Le premier épisode est susceptible de faire peur : une heure en compagnie d'un junkie fini, toujours au bord de l'implosion, menant tambours battants une campagne d'autodestruction particulièrement éprouvante, ça peut légitimement épouvanter. Mais il faut survivre à ce vidéoclip sous amphétamines et parvenir au lumineux et paradoxal épisode deux pour saisir les tenants et les aboutissants du malaise du personnage principal, né avec une cuillère en argent dans le bec et malgré tout au comble du désespoir. Il fallait un acteur tout-terrain, comme Benedict Cumberbatch, qui se régale visiblement, pour tenir de bout en bout ce personnage tourmenté. Un numéro d'anthologie, dont il se tire avec les honneurs. Autour de lui, le casting est au diapason et incarne une galerie de personnages pittoresques, pour le moins, issus de cette classe de privilégiés ravagés du bulbe qui croit que le monde lui appartient. Des têtes à claques magistrales, qui promènent une morgue à la hauteur de leur désespoir. Car comment atteindre le bonheur, ou tout simplement la quiétude, dans un milieu pareil, bouffi d'orgueil, tourmenté par la perte de sa suprématie jusque là indiscutable et parfois voué à perdre ces fortunes obtenues par un éventail de moyens moralement condamnables bien que le plus souvent légaux ? La drogue peut parfois sembler l'unique échappatoire, quand on nage dans une corruption sans issue et que la famille se révèle une nasse quasiment mortelle. Le scénario n'épargne pas grand-monde, mais réserve malgré tout une place de choix à l'amitié, sans se résoudre à complètement plonger ses personnages dans les ténèbres les plus opaques. Les irruptions ténues de la tendresse ou de l'espoir permettent de ne pas sombrer totalement. Parce que, pour le reste, on déguste pas mal, dans le public. Rien n'est épargné à ces personnages qui restent malgré tout attachants (par moments). Ils ont heureusement pour eux leur ironie mordante, parfois perfide, toujours juste, qui leur permet de ne répondre directement aucune question importante tout en surfant sur un humour à double tranchant parfaitement maîtrisé. Bref, on se régale et on coule en même temps, c'est un drôle de cocktail, qui parvient à provoquer un peu de compassion pour ces pauvres riches qui mènent sinistrement le monde au naufrage en ricanant finement. Une expérience déstabilisante qui vaut le détour.

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le 8 janv. 2026

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