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le 24 févr. 2020
SuivreInstants de Survie
Primal est une oeuvre abrupte, féroce, âpre et dure. En un mot, Primal est brutale. Les aventures de cet hominidé taciturne et de sa compagne à la dangereuse mâchoire sont cruelles et violentes...
L'homme se fait; il n'est pas tout fait d'abord, il se fait en choisissant sa morale, et la pression des circonstances est telle qu'il ne peut pas ne pas en choisir une.
Créée par Genndy Tartakovsky, cette série d'animation pour adultes est bien plus qu'une simple exploration des recoins perdus du passé. Elle est une déclaration d'amour à la fois pulp américain mais aussi, certainement, à la bande dessinée franco-belge de Science Fiction "Metal Hurlant". Une œuvre brutale, nuancée et visuellement étonnante.
"Primal" suit une logique jusqu'au-boutiste qui ne laisse aucune place à la déception. Loin de l'effet de répétition que l'on pourrait craindre d'un pitch aussi maigre comme point de départ, les épisodes sont une série de surprises, et bien que l'on s'habitue à l'escalade de la violence, chaque moment brutal conserve une fraîcheur surprenante.
Y a un vrai côté " ha ouais ça rigole pas" qui revient régulièrement surprendre le spectateur et l'accrocher a la série.
Une recherche d'inattendu également dans ce qui va être raconté, le design, les proportions (en particulière dans la saison 2) ou les couleurs.
L'OST, variée, fusionne des éléments modernes avec des touches expérimentales. Les bruits des animaux et des dinosaures sont impressionnants également dans la précision et la richesse de ce qu'ils peuvent exprimer. Le son est une composante essentielle pour les films d'animation, car, tout comme l'image qui part d'une page blanche, le son qui est crée vient de nulle part. Primal c'est littéralement une naissance au monde dans la douleur.
Ca crie beaucoup ça saigne. Au-delà de son caractère Brutal, Primal va explorer plusieurs facettes d'émotions chez ses personnages. Primal n'est pas une série de combats de barbares : les coups sont animés par des pulsions de vies et de morts plus fines.
On pourrait donner plein d'exemples de situations vécues par nos 2 puis 3 héros, mais s'il y a un truc qui marque le sillon émotionnel de "spear", c'est que cet homme préhistorique est animé par la frustration d'être ce qu'il est.
De ne pas avoir la parole, de ne pas avoir ses enfants, d'être celui qui n'a plus e loisir de vivre et doit survivre.
Une Rencontre Anachronique : Spear et Fang
Dès le premier épisode, "Primal" brise les conventions narratives en nous présentant un homme des cavernes qui croise le chemin d'un dinosaure. Ce qui aurait pu paraître absurde devient un point d'ancrage pour une série qui ne plaisante pas.
Le cœur de "Primal" réside dans l'amitié improbable entre Spear, un homme des cavernes, et Fang, une redoutable femelle Tyrannosaurus rex. Tous deux sont des survivants, victimes d'atrocités inimaginables. Ils se créent un monde à deux, où la communication dépasse les mots. Pourtant, "Primal" évite habilement de transformer Fang en animal de compagnie domestiqué, préservant sa nature sauvage et indomptable.
Les combats, violents et méticuleusement chorégraphiés, vous saisissent dès le départ du premier épisode.
Ça devient vraiment cool avec l'épisode 3, celui des mammouths. C'est à ce moment que l'on commence comprendre ce que va être la série.
Ce qui passe au départ pour une approximation historique devient en fait la prémisse d'un projet ambitieux au long court de créer un univers fantastique qui va aussi bien ressusciter l'héritage de Conan le Barbare que, au fil des épisodes, se rapprocher des univers, thèmes et rythme du meilleur de Métal Hurlant.
La série n'est par contre clairement pas douée pour terminer ses épisodes finaux et déjà la fin de la première saison ne me faisait douter d'un véritable intérêt pour une seconde.
Si sur les jaquettes des Blu-Ray on voit le visage grimaçant de Spear, en réalité son expression à l'écran est plus souvent un air Hahuri. Il est celui qui va traverser le Monde avec stupéfaction et abnégation.
C'est comme celà qu'on entre dans la saison 2 : plutôt que traverser un Monde, c'est finalement l'existence Humaine que va traverser ce personnage.
Et la saison 2 permet alors de finir de dessiner ce qu'l'on voyait derrière la frustration viscérale de Spear :
Spear est a la fois celui qui trace son chemin aussi qui passe a côté de l'Histoire
La deuxième saison de "Primal" plonge encore plus profondément dans les mystères de son univers anachronique. Les épisodes se construisent sur un paradigme génial (à peu près le même que le Monde du Fleuve" de Philip José Farmer) :
Une sorte simultanéité des civilisations humaines à travers l'Histoire.
Ce choix et la manière dont toute la seconde moitié de la saison est déroulé fini de faire de la série un véritable chef d'œuvre dont le propos riche et la vitalité profonde nous habitera longtemps.
L'Histoire de l'humanité devient un territoire. Un espace qui se traverse par la violence...
... Un héros qui fini brûlé par sa propre culpabilité.
Les décors se transforment en peintures vivantes (The Red Myst), chaque épisode offrant une esthétique unique. On a aussi de nouveaux personnages toujours intéressants et subtiles. Là encore beaucoup d'exemples mais pour prendre un passage discret :
On a en début de saison un épisode qui montre un guerrier viking en mode Kratos et son fils... Mais dont l'expérience de la destruction inverse les rôles : Pour enflammer le cercueil de sa mère c'est le fils qui prend l'arc de son père qui, lui, n'arrive plus a tirer sur la corde de son arme.
C'est très beau, mais ça le devient encore davantage dans l'épisode qui suivra avec un retournement inattendu (à ce stade on imagine l'enfant prendre la relève sur son père dans une croisade vengeresse...)
Pour autant, tout comme dans la première saison on a des épisodes plus faibles (l'épisode 2 de la saison 1 ; ici ce sera l'épisode "Charles Darwin" qui réduit considérablement le propos et la vitalité de la série).
"Primal" est une expérience viscérale qui transcende les frontières de l'animation. Genndy Tartakovsky nous offre une plongée épique dans un monde anachronique, où la brutalité et la beauté se rencontrent de manière inattendue. Cette série repousse les limites de l'animation adulte tout en allant puiser dans des mouvances plus ancienne, que ce soit côté Conan Le barbare, Metel Hurlant et pourquoi pas Rahan.
Difficile de dire si ça tiendra sur une troisième saison. Là comme ça la conclusion de l'épisode 10 de la saison 2 ne donne pas envie d'enchainer... Mais je m'étais déjà trompé pour la saison précédente, j'espère me tromper à nouveau.
Une œuvre à ne pas manquer pour les amateurs d'animation et de bandes dessinées de genre.
Créée
le 18 sept. 2023
Critique lue 17 fois
8
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