Nevertheless,
6.3
Nevertheless,

Drama JTBC (2021)

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Nevertheless est vendu comme une romance mature, transgressive, moderne : non mais vous êtes sérieux ? Vous vous foutez de qui ? Tout est conventionnel, convenu, avec les clichés habituels débiles vus et revus. Par moments, on a l'impression de regarder une rom-com pour ados tellement c'est puéril. Et puis c'est une des rares fois où le drama est meilleur quand le couple principal (assez insupportable) disparaît de l'écran. Dans cette critique, je vais vous démontrer la réalité d'une relation toxique telle qu'elle est dénoncée dans l'œuvre originale. Car contrairement à ce drama, Jung Seo explique justement comment se débarrasser du piège tendu par un pervers narcissique. Son œuvre a été en partie galvaudée par cette adaptation complètement à côté de la plaque. Ce qui est gênant ici, ce n'est pas l'adaptation du webcomic, mais ce qu'on en a fait ressortir : on met presque sur un piédestal une relation malsaine et cynique portée par le couple principal. Un comble.


Nous sommes dans le microcosme d'une école d'art dans laquelle nous allons suivre les évolutions de plusieurs couples d'étudiants. Yoo Na-Bi(Han So-Hee) vient de rompre avec un homme beaucoup plus âgé, un sculpteur connu qui était aussi son mentor. Celui-ci avait une emprise psychologique totale sur elle. Retenez aussi le fait que Na-Bi signifie « papillon » en coréen. Quelques semaines plus tard, elle va faire la connaissance de Park Jae-Eon(Song Kang), qui a la particularité d'avoir un papillon tatoué dans le cou. La grande différence, c'est que pour lui, cela signifie métaphoriquement butiner de fleur en fleur. Encore fragile, Na-Bi est une proie facile pour lui et, bien évidemment, elle tombe dans le panneau. Heureusement, autour de ce couple dont l'alchimie ressemble à un champ de mines, plusieurs autres vont éclore et rendre le récit regardable, voire parfois sympathique. Oui, car on ne va pas se mentir : l'intrigue tient sur un ticket de métro.


En effet, parler du scénario ici serait un bien grand mot puisqu'il brille par son absence. Les quatre premiers épisodes sont assez mauvais, concentrant toute la lourdeur du dispositif. Si le titre coréen, " Je sais, mais... ", signifiait quelque chose de tangible, la version internationale, en le transformant en " Nevertheless ", dénature l'idée initiale. Les dialogues entre les deux héros sont la plupart du temps pathétiques et insipides, mais le plus risible, c'est que le drama a été déconseillé aux moins de 19 ans en Corée parce qu'on y voyait une épaule et un torse dénudé dans un lit : mais que fait la police ? À ceux qui me répondraient : " Oui, mais c'est coréen, pas japonais ", je rétorquerais que cela aurait peut-être été vrai dans un drama des années 2000. En 2021, on avait passé ce cap depuis des lustres. Le récit tente de nous vendre Park Jae-Eon comme un artiste bohème, un peu rebelle, qui passe ses nuits à l'atelier les mains sales. En réalité, le masque de l'artiste faucheur de cœurs en prend un sacré coup : c'est juste un fils de riche ultra-privilégié, calqué sur le modèle de sa mère narcissique, qui roule en Maserati payée par maman et utilise les codes de l'art comme un aimant à filles pour collectionner ses proies. Et monsieur se paie même le luxe d'être jaloux et possessif tout en allant voir ailleurs. Yoo Na-Bi, de son côté, fait preuve d'une stupidité et d'une passivité qui dépassent l'entendement.


