The Golden Spoon(La cuillère dorée) n'est pas un conte de fées ni une satyre. C'est une drama plus proche d'une réflexion métaphysique et philosophique sur sa condition sociale et morale, si on prend conscience de ce que le scénariste a voulu nous exposer. Car il y a plusieurs grilles de lecture à faire en regardant cette série. Ceux qui vont la regarder au premier degré ne comprendront pas les nombreuses subtilités que dégagent cette œuvre, et vont simplement effleurer le contenu basique. Ce n'est pas seulement le combat du bien contre le mal, ou du riche contre le pauvre, c'est une véritable parabole biblique, avec des éléments religieux puissants qui viendront faire pencher la balance du coté de la vertu ou de l'immoralité. Ne venez pas chercher une romance "classique" ou du comique, c'est un drama tragique à tous les niveaux. Si on se contente de lire le synopsis de base, on pense qu'on va regarder une énième adaptation d'un pauvre type qui veut devenir riche, et qui va se rendre compte que la richesse du cœur c'est mieux que tout l'or du monde, et que après réflexion il va revenir en arrière et retrouver sa vie simple.
Si tu penses venir pour çà, ce n'est même pas la peine de rester, on est pas dans une rom-com ou une débilité de ce genre. Le postulat de départ c'est "Échangeriez-vous votre famille pauvre mais aimante contre une vie de luxe? ". L'histoire débute en 2011 mais va s'étendre sur plus d'une décennie. Lee Seung-Cheon(Yook Sung-Jae) est un lycéen modeste. Il a réussi à intégrer un établissement de prestige grâce à une bourse. Sa famille est aimante, mais il ne supporte plus cette vie misérable qui l'empêche d'évoluer, surtout qu'il est toujours le bouc émissaire des lycéens riches. Un jour il rencontre une étrange vieille femme qui lui lui vend une mystérieuse cuillère en or qui lui permet d'échanger sa vie avec celle d'un ami riche. Mais il a droit à 3 retours en arrière possible: au bout de 30 jours, au bout d'un an et enfin au bout de 10 ans. Quand le transfert s'opère, lui seul garde ses souvenirs passés. Il reste une dernière règle dont je ne vous parlerai pas. Il va échanger sa vie avec celle de Tae-Yong( Lee Jong-Won), le fils de la plus grosse fortune du pays, le puissant magnat Hwang Hyeon-Do(Choi Won-Young). Ce que Seung-Cheon ignore, c'est qu'il n'existe pas qu'un seul exemplaire de la cuillère dorée.
Bien entendu je ne vous ai pas parler de toutes les propriétés de la cuillère. Mais le plus important dans cette histoire, c'est de se focaliser sur l'évolution de Seung-Cheon qui par son égoïsme et sa cupidité, va engendrer des dégâts collatéraux irréversibles. J'ai aimé voir ce personnage qui est tout sauf lisse, naviguant dans ses paradoxes moraux, voulant à la fois finalement le beurre, l'argent du beurre et le cul de la crémière. Car on a pas demandé non plus son avis à Tae-Yong pour qu'il échange de place. Mais si finalement c'était ce qu'il voulait au plus profond de lui, une vraie famille modeste mais aimante, ce qu'il n'a jamais connu dans sa vie, lui vivant dans un trauma depuis son enfance? Dans ce récit, on est pas dans le sempiternel combat du pauvre contre le riche, ainsi que le cliché éculé "tous les riches sont des pourris et tous les pauvres sont des gentils". Ce n'est jamais manichéen, il y a de la nuance et j'ai apprécié. Le héros exprime une dualité qui fait qu'on a du mal à l'aimer ou le détester pleinement. On le hait quand il rejette cette brave famille, plaçant l'argent et la réussite au dessus de leur amour, même s'il a besoin de ce lien qu'il ne parvient pas à couper. Il jalouse Tae-Yong qui a pris sa place, mais qui lui, s'il n'a aucun souvenir de son autre vie, a conservé toutes ses aptitudes.
