Reverse
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Reverse

Drama Wavve (2026)

Entre apparences trompeuses et imbroglio

Reverse est un drama qui porte bien son nom. C'est une adaptation de l'audio movie (œuvre destinée avant tout à un public aveugle ou malvoyant) dénommé Reverse: Memory and Truth de Lim Gun-joong. Wavve lui a donc laissé carte blanche pour adapter lui-même son bébé à l'écran. Ce thriller psychologique a bénéficié de l'appui de la KOCCA (Korea Creative Content Agency) en 2024, car c'est la première fois que l'on opère le passage du format audio à un format visuel. Mais l'impact sera-t-il le même ? C'était tout le défi à relever. Alors, s'appuyant sur sa base scénaristique, Lim Gun-joong ne s'en sort pas si mal, même si les épisodes 4 et 5 sont sujets à débat à cause de problèmes que nous analyserons. D'ailleurs, prévoyez un décodeur. Je dois l'avouer : à un certain moment, j'ai dû revoir certains passages car ils étaient trop confus ou totalement illisibles. Le principe de Reverse est original : le passé et le futur semblent s'influencer mutuellement en temps réel.


Posons les bases de l'histoire. Après s'être enfuie d'une villa qui finit par exploser, Ham Myo-jin(Seo Ji-hye) perd le contrôle de son véhicule et est violemment percutée par un camion qui l'envoie à l'hôpital. Miraculée, elle semble cependant frappée d'amnésie partielle. Elle ne se souvient plus des gens qui l'entourent, notamment de son fiancé Ryu Jun-ho(Ko Soo), un brillant architecte de renommée internationale. Celui-ci va être aux petits soins pour elle afin qu'elle se remette. Pendant que la police enquête sur l'explosion de la villa dans laquelle deux personnes sont mortes ,dont Choi Hee-su(Kim Jae-kyung), une amie proche de Myo-jin, et son père, un puissant homme d'affaires, d'autres personnages vont émerger autour d'elle : un maître-chanteur lié à Jun-ho, un gang chinois et enfin un mystérieux individu dénommé Ki-cheol(Yoon Je-moon). L'affaire paraît plus complexe qu'il n'y paraît et un faux-semblant va en cacher un autre. C'est machiavélique!


Reverse va demander un effort de compréhension bien particulier, une rigueur intellectuelle de tous les instants. Alors, même si la colorimétrie va être employée pour différencier les temporalités, à certains moments, il aurait été plus judicieux d'incruster les dates à l'écran (cela est fait épisodiquement d'ailleurs). Le but est évident : nous perdre. Le revers de la médaille, c'est que, selon moi, c'est contre-productif, notamment durant les 4e et 5e épisodes où j'ai été largué plus d'une fois. La faute à un montage et une mise en scène malheureusement pas toujours à la hauteur. De plus, la surcharge d'informations contradictoires et l'absence de repères rendent la distinction entre souvenir, hallucination et réalité souvent opaque. C'est gênant de devoir plus souvent analyser les informations plutôt que d'être dans l'immersion. Le rythme est bon, mais les cassures sont ressenties à cause d'une construction hasardeuse en plein milieu du drama. Et l'apport de personnages totalement inutiles à la trame, juste là pour nous embrouiller, n'est selon moi pas un choix très judicieux. Par moment il manque un point d'ancrage, notamment avec le personnage de Ki-cheol, pourtant le pivot essentiel dans la quête de vérité et de vengeance de Myo-jin.


Si on retire la réalisation un peu complexe et confuse, Reverse reste néanmoins un bon drama qui arrive à se raccrocher aux branches grâce notamment à son casting impeccable, une très belle direction artistique, un esthétisme léché et une intrigue solide avec des twists nombreux, et enfin une conclusion dont on ne pouvait pas deviner l'issue. On nous envoie souvent vers de fausses pistes en nous présentant des individus bons qui vont s'avérer être mauvais, et inversement. Il n'est pas évident de savoir qui ment et qui dit la vérité avant les premières explications qui vont arriver vers le 7e épisode. On sait que l'enjeu tourne autour de la vengeance de Myo-jin, mais sans spoiler : est-elle, elle aussi, blanche comme neige ? Reverse est une œuvre cérébrale de déconstruction qui pourra en rebuter plus d'un, et c'est compréhensible. En voulant instaurer un mystère total, on a du mal parfois à faire des liens entre certains protagonistes. Ainsi, on a vraiment du mal à comprendre l'implication du gang chinois qui nous envoie vers une fausse piste (j'ai dû demander à une IA, ce n'est pas normal). Pour vous faciliter la tâche, il ne faudra jamais perdre de vue que l'histoire tourne autour d'un drame familial sordide et abject.


Je me suis réconcilié avec le drama vers le 6e épisode, et surtout lors des deux derniers qui envoient vraiment du lourd. C'est enfin fluide, passionnant et limpide. Et toute la frustration des émotions refoulées ou incomprises va enfin s'envoler. Pourquoi ? Parce que les masques enfin vont tomber et la vraie nature des héros va apparaître au grand jour. Reverse est avant tout une histoire de manipulation : ne vous laissez jamais avoir par des scènes ou des propos qui peuvent paraître simples à comprendre. Il faut toujours se remémorer que si le titre est "Reverse", ce n'est pas dû au hasard. L'inversion totale des rôles n'est jamais loin. Les teneurs dramatique, psychologique puis tragique sont les trois points forts du drama. Identifier les bons comme les méchants est un vrai chemin de croix, vous allez vite vous en apercevoir. Le seul personnage véritablement bon est Lee Sang-ho (Lim Won-hee), qui vient en aide à Myo-jin dans sa quête de vérité. Reverse est là pour éveiller vos sens, mais retranscrire un récit audio percutant en récit visuel est une prouesse pas évidente à réaliser. Cela reste troublant. L'histoire navigue aussi entre moralité, immoralité et amoralité de manière subtile et ambiguë. C'est noir, et d'ailleurs certains visuels appuient bien là-dessus. Les dialogues sont aussi assez percutants.


Ce drama est un puzzle mental. C'est un pari d'adaptation audacieux qui oscille entre confusion et brillance. Ici le spectateur va devoir faire preuve d'une abnégation à toute épreuve pour ne pas être largué. Mais l'expérience est plutôt bonne, car elle nous oblige à réfléchir. Voilà tu l'as compris, si les complications ce n'est pas pour toi, pas la peine de regarder. Niveau immersion, le fait de voir parler coréen un gang chinois n'est pas top, et il y a un ou deux points qui vont rester dans le flou à la fin. Mais néanmoins Reverse est un thriller haletant, sombre avec des vérités qui vont être gênantes à accepter. C'est finalement le reflet du bon et du mauvais que nous avons en chacun de nous. Et c'est la force de cette série : c'est tout le contraire du manichéisme puisque on nous offre un véritable labyrinthe mental tortueux. La performance des acteurs Seo Ji-hye et Ko Soo, qui portent sur leurs épaules cette structure narrative fragile avec une intensité remarquable est à souligner. Et le final est glaçant et explosif comme on pouvait (ou pas?) s'y attendre. Ce drama est donc une œuvre imparfaite mais fascinante sur la malléabilité de la mémoire et la noirceur de l'âme humaine.


Main Theme: Bande annonce Reverse

Créée

le 10 mai 2026

Critique lue 66 fois

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