J’ai écrit Réversible comme on remonte une bande magnétique abîmée.
Au départ, il y avait simplement cette idée étrange : un homme meurt en 2014 et se réveille en 1995, le jour exact de son premier emploi dans une télévision régionale. Mais très vite, le livre a commencé à dériver ailleurs. Vers quelque chose de plus trouble. Plus instable.
Je ne voulais pas raconter un voyage dans le temps classique. Je voulais retrouver cette sensation très précise que connaissent parfois les monteurs, les journalistes ou les insomniaques : ce moment où les images vues mille fois deviennent plus réelles que les souvenirs eux-mêmes.
Le livre parle probablement de mémoire, de télévision, de reflets, de fatigue mentale, du mensonge des images. Mais surtout de cette impression contemporaine que le réel lui-même commence doucement à se désynchroniser.
Jean-Marie, avec sa mauvaise foi permanente et son agitation ridicule, est sans doute le personnage le plus vivant que j’aie écrit. Parce qu’il ressemble à beaucoup de gens croisés dans les rédactions : des hommes qui parlent sans arrêt pour éviter de regarder le vide en face.
Je comprends que le roman puisse désorienter. Sa structure tourne sur elle-même, avance à l’envers, revient parfois sur les mêmes scènes comme un souvenir qui refuse de mourir correctement. Mais c’était précisément l’idée : écrire un livre où le temps ne coule plus vraiment. Il boucle.
Au fond, Réversible est peut-être moins un roman de science-fiction qu’un livre sur la télévision et la mémoire humaine. Deux machines très anciennes qui finissent toujours par déformer ce qu’elles enregistrent.