La question qu'on va se poser durant tout le drama, c'est de savoir si Seung-Cheon qui franchit le Rubicon, reviendra en arrière ou pas. S'il fait preuve d'altruisme durant sa vie de fils de riche, voudra t-il tout abandonné alors qu'il s'est investi à fond dans son nouveau rôle? Car en face de lui se dresse son père virtuel, à savoir Hyeon-Do, l'homme le plus riche de Corée, qui peut s'apparenter à Lucifer en terme d'image biblique. Il y a beaucoup de secrets à découvrir dans The Golden Spoon et les rebondissements importants interviennent tous les 4 épisodes en gros. Le scénario, même si parfois ressemble à un Emmental, avec plusieurs trous de narration ou des personnages qui voient fluctuer leur personnalité trop brusquement, est dans l'ensemble de qualité. Il nous offre plusieurs perspectives de lecture intéressante. On ne va cependant pas éviter quelques facilités ou séquences caricaturales. Certaines phases durant lesquelles on verra l'amoureuse de Seung-Cheon, Na Ju-Hee(Jung Chae-Yeon) lui pardonner trop facilement ses vils agissements dépassent le bons sens. Après ok c'est une femme amoureuse, mais c'est la seule qui fait la différence entre Seung-Cheon et Tae-Yong quelque soit leur apparence.
Je ne vous cache pas que j'ai failli arrêté la série vers le 9e épisode et l'ellipse temporelle de 10 ans. C'est là que j'ai réalisé pourquoi on avait pris des comédiens de cet âge là. C'est surtout à partir de ce moment que l'histoire prend un nouveau tournant. Il y a cependant une grosse erreur de casting avec la présence de Chang Ryul et de Son Yeo-Eun: il est beaucoup trop vieux pour le rôle qu'il tient, et elle beaucoup trop jeune çà saute aux yeux. Il y a des zones d'ombre qui ne seront jamais élucidés concernant la personnalité et les agissements de Joon-Tae. On ne va pas éviter aussi le triangle amoureux, même si cela là n'est pas classique. Par contre le fait que Ju-Hee reste "pucelle" pendant 10 ans, faut pas non prendre pour des cons non plus. On ne saura jamais aussi qui est cette mystérieuse vendeuse qui fait penser au personnage de Rumpelstiltskin des frères Grimm, même si son rôle est de tenter le pécheur, en constatant jusqu'ou l'âme humaine peut être pervertie. Dans le drama on va utiliser les thèmes de la rédemption et de la résilience mais de manière détourné, presque de façon immorale. Dans l'ensemble les séquences de thriller et de mystère de la 2e partie ont suscité un intérêt majeur, même si pendant 2 ou 3 épisodes on évitera pas un certain flottement.
Jusqu'au dernier épisode, on ne peut absolument pas deviner comme va se conclure l'histoire. A titre personnel je l'ai trouvé un peu tiré par les cheveux, car il semblerait que la vie soit un perpétuel recommencement. Seung-Cheon a fait souffrir ses proches, alors pourquoi cette relative clémence des cieux jusqu'au dénouement? C'est la profondeur de l'âme humaine qui est sondée dans ce drama: jusqu'où iriez vous pour avoir le pouvoir et l'argent, quitte à être damné? Le tentateur est-il plus coupable que le tenté? La réflexion sur le plan philosophique est basée sur le sens que l'on doit accorder à sa part de responsabilité sur nos propres choix, les bons comme les mauvais, et des conséquences que l'on doit assumer. La réussite de cette histoire tient aussi grâce à un très bon casting, des dialogues à la hauteur et une mise en scène de qualité. Mais j'ai eu parfois l'impression qu'à force de vouloir trop en faire, on s'égarait dans des divagations inutiles. La seule phrase qui a retenu mon attention et délivrée par Hwang Hyeon-Do à son fils est la suivante: "La pauvreté n’est pas contagieuse, mais la richesse infecte facilement les gens”. À vous maintenant de vous faire votre propre opinion sur le sens à donner à votre vie.
Main Theme: Min Kyung Hoon - Now is the Beginning
Additionnel OST: Kim Yeji - 'Answer