Adèle (Manon Bresch) est de celles qui comprennent vite. Une intelligence presque animale, contenue dans un regard de fauve, précis, attentif, toujours en alerte.
Mais ici, cela ne suffit plus. Au Citadel, Adèle doit apprendre qu'elle n'est rien ni personne. Se taire et encaisser sans broncher. Avancer, même quand ça brûle, qu'importe la douleur, l'orgueil. Une taularde qui devra raser les murs en espérant ne pas laisser de trace.
Dans ce palace où elle n'a pas sa place, on voit Adèle qui résiste, qui s'accroche face au gris de la prison, qui n'attend qu'elle et qui lui colle à la peau, ainsi qu'à tous ses souvenirs.
Une fille privée de chasse, désorientée au milieu de cet autre monde, la pluie sur son visage, l'air qu'elle respire sans contrainte. Une liberté fragile, la sensation presque étrange d'être constamment observée, attendant sa chute.
Dans ce premier épisode réussi de Privilèges, on ressent la rudesse du passé et ce palace qui impose ses règles. Marie Monge et Vladimir de Fontenay ouvrent les portes de ce grand hôtel, avec une certaine maîtrise dans chacun des dialogues. Une lumière feutrée aux apparences trompeuses. Des stars aux nuits troubles, où se croisent drogue, pouvoir et corps que l'on marchande en secret.
Au cœur de cet univers, Manon Bresch est remarquable dans le rôle d'Adèle Charki. Elle offre une histoire et un personnage prêt à tout pour réapprendre. Face à elle, Melvil Poupaud, un brillant acteur, directeur du Citadel, qui manipule avec une aisance dérangeante tout son personnel. L'élégance d'un voyou qui aime séduire, observer, transgresser, afin de toujours rester au sommet.
Une série française qui fait confiance à ses acteurs, à la fois douce et sauvage. Un parfum de Nikita, sans jamais s'y confondre. Une tension entre survie et transformation, avec une suite qui montrera peut-être qu'elle n'a pas complètement oublié comment chasser.