En utilisant le schème de la hivemind, Pluribus ouvre un grand champ de réflexion : toute individualité est anéantie au profit d'un "Nous" commun aseptisé, donnant un ton horrifique à la série. La singularité de chaque personne est engluée dans une "colle psychique", signe d'un lissage fonctionnel où l'humanité disparaît et se cantonne à l'utilitaire.

Au milieu de cette cacophonie, seules quelques personnes sont immunisées, dont Carol, héroïne cynique représentant l'américaine moyenne. Au delà des intérprétations évidentes sur l'intelligence artificielle, on peut y voir une critique, bien que légère, sur l'américanocentrisme ; cela s'observe particulièrement dans la scène où Carol rencontre les autres rescapés, et a du mal à retenir cet enchaînement de prénom aux consonances étrangères.

Il y a également un sous-texte sur le deuil. En dehors du noyau émotionnel qu'elle avait crée avec sa compagne décédée, les autres sont réduits à une masse informe se contentant de répéter à l'unisson des platitudes telles que "mes condoléances" ou "nous sommes vraiment désolés", ce qui représente bien entendu la charge profondément intime et pesante de l'endeuillement. La hivemind s'approprie également les souvenirs de la défunte et se permet de faire des déductions intrusives et inappropriées. Cette uniformisation critique de l'Être humain apporte une dimension psychologique à la série et permet d'appréhender l'humain qui, empêtré dans sa maladresse et sa gêne personnelle, est incapable de sortir d'un cadre normatif, le limitant donc dans son empathie et son adaptation à l'inconnu. Le monde devient alors un terrain déformé par l'absurdité suite à la perte d'un proche.

Mise à part ce traitement original de la thématique du deuil, j'ai été assez déçu par la priorisation donnée aux différentes intrigues. On nous promet une rencontre entre les personnages immunisés, mais la série se contente de montrer leur impossibilité de communiquer correctement. La question de la différence culturelle est effleurée et se drape de non-dits frustrants. L'intégralité des arcs narratifs sont tournés vers la question de la fusion et du mystère qui l'entoure, et les personnages secondaires ne sont pas suffisamment développés (comme Kusimayu qui avait un énorme potentiel). Les épisodes tirent en longueur, et tout est misé sur le contraste photographique, en dépit du narratif. Malgré les multiples degrés de lecture, Pluribus ne m'aura pas réellement convaincu. 6/10

p0mkanel
6
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le 18 avr. 2026

Critique lue 13 fois

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