Ou quand le grand Palais Chaebol se confond avec le Grand Palais Joseon. Car oui, Red Swan va s'apparenter à une sorte de Sageuk moderne, avec tous les codes et clichés qui vont avec. Bienvenue dans un K-drama 100 % coréen avec la Cour et ses courtisans, les maîtres et leurs roturiers et laquais, et où les amours ne sont que la façade de tractations politiques et commerciales. Disney va aussi mixer le drama The K2 avec le film américain Bodyguard en y ajoutant la sauce Makjang pour faire couleur locale, et ainsi nous délivrer une texture de soap concentré. Et je dis mission réussie sur la forme, même si le fond reste des plus classiques et convenus. Il est donc amusant de constater qu'il y a un souffle shakespearien qui injecte de la tragédie, du sang et de la démesure dans la série. L'aspect théâtral n'est jamais loin, avec tout ce que cela implique.
Oh Wan-Soo(Kim Ha-neul) est une ancienne gloire du golf qui a épousé Kim Yong-kook(Jung Gyu-woon), le fils héritier d'un des plus grands Chaebols de Corée, le groupe Hwain. Mais son mariage n'est plus qu'une façade. Aujourd'hui présidente d'une ONG qui jouit d'une réputation internationale, sa vie est menacée. Sauvée d'un attentat à l'étranger par Seo Do-yoon(Rain), un ancien flic dont le meilleur ami est mort dans d'étranges circonstances, elle rentre au pays. En réalité, il s'avère que Do-yoon travaille undercover pour récupérer des informations concernant des malversations financières du groupe Hwain. Après avoir été intégré au service de sécurité de la famille, il devient le garde du corps personnel de Wan-soo. Rapidement, celle-ci est troublée par cet homme impassible qui éveille en elle des émotions perdues. Do-yoon, en quête de réponses, va découvrir un monde où les secrets de famille sont encore plus protégés que des lingots d'or dans un coffre-fort.
La série démarre sur des chapeaux de roue et te vend du rêve : du dépaysement, de l'action, du drame, du suspense, etc. Franchement, ça donne envie. Malheureusement, la première partie va s'avérer être assez poussive, suivant une construction classique où il ne va pas se passer grand-chose. Il va falloir attendre le 5ème épisode pour que le récit prenne enfin son envol. Le gros souci dans Red Swan, c'est surtout que les cartes sont abattues dès le 6ème épisode ; donc, à moins d'être vraiment aveugle, on se rend compte rapidement de qui tire les ficelles depuis toujours. Il suffit d'être observateur. Nous sommes dans un makjang avec de légers traits de thriller : trahisons familiales, secrets de naissance, vengeance, personnages dans l'excès. Mais au moins, c'est très facile et plaisant à suivre, même si on est souvent dans la caricature décomplexée. Ce drama peut s'apparenter sur certains points à un sageuk moderne: une Reine Mère autoritaire en la personne de Park Mi-ran(Seo Yi-sook) qui gère sa cour. Ses accès de colère et ses cris répétés sont excessifs et font ressortir paradoxalement un effet comique involontaire.
Car en effet, si l'histoire ne sort pas du lot, ce sont les personnages qui font de cette série l'atout majeur, digne d'un drame shakespearien ou grec. Wan-Soo est une héroïne tragique qui essaye de faire le bien. Son mari Yong-Kook cache plusieurs facettes de sa personnalité. Il est méprisable, mais c'est une façade ; on apprendra même à l'aimer. L'acteur est d'ailleurs très bon dans son rôle. Le patriarche décédé était aussi une ordure en quête de rédemption. Le garde du corps Do-yoon est un chevalier blanc taciturne, qui dégage un magnétisme animal évident, mais dont on ne sait pas s'il se sert des sentiments de Wan-Soo pour arriver à ses fins ou s'il est réellement sincère avec elle. Enfin, il y a tout le reste de la famille, avec la "concubine" du mari, le second fils, et surtout l'avocat de la famille Han Sang-Il(Yoon Je-Moon) qui semble être un maillon essentiel au fonctionnement du conglomérat. Bien évidemment, tout le monde se déteste dans un endroit où seul l'argent est faiseur de rois. C'est le règne de la cupidité, du mensonge et du paraître.
Cependant, comme je l'ai dit, si l'histoire est facile à suivre, on aura droit à des prises de décisions absurdes juste pour créer des effets de manche. Et pour amener des phases d'action (très rares) ou créer un moment de thriller, on oublie volontairement de sécuriser le Grand Palais ou la protection des VIP, laissés "volontairement" à la merci du tueur. Ils se font photographier à 10 m et Do-yoon, censée être un agent d'élite, ne voit rien. Sans parler des blessures graves qui guérissent en 2 ou 3 jours (un poignard dans le dos, ça passe crème). Il y a aussi des facilités scénaristiques et des références qui font irrémédiablement penser au drama The K2 avec Ji Chang-Wook, dont il partage de nombreux points communs. Les personnages sont vraiment trop manichéens, les rebondissements attendus, et on privilégie la photographie plutôt que le vrai fond. La romance est aussi un peu trop feutrée à mon goût, la faute sûrement à un format trop court qui ne permet pas de développer les interactions entre les personnages. Par contre, l'alchimie entre Kim Ha-neul, une superbe actrice de 45 ans lors du tournage, et Rain fonctionne assez bien. Tout est focalisé dans le regard et les rapprochements subtils. Disney oblige, visuellement c'est très beau, léché, le luxe doit se voir et il se voit.
Red Swan rend une copie propre, avec une réalisation et une mise en scène de qualité comme on sait le faire chez Disney. Mais la prise de risque est minime et l'histoire est bateau. C'est aussi beaucoup trop prévisible, cousu de fil blanc avec des situations parfois rocambolesques. La seule vraie profondeur émotionnelle tient au personnage du fils aîné de la famille, Kim Yong-Kook, un être complexe et confus qui aura un destin en rapport avec mon titre. Ce qui m'a gêné aussi, c'est qu'on ne saura jamais pourquoi les autorités s'étaient intéressées de près aux affaires du Chaebol, mais surtout pourquoi seulement deux agents ont été impliqués au final dans une affaire aussi grosse et complexe. Si vous cherchez une romance classique et poussée comme dans K2, ne vous attendez à rien de folichon. Certaines (j'insiste!) ont cassé le drama juste parce que Kim Ha-neul était plus âgée que Rain. Alors j'ai juste envie de dire à ces femmes rageuses que, quand tu vois son corps à cet âge, beaucoup de "gamines" paieraient pour avoir le même. Enfin, la conclusion m'a laissé un peu perplexe car trop simpliste. Je mets une bonne note car je suis bon (parfois).
Main Theme : We Are (We Are) - KLANG
Additionnel OST: Complete OST Playlist