(Flemme de faire deux parties, alors attention au spoil)
Lioness a mis très peu de temps à trouver sa vitesse de croisière, et deux saisons et un épisode plus tard (E01 S03), le constat est sans appel : c'est du solide, et ça continue de monter en puissance.
Joe, d'abord. Le personnage a fini par obtenir ce qu'on est en droit d'attendre d'une tête d'affiche sur la durée : un vrai arc. Son boulot ne se contente plus de la ronger en silence en fond d'écran, il vient la percuter frontalement jusque chez elle, dans sa propre rue, avec cet enlèvement qui ouvre la S03 et qui fait office de rappel brutal : dans ce métier, on ne rentre jamais vraiment à la maison. Les deux premières saisons avaient fait monter en tension le fragile équilibre familial : la fille aînée comprenant peu à peu les coulisses du boulot de Joe, et le mari qui peine à mener la barque et souffre de plus en plus de l'usure de la situation. Je trouve que les deux aspects de la vie de Joe sont bien montrés, et on sent au fur et à mesure de la série que ces deux mondes ne peuvent coexister sans se percuter — et faire naturellement des dégâts.
Cruz, elle, a quitté le costume de recrue fragile de la S1 pour devenir une vraie dure à cuire en S2, sans jamais lâcher ses principes en cours de route : l'évolution la plus réussie de la série à mon sens. C'est aussi, avec Joe et "Bobby", le meilleur perso féminin de la série. Elle a un parcours crédible (même si un peu facilité et accéléré par le montage et le scénario), et constitue le parfait pont entre le monde discipliné et rempli de valeurs (et d'hommes) de l'armée conventionnelle, et l'univers froid et instable de l'espionnage et des opérations clandestines. On sent tout de même que, si elle n'abandonne pas ses principes, elle glisse peu à peu dans l'obscurité, toujours guidée cependant par la "mission" à accomplir, parce qu'à la fin c'est tout ce qui compte, malgré les états d'âme. Hâte de voir son développement dans la S3.
Côté personnages secondaires, j'apprécie le dosage : ils ont des gueules assez mémorables (notamment Thad Luckinbill dans son rôle de poupée "Ken", espion beau gosse insupportable). Ils remplissent parfaitement leur rôle à mon sens, celui d'outils, sans pour autant perdre toute personnalité, et j'ai trouvé plutôt bonnes toutes les scènes de vie qu'ils partagent tout au long de la série.
Il y a un réel attachement, que ce soit entre eux ou avec leur boss, Joe. Cette vision des personnages allie assez bien le côté relation humaine et la froideur des ordres et de la mission. C'est encore plus vrai quand ils se retrouvent à coexister avec d'autres branches des opérations spéciales, et je trouve là aussi que la série gère plutôt bien cette foule "d'anonymes" aux origines et aux parcours secrets.
La saison 3, avec un virage qui change carrément de braquet — le terrain ukrainien —, nous donne la montée en puissance et en réalisme que j'attendais personnellement. On quitte le terroriste ou le baron de cartel de drogue mexicain générique et interchangeable pour être immergé dans une guerre bien réelle, qui se déroule au moment même où on la regarde. Ça donne un poids aux missions que la série n'avait jamais eu jusque-là.
Sur ce premier épisode : rien à jeter. C'est même l'un des meilleurs de la série côté action. Le chant de bataille ukrainien est étonnamment bien retranscrit, et la menace des drones et de l'artillerie est rendue ultra palpable — le genre de détails qui donnent l'impression que quelqu'un dans l'équipe a vraiment fait ses devoirs plutôt que de pondre un décor de carton-pâte. On vit la petite histoire dans la grande, une mission "secrète" au milieu d'une guerre ouverte. C'est toujours le même schéma en début de saison, mais on voit ici que les enjeux (et les risques) sont montés d'un cran. Le seul bémol que j'y trouve, c'est que si les risques courus par les personnages sont palpables, la seule perte à déplorer dans cette mission risquée est le chien d'un des Delta (pauvre toutou, mais après 15 minutes à voir 3 molosses mâchouiller du nord-coréen et du russe, je ne les aurais pas pris en pension...).
Niveau mise en scène, le montage continue de s'améliorer : plus fluide, moins de grand écart permanent.
Ce qui fait tenir la série sur la longueur, au fond, c'est ce réalisme matériel et technique militaire qui infuse chaque mission. On sent là aussi que les acteurs ont pris des leçons pour ne pas passer pour des amateurs devant les caméras. Les chorégraphies passent très bien à l'image, tout ce qui doit être "enjolivé" l'est sans lourdeur, tout en gardant une base technique efficace et pertinente dans les actions menées. Les manips sont claires à l'écran et on sent que c'est utile à l'action, pas juste des pirouettes pour un film d'action de série B. C'est une petite prouesse tout de même, surtout quand on voit le nombre d'acteurs à mettre en scène. Le tout couplé à un casting qui reste solide du premier au dernier rang. Il en va de même pour l'équipement et l'armement, qui sont toujours à propos et collent très bien à la réalité (ou à l'image qu'on pourrait se faire de ce genre d'unité).
À ce stade, le seul reproche que je fais à la série, c'est son modèle de diffusion. Quelle plaie de devoir attendre une semaine entre chaque épisode...