Oubliez les leçons de morale sur la lutte des classes : Privilège est une série organique. Le récit s’appuie sur un contraste brutal entre l’ombre de la taule et de la rue, évoquées par touches sèches sans jamais tomber dans le pathos, et la lumière crue d'un palace toxique. On y découvre que la « règle du sans-règle » édictée par son directeur — un Melvil Poupaud génial en tyran défoncé et autocrate — est aussi dangereuse que la loi de la rue. Au centre de cet aquarium doré, Manon Bresch est phénoménale dans le rôle d'Adèle : elle survit avec une épaisseur magnétique qui crèvent l'écran.
La mise en scène « survoltée », ponctuée par l'usage de la GoPro, traduit l’urgence de la survie. La caméra fait corps avec l'héroïne ; on court avec elle dans les couloirs, on étouffe avec elle sous la pression et le rythme des allers-retours entre la prison et le palace.
Cette galerie de portraits habitée brille également par ses seconds rôles, notamment Esther la concierge en chef, figure de résistance magnifique qui ose tenir tête au sommet, même si ses tentatives de dignité se fracassent contre la folie du directeur.