Il y a des œuvres qui débordent d’intentions ; Quelqu’un devrait interdire les dimanches après-midi en fait clairement partie. Le problème, c’est que cette profusion tourne vite à vide.
Dès les premières minutes, la série affiche son ambition ; parler de cinéma, de littérature, de jeunesse, de désir, de construction identitaire. Sur le papier, tout est là. À l’écran, cela ressemble surtout à une accumulation indigeste de références. Chaque plan semble vouloir signaler quelque chose ; une citation, un clin d’œil, une posture culturelle. Marguerite Duras par-ci, le cinéma d’auteur par-là ; à force de tout montrer, la série finit par ne plus rien dire.
Cette saturation donne aux personnages un aspect artificiel, presque caricatural. Ils ne vivent pas, ils illustrent. Charlie, en particulier, devient rapidement insupportable, non pas par complexité, mais par écriture ; un personnage pensé comme un vecteur d’idées plutôt que comme un être crédible. Les acteurs, pourtant, n’y sont pour rien ; ils font ce qu’ils peuvent avec une matière trop démonstrative, trop écrite.
Le dernier épisode en est l’illustration la plus flagrante. Long, explicatif, presque pédagogique dans le mauvais sens du terme, il vient souligner ce que la série n’a cessé de faire ; expliquer ce qu’elle montre déjà. Comme si le spectateur devait constamment être guidé, rassuré, encadré. Le résultat est paradoxalement l’inverse de l’intelligence revendiquée ; un objet lourd, scolaire, qui manque cruellement de confiance en son propre langage.
Mais le vrai problème est peut-être ailleurs ; dans le regard porté sur la jeunesse. La série prétend en capter les contours, mais semble totalement déconnectée de la réalité. On y voit un microcosme bourgeois, esthétisé jusqu’à l’artifice ; appartements faussement sales, décors travaillés pour paraître vivants, mais où rien ne sonne juste. À aucun moment n’apparaît la précarité bien réelle des étudiants d’aujourd’hui ; les loyers impossibles, les galères quotidiennes, les compromis. Ici, tout semble hors sol.
Ce décalage est d’autant plus frappant que la série se veut contemporaine et engagée. Elle aligne des figures, des identités, des thématiques, comme autant de cases à cocher. Mais au lieu de produire du sens, cette accumulation donne l’impression d’un catalogue. Une succession de signes censés représenter le monde, sans jamais réellement l’incarner.
On pense parfois à un carnet adolescent saturé d’images et de références, comme ces agendas des années 90 remplis de collages ; sauf qu’ici, rien ne déborde, rien ne vit vraiment. Tout est figé, composé, signalé.
La série aurait pu être un regard sur une génération ; elle n’en est qu’une projection. Un objet culturel qui parle beaucoup de lui-même, mais très peu du réel.