Je croyais regarder une romance. Il y avait Bai Jingting, Guo Sanshuang et Ye Xiaomei, une affiche qui les mettait joliment en avant et une série vendue comme telle. J’étais donc installée, parfaitement confiante, en attendant que tout ce petit monde fasse son travail.

J’ai été dupée.


Parce que Octogenarians and the 90s n’est finalement pas vraiment leur histoire. Ou plutôt, elle l’est un peu, par intermittence, juste suffisamment pour entretenir mes espoirs. Mais son véritable sujet est ailleurs : chez les résidents de Sunshine Home et, à travers eux, dans une chronique du vieillissement, de la solitude, de la dépendance et du devoir filial dans la société chinoise.

Et ici on prend le temps. Trop, parfois. Même si ce choix n’est pas dénué de sens.

Nous suivons Xiaomei qui, à la mort de sa grand-mère, décide de reprendre sa maison de retraite Sunshine Home. Elle découvre alors ses résidents, leurs histoires, mais aussi tout ce qu’implique la responsabilité d’un lieu destiné à accompagner des personnes dans les dernières années de leur vie.

Le scénario s’attarde sur chacun d’eux, donnant à voir leurs fragilités, leurs attachements et leurs regrets. La fin de vie, la maladie ou la solitude, mais aussi, de manière plus marquée qu’en Occident, le poids du devoir filial et la responsabilité des enfants envers leurs aînés sont des thèmes abordés tout au long des épisodes. Sur cet aspect, j'ai trouvé que la série avait une approche presque documentaire, mais en tout cas, attentive et respectueuse.

Les personnes âgées ne sont pas ici de simples personnages secondaires destinés à accompagner les histoires des plus jeunes. C'est l'inverse. Qu'est ce que signifie vieillir, perdre progressivement son autonomie, dépendre de ses enfants ou, au contraire, devoir apprendre à vivre sans eux ? Tous ces thèmes sont très présents et certains épisodes m'ont davantage touchée par leur sensibilité et j’ai fini par m’attacher à ces pensionnaires que je n’étais pourtant pas venue rencontrer.

Pour autant, ce choix a aussi ses limites. À force de s'attarder sur les pensionnaires, le récit s’étire et mon intérêt avec.

Par ailleurs, certains personnages qui gravitent autour de Sunshine Home restent longtemps cantonnés à leur fonction. C’est notamment le cas de la gestionnaire de la maison de retraite, sur laquelle les scénaristes ne s’attardent qu’en fin de série. C’est dommage, car son personnage aurait mérité d’être développé plus tôt, entre son engagement professionnel, sa mère vieillissante et une vie personnelle laissée en suspens.

Et moi aussi, je suis restée suspendue à ma romance.

Parce que la relation entre Guo Sanshuang et Ye Xiaomei est bien là. Mais discrètement, tardivement et toujours en retrait. Guo Sanshuang, interprété par Bai Jingting, suit pourtant une évolution cohérente. Opportuniste au départ, il s’implique peu à peu dans la maison de retraite et développe une constance très touchante dans sa manière d’être présent pour Ye Xiaomei, cherchant à lui plaire sans jamais s’imposer.

Et Bai Jingting a sur moi un effet qui me ravit en permanence, ce qui n’aide évidemment pas à accepter aussi facilement qu’on me prive de ce que j’étais venue chercher.

Car cette progression, faite de patience et de présence, aurait pu constituer une très jolie ligne émotionnelle parallèle. Elle restera finalement une composante du récit parmi d’autres. C’est probablement ma principale frustration.

Bai Jingting apporte heureusement une certaine luminosité. Il insuffle à Guo Sanshuang une énergie et une humanité qui viennent régulièrement relancer mon intérêt. Mais il faut accepter (et j’ai mis un certain temps à m’y résoudre) que Guo Sanshuang, comme Ye Xiaomei, ne soit finalement pas tout à fait au centre de l’histoire.

Car Octogenarians and the 90s est moins une romance qu’une chronique intergénérationnelle sur le vieillissement. Et c’est probablement en l’abordant ainsi qu’elle trouve le mieux sa raison d’être. Elle accompagne plus qu’elle ne construit, observe davantage qu’elle ne dramatise, quitte à perdre parfois en rythme et en intensité.

Alors oui, j’ai été dupée. Je venais pour une romance et pour Bai Jingting, et je suis repartie avec une maison de retraite, ses pensionnaires et leurs problèmes.

AliceJeanne
6
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste La Chine au présent

Créée

le 19 avr. 2026

Modifiée

il y a 3 jours

Critique lue 18 fois

La vie portera ses fruits

La vie portera ses fruits

10

AliceJeanne

le 2 avr. 2025

Suivre

Une volonté inébranlable

Ae-soon veut devenir poétesse. Gwan-sik, lui, ne souhaite que rester à ses côtés, l'aimer et la rendre heureuse. Nés tous deux dans les années 50 sur l'île de Jeju, nous suivons leur parcours...

Mr. Plankton

Mr. Plankton

8

AliceJeanne

le 21 nov. 2024

Suivre
Dernière modification

le 19 mai 2026

Sur la route de son identité

Hae-Jo (Woo Do-hwan) est un (beau) jeune homme profondément blessé par l’abandon de son père après une erreur survenue à l’hôpital durant son enfance. Lorsqu’un événement vient brutalement...

Comment traduire cet amour?

Comment traduire cet amour?

6

AliceJeanne

le 20 janv. 2026

Suivre

Un bug de Papago ?

En dehors des polémiques que la série a suscitées, force est de reconnaitre qu’elle confirme ce que la Corée fait actuellement : descendre tranquillement dans la production de navets avec une...