ce qui donne à l’ensemble une dimension particulièrement immersive. Cette construction a d’ailleurs été relevée par plusieurs analyses de la série, qui soulignent son côté hybride entre drame historique et documentaire.

Mais évidemment, Narcos repose énormément sur Wagner Moura. Et là, je trouve que la série frappe très fort. Son Pablo Escobar est fascinant à regarder, justement parce qu’il n’est jamais réduit à un simple méchant de bande dessinée. Je découvre un homme capable de se montrer affectueux avec sa famille, charmeur avec certains interlocuteurs, généreux envers une partie de la population… puis extrêmement violent dès que ses intérêts sont menacés. Cette dualité rend le personnage particulièrement inquiétant.

Je trouve également remarquable le travail de Pedro Pascal et Boyd Holbrook. Javier Peña et Steve Murphy apportent un contrepoids nécessaire à Escobar et permettent de suivre la traque depuis le camp de la DEA. Pedro Pascal donne notamment beaucoup de personnalité à Peña, dont les méthodes et les zones grises rendent le personnage plus intéressant qu’un simple policier modèle.

Le scénario est pour moi l’une des grandes réussites de la série. Je connais évidemment une partie de l’histoire d’Escobar, mais je trouve que Narcos parvient à transformer des événements historiques connus en véritable thriller. Les enlèvements, les attentats, les assassinats, la corruption et les luttes de pouvoir s’enchaînent avec une efficacité redoutable. La première saison bénéficie notamment d’un rythme suffisamment soutenu pour maintenir constamment la tension.

J’aime aussi le fait que la série ne présente pas uniquement une guerre entre les narcotrafiquants et la police. Elle montre tout un système dans lequel se mélangent politique, argent, corruption, guérillas, militaires, journalistes, juges, civils et intérêts internationaux. C’est là que Narcos devient particulièrement intéressante : le problème dépasse largement la personnalité d’Escobar. Le trafic de cocaïne apparaît comme une véritable machine dont chacun essaie de contrôler une partie de ce trafic extremement juteux.

La mise en scène est particulièrement efficace dans les scènes de tension. Je trouve les fusillades, les opérations de police et les poursuites suffisamment réalistes pour que je ressente constamment le danger. La série sait aussi ralentir lorsqu’il le faut, notamment pour montrer la vie familiale d’Escobar ou les conséquences de ses décisions.

J’apprécie énormément la photographie et les décors. Medellín, les paysages colombiens, les villas gigantesques, les planques, les rues et les bâtiments gouvernementaux donnent à la série une véritable identité. Et puis il y a cette ambiance moite, poussiéreuse et constamment menaçante où j’ai l’impression qu’un type armé peut surgir derrière chaque palmier. Même les palmiers ont l’air de travailler pour la DEA.

La bande sonore participe également beaucoup à l’immersion. La musique accompagne parfaitement cette atmosphère latino-américaine tout en renforçant les moments de tension. Mais ce que je retiens surtout, c’est l'utilisation de la musique et des images d’archives pour rappeler que derrière le spectacle, les événements racontés ont réellement bouleversé la Colombie.

Je garde cependant une réserve importante : Narcos reste une fiction, même lorsqu’elle raconte des événements réels. La série prend certaines libertés avec les faits et modifie ou simplifie certains personnages et événements pour les besoins du récit. Des proches de Pablo Escobar ont notamment contesté plusieurs éléments de la représentation proposée par la série.

La voix off constitue également une arme à double tranchant. Personnellement, je l’apprécie parce qu’elle permet de condenser énormément d’informations historiques et de maintenir le rythme. Mais je comprends que certains puissent la trouver trop explicative. Elle peut parfois donner l’impression que la série me tient par la main pour être certaine que je n’ai pas raté l’information essentielle.

Je trouve aussi que l’équilibre entre fascination et condamnation du milieu criminel est parfois délicat. Escobar est un personnage extraordinairement captivant à regarder, et la série sait exploiter cette fascination. Mais cette puissance narrative peut parfois donner au narcotrafiquant une aura presque mythologique. Heureusement, la violence et ses conséquences restent omniprésentes, ce qui empêche généralement la série de transformer son parcours en simple success-story avec costume trois pièces et piscine olympique.

Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est justement cette progression. La première partie est dominée par Escobar, mais la série ne s’arrête pas à sa disparition. Elle élargit progressivement son regard vers le cartel de Cali et d’autres acteurs du trafic. Cela évite de réduire toute l’histoire de la cocaïne colombienne à un seul homme.

Personnellement, j’ai été happé par Narcos. J’ai aimé son mélange d’histoire, de thriller, de politique et de crime, son casting et surtout l'interprétation impressionnante de Wagner Moura. Je peux évidemment lui reprocher certaines libertés historiques et quelques personnages parfois moins développés, mais je trouve que l’ensemble reste remarquablement efficace.

L’accueil général est d’ailleurs très favorable.

Au final, je trouve cette série vraiment captivante, tendue et particulièrement bien interprétée. Je lui mets 8/10, parce que j’ai vraiment apprécié cette plongée dans l’histoire des cartels colombiens, son mélange d’images réelles et de fiction et surtout son incroyable galerie de personnages. Je garde quelques réserves sur les libertés prises avec la réalité, mais j’ai suffisamment été embarqué pour avoir eu envie de poursuivre la traque jusqu’au bout. Et accessoirement, j’ai découvert qu’avec Narcos, « encore un épisode » est probablement la phrase la plus dangereuse après « je vais juste regarder cinq minutes ». Très, très bonne série, en résumé.

El_Tigro_Blanco
8
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il y a 4 jours

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