Si vous venez sur Nevertheless pour du progressisme ou de la modernité, vous faites fausse route, c'est d'un classicisme total. Car attention scoop, tous les couples secondaires finiront ensemble, c'est fou non ? On nous a survendu le couple lesbienne (Sol et Ji-wan), mais à part une bonne accolade, c'est tout. Oui faut quand même pas déconner, on est sur JTBC et par sur Netflix (qui n'est que le distributeur pour ceux qui ne savent pas faire la différence). Pour la parité, il y aura aussi une autre couple hétéro sans le moindre baiser, et pourtant c'était le plus beau couple à l'écran, un comble ! Les dialogues sont dans l'ensemble superficiels et la psychologie des personnages n'est absolument pas traitée, on se contente de survoler. Et pourtant il y avait de la place pour faire du lourd. Comme d'habitude, celui qui vient tous les mettre en PLS, c'est Chae Jong-Hyeop dans le rôle de Do-Hyeok, le beau fils idéal : travailleur, gentil, amoureux depuis l'adolescence de Na-Bi et altruiste. Je ne fais pas un dessin, une perle pareille, tu ne vas pas en croiser deux dans ta vie. Mais non, notre héroïne cultive l'art du sado masochisme et se plait à être une victime consentante. Kim Ga-Ram n'apprend rien de ses erreurs en matière de comédie dramatique, puisqu'elle va récidiver avec l'insipide Nice to Not Meet You en 2025.


Le drama prône linversion des valeurs : sous couvert de modernité, le fil rouge valide et excuse constamment le comportement toxique de Jae-Eon, retombant dans le plus vieux cliché misogyne qui soit : "Si le bad boy est cruel, c'est parce qu'il t'aime et que tu vas le changer". Le plus rageant, c'est de voir le star-system privilégier des visages lisses et monolithiques au détriment du vrai talent : Han So-Hee était très bien dans " My Name" et "The World of the Married" parce qu'elle était mise en valeur par ses partenaires de jeux et que le scénario était consistant. Ici, elle affiche trois expressions faciales et nous délivre un jeu assez pauvre. Quant à Song Kang, ce n'est guère brillant non plus, il était plus convainquant dans Navillera, Sweet Home et même dans My demon. Maintenant je vous explique comment la fin aurait du être et voulu par son autrice, et la logique et la morale de l'histoire aurait été respectée. Ici c'est juste un braquage scénaristique pour adouber un prédateur qui ne change que dans le verbe mais pas le geste :

Le webcomic s'articule autour d'un thriller psychologique mature, et se conclut ainsi : Jae-Eon pousse le bouchon trop loin. Na-bi a un déclic, voit clair dans son jeu de pervers narcissique et le rejette fermement. Il pique alors une énorme crise de colère noire, révélant sa vraie nature cruelle. Elle le dégage définitivement de sa vie et prend du temps pour elle. Elle reconstruit sa vie de manière saine avec Do-hyeok qui l'attendait patiemment. Elle réalise alors que le vrai amour était devant elle depuis des années. En conclusion, l'autrice montre avec réalisme les séquelles psychologiques et l'anxiété liées à l'emprise subie, tandis que Jae-Eon finit comme il a commencé : en train de sortir son beau discours à une nouvelle proie à la fac. Le prédateur ne change pas, il évolue.

En conclusion, en choisissant de réécrire la fin pour préserver l'image de " flower boy " de sa tête d'affiche, la production signe un véritable naufrage moral. Là où le webcomic original offrait une œuvre salutaire et lucide sur la reconstruction après l'emprise, tout en délivrant un message d'espoir, le drama fait tout l'inverse : il se complaît dans l'apologie de la fuite en avant toxique en romantisant le problème. On nous a vendu du soufre et de la maturité, on se retrouve avec de la grenadine pour ados et de la poudre de perlimpinpin. Heureusement, les couples secondaires apportent un peu de fraîcheur et empêchent l'ensemble de sombrer totalement, mais ils ne suffisent pas à sauver un récit qui tourne en rond pendant dix épisodes. Entre un scénario famélique, des dialogues souvent creux, un couple principal agaçant et une conclusion qui piétine la morale du matériau d'origine, Nevertheless laisse surtout l'impression d'une immense occasion manquée. Le papillon, censé symboliser la métamorphose, n'a finalement servi qu'à masquer un vieux cliché romantique mille fois ressassé. Dommage !


Main Theme : Junha Park- Butterfly

Additionnel OST: RIO - Heavy Heart

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