En tant que fan de Nadal, j’attendais ce documentaire. S’il s’apparente souvent à une rétrospective de la carrière du champion, il brille par des moments personnels où il évoque la santé mentale, son anxiété maladive, ses moments de doute et la nécessité de s’arrêter après avoir poussé son corps dans ses retranchements.
Évidemment, c’est romancé, on prend parfois les événements comme ça nous arrange, mais moins que dans d’autres documentaires sportifs Netflix, j’ai trouvé. On arrive à cerner la personnalité et le parcours de Nadal avec une relative justesse, notamment grâce à des intervenants très prestigieux.
Je trouve ça dingue d’avoir autant d’intervenants — toute la famille Nadal, son staff, Djokovic, Federer — et des images de coulisses dingues. Les caméras ont suivi toute la dernière saison de Nadal. On peut le voir durant ses examens médicaux, entraînements, etc. Je regrette que ces ressources soient si mal utilisées. On aime ces petits moments où Nadal dit avec honte qu’il a craqué et qu’il a mangé trop de chocolats. Hélas, ces scènes sont rares. Et les interventions sont toujours coupées. Si je prends l’exemple de Federer, j’ai l’impression qu’on a toujours des bouts de phrases qui, au final, ne doivent plus vraiment refléter sa pensée. J’aurais aimé qu’on leur laisse le temps de s’exprimer, raconter des anecdotes ou des souvenirs, et que le rythme soit moins soutenu. En regardant un épisode, on ne s’ennuie jamais car tout va vite, mais à la fois, on ne se souvient pas de grand-chose. Il y a toutefois de belles séquences entre les images et les propos recueillis, je pense à un moment durant la finale de 2008 à Wimbledon.
Les images d’archives sont très belles, que ce soit à Roland-Garros ou dans sa jeunesse. Le montage et la photographie sont par moments excellents, alternant entre simplicité, authenticité et modernité, à l’image du joueur.
Étant un grand fan de Nadal, on apprend quand même des choses dans ce documentaire. Les points que j’ai trouvés particulièrement intéressants sont le syndrome de Müller-Weiss et ses effets, on résumait souvent les problèmes physiques de Nadal pour le grand public à des douleurs au genou, on comprends aussi le tyran qu’était Toni et l’apprentissage par la souffrance qui a forgé un champion, et bien évidemment toutes ces images sur les derniers mois de carrière.
Mais le point qui, pour moi, est l’un des plus intéressants du doc est l’exploration de la santé mentale chez Nadal qui pousse le corps à l'esprit à sa limite : la dépendance aux anti-inflammatoires et l’anxiété. C’est un témoignage très intéressant et rare chez les sportifs de haut niveau. Il en a, à ma connaissance, assez peu parlé durant sa carrière, si ce n’est pour justifier sa routine sur le court. En regardant les matchs à la télé, on ne peut imaginer ce qu’ils endurent. Ce passage où il explique devoir vivre en permanence avec une bouteille d’eau, avoir recours à un psychiatre, c’est intéressant.
Néanmoins, ce reportage est fait pour plaire au grand public, à ceux qui ne suivent pas le tennis. Il dresse plus une rétrospective de la carrière de Nadal, ses grandes victoires, ses combats, sa rivalité avec Federer et Djokovic, les pantacourts, sa calvitie, etc., au détriment d’une véritable analyse avec du recul sur sa carrière. Ce documentaire est plus un résumé ou une empreinte que va laisser la carrière de ce champion qu’un véritable doc sportif.
Il me manque des petites anecdotes croustillantes ou des révélations. Oui, il est évoqué l’histoire de Toni qui contrôle la pluie, mais c’est une anecdote déjà connue pour les suiveurs…
C’est en cela que les deux derniers épisodes sont pour moi les meilleurs. On est vraiment en immersion. On suit les problèmes de santé physique et mentale, il se livre avec du recul sur ces épreuves. Le remplacement de Toni par Carlos Moyá et le rôle qu’il a joué. On voit sa réaction lorsqu’il apprend qu’il joue Zverev pour son dernier RG. On est moins dans la rétrospective des grands matchs ou du clip avec Shakira, mais plus dans la réflexion sur sa fin de carrière et le fait qu’il doit arrêter.
Je pense que ce documentaire plaira à beaucoup, même si vous n’aimez pas le tennis. C’est dingue de voir à quel point un sportif peut faire autant de sacrifices. On voit vraiment la difficulté sur le corps, on sacrifie tout pour pratiquer sa passion. Quand on voit à quel point c'est dur physiquement et mentalement, on peut aisément penser que la ridicule Roselyne Bachelot est une belle ordure. Je pense que cette détermination à toute épreuve est un choix personnel, mais ce combat qu’il a fait endurer à son corps lui aura permis de rentrer dans la légende, là où d’autres sont restés dans l’anonymat. Même si ici, ce ne semble pas tant la gloire qui compte, mais plus le fait de ne jamais rien lâcher.
Bravo pour ce documentaire très réussi !