Attention ma critique contient des Spoil (oui et on s'en fout)
J'étais chafouin dès le départ. En effet, pourquoi garder le titre galvaudé de 1 dollar de la version internationale? Pourquoi ne pas avoir transformé les 1000 won en 1 euro pour la version française, trop compliqué à faire ? Bon passons. Je ne m'attendais pas à écrire cela, mais One Dollar Lawyer est probablement l'un des K-dramas les plus déroutants et atypiques que j'aie vus ces dernières années. Non pas parce qu'il est complexe ou particulièrement audacieux, mais parce qu'il semble raconter deux séries totalement différentes, sans jamais parvenir à les faire cohabiter. La série est courte, avec 12 épisodes, mais elle m'a semblé durer une éternité tant elle n'avait rien à raconter de probant. Il faut dire qu'entre le réalisateur, (le même que l'insipide Dynamite Kiss) affublé de "Tic et Tac" en charge du scénario, ça ne risquait pas de faire des étincelles. Quelle surprise, je n'en ai pas eu pour mon argent, rendez moi mon Euro !
Le postulat de départ est pourtant simple et plutôt séduisant : un avocat excentrique dénommé Cheon Ji-Hun(Namkoong Min) défend les plus modestes pour 1000 won symboliques. Il gagne sa vie en récupérant les frais de justice et les dédommagements que la partie adversaire verse à son client. Il a un style britannique et sa coiffure est toujours impeccable. Il y a encore 3 ans, il était procureur, mais un tragique évènement a fait modifier son chemin de vie. Désormais, Il lutte contre les nantis qui tentent d'échapper à la justice. De l'autre coté, Baek Ma-Ri(Kim Ji-Eun) travaille comme assistante du procureur. C'est la petite-fille de Baek Hyun-Mu(Lee Deok-Hwa), fondateur du célèbre cabinet d'avocats Baek, où elle exerce également. Le jour où son grand père, qui connait de réputation Cheon Ji-Hun depuis des années, l'envoie en stage pour deux mois dans son cabinet, sa vie va s'en trouver chambouler. Et rapidement, il va succomber au charme de notre intrépide dandy au volant de sa Benz, Benz, Benz (le sponsor officiel du drama avec la boisson énergisante bien connue)
On part sur une comédie judiciaire légère, avec des petites affaires indépendantes et un héros atypique qui se moque des conventions. Les cinq premiers épisodes installent cette ambiance bon enfant, parfois un peu cartoon, avec des gags qui ne font pas toujours mouche et des enquêtes dont l'intérêt reste très limité. Puis arrive le choc: en plein milieu de la série, les épisodes 6 à 8 abandonnent presque totalement ce ton pour se transformer en véritable thriller mélodramatique. On découvre le passé de Ji-Hun, la mort suspecte de son père cinq ans auparavant, sa rencontre avec l'avocate Lee Joo-Young(Lee Chung-Ah), leur histoire d'amour, la création du cabinet et, trois ans avant le présent, l'assassinat de celle-ci quelques jours après leurs fiançailles. Et là, tout fonctionne. En trois épisodes, il y a davantage d'émotion, de sincérité et de spontanéité que dans tout le reste de la série. Namkoong Min y abandonne une partie de son jeu habituellement très démonstratif pour proposer une interprétation plus sobre et plus naturelle. Son alchimie avec Lee Chung-Ah saute immédiatement aux yeux et donne le sentiment de regarder une toute autre série. Au point qu'on en vient à se demander si ce n'est pas cette histoire là qui aurait dû être le véritable point de départ du drama.
