J'étais plutôt décontenancé à l'annonce d'un format court, je l'ai été encore plus pendant le visionnage. D'habitude, la force de DAVA se déploie sur la durée avec l’installation d’un climat, d'un langage vidé de sa substance jusqu’à produire un effet de décalage. C’est justement cette montée en tension et cette linéarité qui donnent leur force aux phrases creuses, on sent qu'on marche sur un fil pour éviter toute rupture franche et c'est ce qui fait, à mon sens, toute la tension comique des sketches.
Dans Protocole DAVA, en optant pour un format très court et fragmenté, on abandonne ce parti-pris en essayant de provoquer des décalages absurdes plus immédiats et radicaux. On se doute bien que ce sont les impératifs du genre, mais selon moi la patte habituelle du duo y perd tout son intérêt. Sans cette temporalité, les séquences peinent à installer une logique interne et, en fin de compte, oscillent entre un absurde assez superficiel et une parodie un peu flottante. Ils n’aboutissent pas toujours à quelque chose, ou cherchent au contraire à produire une chute coûte que coûte, quitte à forcer artificiellement la rupture (le sketch de la yourte est particulièrement lourd à cet égard, mais ce n'est que mon avis).
On a le sentiment que Shackelpopoulos et Béhar eux-même n’ont pas compris (ou ont choisi d'abandonner) ce qui faisait la singularité comique de DAVA, à savoir sa capacité à faire émerger le vide du langage par la seule persistance du dispositif. Dommage d'avoir pris ce parti, car ce comique-là reste relativement étanche et l'accès à un plus large réseau de diffusion n'y changera rien. Les gatekeepers peuvent dormir sur leurs deux oreilles.