à propos d'Our Sticky LOve...
Une petite comédie légère, ou à tout le moins c'est ce que laissent supposer les premiers épisodes. Épisodes qui ne laissent pas planer beaucoup de doutes sur la suite à venir pas plus sur le fond que sur la forme. Parce que ne nous leurrons pas, il s'agit là d'un thème éculé jusqu'au delà de la trame. Une historiette d'amour comme en faisait « l'industrie » (j'adore ce concept....) de l'entertainement coréen à sa grande époque il y a au moins 10 ans sinon 20. Coûte que coûte on maintient cette illusion dangereuse d'innocence dans la relation amoureuse. Une relation amoureuse est tout sauf innocente. C'est un combat entre deux univers, des trauma, des caractères, des lignées familiales qui s'affrontent.
Tout est cousu d'un fil éclatant de blancheur, on en cille des yeux toutes les 2 secondes : l'amoureux transi depuis 10 ans, l'ingérable petite amie, la complication extrêmes des sentiments d'amour et j'en passe. On s'attendrait à ce que l'Amoureux Transi en soit momifié, mais non.... le miracle coréen des Inséparables humains. Le mythe de la fidélité absolue, éternelle. Celui de l'homme indestructible qui encaisse tout sans broncher pour protéger sa Julie. Quant à la forme, elle est aussi prévisible que le scénario.
Les acteurs font ce qu'ils peuvent. Shin Ha Young est je trouve très attachante, pétillante et dynamique. Son jeu est assez inégal, parfois carrément surjoué mais il me semble que le problème vient de la direction d'acteur plus que de ses capacités avec peut-être un manque d'expérience. On sent qu'elle a la capacité d'approfondir son jeu mais qu'on ne lui en donne pas les moyens. Certains sont naturellement doués, pour d'autres ça demande du travail. À l'image de tout métier. C'est dommage de lui avoir imposé une longue série de mimiques exagérées au lieu de lui donner l'occasion de déployer son talent. Peut-être que le réalisateur ne croyait pas non plus à ce projet et a préféré expédié le tournage pour en réduire les coûts. Parce qu'il est clair qu'à la lecture du scénario tout le monde a compris qu'il ne s'agissait là que d'une énième version d'un thème essoré jusqu'à la dernière trace d'humidité. Ce qui donne à penser que tout le monde a signé un contrat uniquement pour des raisons d'argent ou de visibilité.
Jung Hae In.... que dire... ? Que c'est un acteur extraordinaire broyé par un système exploiteur et maltraitant. Je l'ai adoré dans Something in the Rain, Deserter Pursuit, Tuning for Love. Il avait un charisme, une présence, une personnalité. Son physique traduisait tout cela, un beau jeune homme. Beau non dans le seul sens esthétique mais qui reflétait toutes les belles qualités qui semblaient vivre en lui. « L'industrie de l'entertainment « nourrit une haine profonde pour tout cela. Vous ne devez pas être vous-même, vous ne devez pas être différent de tous les autres clones d'une même version physique formatée suffisamment modelée pour être montrée au monde. On vous autorise quelques années de liberté pour que vous vous fassiez une place dans cette « industrie » (d'où toute créativité est bannie)S, pour voir si vous réussissez à être connu. Une fois ce but atteint on vous attrape en plein vol. Pour investir sur vous, chose qui n'était pas nécessaire au départ, qui pouvait prévoir votre succès ? Personne n'investit sur du potentiel dans ce milieu, il y a tellement de candidats qu'il suffit d'attendre et d'observer. Une fois que vous avez fait vos preuves on vous fait rentrer dans un moule et on coupe tout ce qui dépasse. On transforme votre physique pour coller aux canons de beauté masculins. Et puis vous commencez à vieillir et on arrête le temps, vous restez le plus longtemps possible à l'apparence de 25 ans. J'imagine qu'ensuite on vous jette comme un déchet. Vous êtes du consommable. Le spectateur vous consomme, l'industrie vous consume. J'ai vu cet acteur d'une série à l'autre devenir l'ombre de lui-même, parfois au détour d'un sourire, d'une expression, on devine l'homme qu'il a été. Il vit dans une cage de verre, exposé à tous, condamné à tenir éternellement le rôle de jeune premier aseptisé. Il a 38 ans et c'est un clone comme tant d'autres. Il y a un plan sur ses mains... des mains d'homme mature.... le plan d'après sur le visage.... un visage d'enfant. Le corps émacié. Une version de lui-même venant d'un monde parallèle. Très clairement, le système s'engouffre dans votre vulnérabilité pour vous convaincre que toutes ces transformations sont nécessaires à votre espérance de vie dans le milieu.
Comment vivre ensuite avec une apparence qui n'est pas votre identité profonde ? c'est d'une tristesse insondable... En guise de mise en abîme, il suffit de regarder les acteurs de seconds rôles. De vrais visages de gens qui vivent sans chercher à cacher leur âge. Des visages de gens qui ont vécu. Malgré des rôles passablement niais, ils n'ont finalement rien à perdre, il n'y aura jamais de pression sur leur apparence. Ce qui leur donne la liberté de jouer, dans le sens premier du terme... s'amuser sans la pression du résultat.
Pour en revenir à ce pauvre Jung Hae In, il étouffe dans un rôle aussi insipide que des frites surgelées vaguement cuites et sans sel. Il fait ce qu'il peut mais on sent bien qu'il n'y croit pas. Nous non plus.
Je suppose que la série ira cahin caha jusqu'à son heureux dénouement de comédie romantique après quelques rebondissements douloureux en tous genres. Il n'en restera rien de plus que bien des interrogations sur la fameuse « industrie » coréenne et ses graves dérives...