J’ai commencé Ozark en pensant regarder une série sur le blanchiment d’argent. J’en suis sorti avec l’impression d’avoir assisté à l’autopsie d’une famille.
Ce qui m’a frappé, ce n’est pas la violence ni même les enjeux criminels. C’est la manière dont chaque personnage s’adapte progressivement à l’inacceptable. Personne ne bascule vraiment. Chacun glisse. Lentement. Presque naturellement. Comme dans la vie.
Jason Bateman est pour beaucoup dans cette réussite. Son Marty Byrde traverse le chaos avec un calme fascinant. Il ne cherche pas à être charismatique. Il est simplement cet homme qui résout le problème du jour en créant celui du lendemain. Derrière son apparente maîtrise, on sent pourtant la fatigue, la peur et parfois une immense solitude.
Et puis il y a Julia Garner. Ruth Langmore est le cœur battant de la série. À chaque apparition, elle apporte quelque chose de brut, de vivant, d’imprévisible. Elle possède cette énergie rare des personnages que l’on n’oublie pas une fois l’écran éteint. Plus la série avance, plus elle devient son âme tragique.
J’ai souvent eu l’impression que Ozark parlait moins de criminalité que de notre capacité à justifier nos choix. On se raconte tous des histoires pour continuer à avancer. Les Byrde aussi. Sauf que les conséquences sont simplement plus spectaculaires.
Une série sombre, élégante, parfois désespérée, qui laisse un goût étrange. Comme si l’on venait de passer plusieurs saisons à observer des gens s’enfoncer dans la nuit tout en répétant qu’ils avaient encore le contrôle.
10/10. Pour Jason Bateman, pour Julia Garner, et pour cette sensation persistante que les véritables naufrages sont souvent silencieux.