Car ces trois épisodes changent complètement la perception du personnage principal. On comprend enfin pourquoi il parle français, pourquoi il a quitté son poste de procureur, pourquoi il refuse toute nouvelle relation amoureuse et surtout pourquoi il ne fait payer que 1000 won à ses clients les plus pauvres. Ce n'est même pas son idée à lui, c'est celle de Lee Joo-Young, qu'il perpétue comme une forme d'hommage et de preuve d'amour. Cette révélation donne enfin une vraie profondeur au concept qui, jusque-là, ressemblait surtout à un gimmick scénaristique. Le problème, c'est qu'une fois ce formidable bloc narratif terminé...la série repart comme si de rien n'était. Retour aux petites affaires sans enjeu, à un humour très appuyé qui évoque parfois davantage une cour de récréation qu'une véritable comédie, et à des épisodes de remplissage qui donnent l'impression d'interrompre sans cesse la vraie intrigue. L'épisode 9 ressemble à une immense pause publicitaire totalement futile et inutile. La série repart vaguement vers la continuité de l'histoire conté dans le long flashback, ponctué de hauts et de bas. Le véritable problème de One Dollar Lawyer est donc moins son scénario que son architecture. Le drama souffre d'un énorme déséquilibre entre ses différentes parties.
Les cinq premiers épisodes sont légers, les trois suivants plongent dans un mélodrame noir avec complot, meurtres et tragédie familiale, avant que le dernier tiers ne revienne au ton du début comme si rien ne s'était passé. Cette alternance crée une impression permanente de regarder deux œuvres différentes montées ensemble. C'est d'autant plus frustrant que le "drama dans le drama", celui du passé de Cheon Ji-Hun, est objectivement le meilleur. À lui seul, il aurait pu donner naissance à un excellent film ou à une mini-série racontant la chute d'un jeune procureur idéaliste, sa rencontre avec la femme de sa vie, la création de leur cabinet et le drame qui le pousse à devenir l'avocat à 1000 won. Franchement j'ai adoré cette partie de la série et de loin. À côté de cela, les enquêtes procédurales et les gags semblent souvent n'être là que pour remplir le cahier des charges. La plupart des personnage sont lisses et construits à la truelle. Ma-Ri, pourtant présentée comme l'un des piliers du récit, ne finit que par servir les plats et avoir une garde robe de bourgeoise. Si le drama laisse entendre qu'elle développe des sentiments pour Ji-Hun, le spectateur comprend rapidement qu'elle va surtout se heurter au souvenir omniprésent de Lee Joo-Young. Sa Mu-Jang(Park Jin-Woo), le bouffon du cabinet n'est là que pour amuser la galerie.
Les deux derniers épisodes illustrent d'ailleurs cette difficulté à conclure: le scénario semble improviser un antagoniste de façade pour se raccrocher aux branches et être raccord avec les trois épisodes du flashback, et ainsi boucler le véritable arc narratif. Le judiciaire, qui était quasiment absent 80% du temps, s'efface totalement pour finir en un pseudo thriller d'action rocambolesque et pathétique. One Dollar Lawyer n'est donc pas un mauvais drama au sens strict. C'est peut-être même l'un des cas les plus frustrants que j'aie rencontrés : une série qui contient en son sein un excellent mélodrame, touchant, avec de la sincérité, mais qui passe son temps à l'interrompre avec une autre série, beaucoup plus légère, beaucoup plus anecdotique et souvent beaucoup moins inspirée. Au final, j'ai surtout le sentiment d'avoir regardé deux dramas pour le prix d'un. Le problème, c'est que j'aurais volontiers échangé les neuf épisodes les plus faibles contre trois heures supplémentaires du second. Un beau gâchis en ce qui me concerne.
Pour l'anecdote, la série devait initialement faire 14 épisodes, mais suite à de profonds désaccords et des conflits majeurs entre les scénaristes et la maison de production (Studio S), la série a été amputée de deux épisodes en catastrophe. C'est pour cela que la fin est totalement improvisée, que le rythme s'effondre et que l'épisode 9 ressemble à une énorme coupure pub (ils essayaient de gagner du temps et de rentabiliser les placements de produits avant de couper le cordon).
Main Theme : Kang Huh Dalrim - DAY AND DAY
Additionnel OST: Koota -Solomom