Cette série, qui contient une douceur à fleur de peau, ausculte avec minutie la relation amoureuse d'une jeune femme et d'un jeune homme sur plusieurs années et à travers les épreuves liées aux émois du passage entre le lycée, les années universitaires et son après. L'esthétique, à la fois posée, sobre et élégante, jouant sur une approche douce-amère glacée, une mélancolie apaisée et un minimalisme languissant, s'accorde avec la pudeur et les non-dits qui dominent les sentiments des deux personnages. Au fil des épisodes, les deux cinéastes traitent de ces non-dits, qui sont le centre des discordes, des incompréhensions mutuelles, de leur détresse silencieuse et de cet amour contrarié. En effet, on y entrevoit toute la complexité des relations amoureuses, notamment à travers ce thème de l'incommunication, qui passe par les pulsions autodestructrices des personnages répétant en boucle les mêmes erreurs.
Ainsi, l’œuvre fragmente son récit de façon linéaire en opérant des sauts importants dans le temps pour s'attarder sur les moments clés de la relation entre Marianne et Connell (quitte à être trop elliptique par moments), mais aussi sur les conséquences de leur intimité personnelle sur leur relation. À travers sa famille rigide, Marianne retranscrit un mal-être et une raideur cynique qui l’empêchent d'être acceptée par les autres (lui donnant l'impression d'être rejetée constamment), tandis que Connell a des difficultés quasi autistiques à exprimer ses sentiments à cause d'un entourage duquel il se sent différent, mais aussi d'une sensibilité extrême, le rendant paradoxalement insensible aux yeux d'autrui à force de ne pas montrer ce qu'il ressent réellement. Les personnages évoluent avec la logique de leur âge, comme le fait que Marianne s’intègre mieux dans des cercles sociaux à la fac, mais un sentiment de surplace se met en place et le calme de l'atmosphère peut se transformer en chagrin déchirant, car leur relation se construit par des va-et-vient réguliers et par à-coups, comme s'ils ne pouvaient jamais se détacher l'un de l'autre. Peur du jugement d'autrui, peur de perdre l'autre, peur d'être mal ou pas assez aimé, Normal People traite également des jeux de domination sociale et intellectuelle dans différents milieux.
On pourrait reprocher à la série de se laisser porter par un naturalisme facile et un procédé de mise en scène assez monotone, ainsi que la négligence des personnages secondaires, qui sont peu ou trop rapidement développés, mais surtout quelques facilités idéologiques postmodernes actuelles qui ne sont pas du tout nécessaires dans le récit (car jamais traitées en profondeur), comme si les auteurs avaient voulu aborder le sujet sans non plus trop s'y aventurer. Malgré tout, on s'attache à l'alchimie à la fois fusionnelle et difficile des deux personnages, notamment grâce à la finesse et à la justesse de l'approche formelle, à la retenue qui n'empêche pas d'exposer les rapports charnels et sensuels du couple, et au talent des deux comédiens, montrant avec délicatesse tous les mouvements houleux et vacillants des premiers amours, qui sont parfois nécessaires pour accepter de passer à autre chose et grandir dans ses relations futures.