Off Campus
6.7
Off Campus

Série Prime Video (2026)

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La continuation de la romance universitaire young adult par d’autres moyens

Il est impossible de ne pas penser à Heated Rivalry en regardant Off Campus, l’autre série virale chez les young adults en cette première moitié d’année 2026, pour deux raisons principales : le hockey-sur-glace, et les hommes sexy. Ajoutons qu’il s’agit également d’une adaptation, quoiqu’Elle Kennedy a eu beaucoup plus de succès avec ses livres que Rachel Reid (en tous cas en France). La comparaison s’arrête là pour une raison très simple : contrairement à Heated Rivalry qui, selon moi, camouflait très mal son soft porn gay sous une histoire non-écrite et une réalisation catastrophique, Off Campus est une vraie série. Il y a une histoire, une progression narrative, des personnages écrits, crédibles et incarnés par des acteur‧ices (pas tous‧tes supers mais ce n’est pas grave), quelques idées de mise en scène, et des vrais matches de hockey…

Je n’ai malheureusement pas (encore) lu les livres et ne pourrai pas comparer. Off Campus commence comme toute bonne romance universitaire young adult contemporaine : Hannah Wells (Ella Bright, épatante), intello et major en musique, passe un accord avec Garrett Graham (Belmont Cameli, pas toujours convaincant), capitaine de l’équipe de hockey de l’université, beau gosse absolu tout en muscles et en petites bouclettes. En échange de cours de philosophie dont il a besoin pour valider son semestre et continuer le hockey, Garrett aide Hannah à séduire Justin (Josh Heuston), leader du groupe de pop-rock le plus cool de la fac qui ne lui adresse pas un seul regard, en feignant d’être son petit ami pour le rendre jaloux, et l’amener à s’intéresser à elle (parce que « prise »). Voilà les prémisses d’un bon trope de fake dating parfaitement réalisé, avec tout ce qu’il faut d’absurde et d’exagération de leur non-attirance, et un détournement du only one bed dès l’épisode 2 qui m’a fait glousser.

Évidemment, Hannah et Garrett tombent vraiment amoureux, et la série élargit la focale en s’intéressant aux autres personnages : Allie (Mika Abdalla, super) la meilleure amie d’Hannah, personnage très réussi et touchant dans sa quête de liberté, Dean Di Laurentis (Stephen Kalyn) et John Logan (Antonio Cipriano), le fuckboy en rédemption amoureuse et le working class hero, amis-colocataires-coéquipiers de Garrett, tout en creusant la psychologie de ses deux personnages principaux. Il faut vraiment mettre au crédit de la showrunneuse Louisa Levy une écriture maligne qui joue avec les codes narratifs et filmiques de la romance grâce à un sens aiguisé des premier et second degrés : les traumas, indispensables dans une romance, sont amenés par touches assez subtiles par la mise en scène au fil des épisodes (second degré), mais les cours de philo ne sont pas ellipsés et Hannah explique littéralement à Garrett le subjectivisme de Kierkegaard (premier degré) ; la question de la masculinité est assez bien traitée : outre le postulat de base que Garrett passe son temps à moquer (le fait que Justin ne s’intéressera à Hannah que si elle a l’air non-disponible), le personnage du fuckboy, Dean, est pris à contre-pied : lorsque Garrett le consulte pour être sûr de donner un orgasme à Hannah (un autre deal, je vous laisse découvrir ça), il lui conseille… la confiance et le consentement. Un Don Juan éthique, en somme : c’est l’époque, mais ça ne fait pas de mal.

Il y a bien quelques limites : les acteurs ont tous l’air beaucoup plus vieux (et trop musclés) que leurs 21 ans mais peu importe ; il y a peut-être un peu trop de musique (et un beau placement de produit, là aussi intégré à l’histoire) ; enfin, les daddy issues de Garrett ne sont ni très intéressantes ni subtilement montrées, sauf à partir de l’épisode 7 où la question de la transmission de la violence masculine, héritée du père à travers le hockey, est vraiment traitée.

Nonobstant ces détails, Off Campus est une teen fiction d’une excellente facture qui renouvelle discrètement le genre (très belle scène dans l’épisode 7 avec la mère d’Hannah au téléphone, aimante, soutenante, compréhensive, qui change un peu des mommy issues habituelles), avec de bonnes idées de mise en scène (formidable épisode 4 avec une mise en scène très alcoolisée du Songe de Shakespeare, carré amoureux qui met en abîme et fait avancer le carré de la série entre Hannah, Garrett, Justin et Kendall), et surtout un propos important sur le viol et le trauma très bien (a)mené : c’est, en somme, la position sartrienne de Neige Sinno sur l’inceste, cette alternative à l’impératif de résilience et de guérison, faire ce que l’on peut de ce que l’on a fait de nous. Je me fiche toujours du hockey après huit épisodes, mais si c’est pour servir un propos intelligent bien mis en scène, j’en reprendrai bien une saison.

antoinegrivel
7
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le 24 juin 2026

Critique lue 10 fois

Antoine Grivel

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