Dur de désigner le responsable du propos sans avoir lu le livre, mais ce film semble accuser plusieurs décennies de retard. En plongeant son personnage principal dans une situation d'urgence assez artificielle, il rend d'office son propos hors-sol.
La situation d’un auteur est, à mon avis, suffisamment délicate en elle-même pour demander une énième représentation du l’écrivain miséreux, voué à son art jusqu'au dénuement. C’est déjà un lieu commun en littérature (d’où mon envie de lire le livre, car j’ai du mal à croire qu’on publie encore des histoires « de littérateurs, pour littérateurs » aussi convenues) mais il semble que certains pensent encore que le cinéma doit s’emparer du sujet.
En fin de compte, ma frustration au visionnage provient surtout du traitement des scènes de travail chez les particuliers, qui auraient franchement gagné à s’étirer en longueur : le malaise, la pénibilité, la promiscuité forcée de ce genre de jobs sont à peine effleurées. Au lieu de ça, on doit se contenter d’une bête accumulation, une trame paresseuse et compilatoire qui, finalement, ne fait rien de ces moments : n'existant jamais vraiment par eux-mêmes, ils ne sont, au bout du compte, transcendés qu’en ce qu’ils permettent à l’écrivain d’écrire. De mon point de vue, c’était pourtant l'idée la plus intéressante du propos d'origine. Je trouve assez surprenant, et vraiment dommage, que Donzelli n'ait pas souhaité lui donner plus de poids.
Du reste, la mise en scène est assez propre, assez sage, parfois totalement absente (les scènes de repas en famille sont d’une fadeur remarquable). On peut saluer les quelques petites embardées en caméra subjective qui, sans être révolutionnaires, ont assez bien fonctionné sur moi par moment. Mention honorable à Bastien Bouillon qui s’en sort plutôt bien dans son interprétation (curieux mélange de Paul Marchand & Un homme qui dort), ce qui aurait vite pu devenir agaçant avec un autre.
Je n’attendais pas grand chose, j’ai été servi.