J’ai bien aimé tout en étant déçu à la fois. Déçu en bien comme disait Godard. Je suis un adorateur du roman de Patricia Highsmith (un chef-d’œuvre), et du film qu’en a fait Minghella (un chef-d’œuvre aussi), et beaucoup moins de Plein Soleil, adaptation un peu ratée. Wenders l’a aussi adapté dans L’Ami Américain (j’adore) mais l’adaptation est tellement libre, que j’aurais bien du mal à le juger en miroir de l’œuvre originelle. Ce n’est pas le cas ici car la série adapte le roman de manière fidèle, la plus fidèle possible. L’image et la mise en scène sont belles, très belles, parfois trop belles même, cherchant plus la pose photographique très léchée plutôt que le plan de cinéma. D’ailleurs le noir et blanc très contrasté est un choix bizarre pour une œuvre qui se déroule quasi intégralement en Italie, et en grande partie sur la côte Amalfitaine, connue pour la beauté de ses couleurs. Bon, c’est un parti pris, pourquoi pas, et on finit par s’habituer, mais ce noir et blanc si nickel me fait quand même penser aux travers de cinéastes esbroufeurs à la Cuaron. Après j’ai un gros souci avec l’acteur principal qui a 47 ans, alors que Tom Ripley est un jeune homme qui a la vingtaine, pas plus, idem pour Greenleaf qui a plus de 40 ans, et franchement ça fausse un peu tous les rapports de force de l’œuvre. C’est le père de Greenleaf qui charge Ripley d’aller retrouver son fils en Italie, car celui-ci vit à ses crochets, etc. vous connaissez l’histoire, je ne vais pas vous la refaire, mais comment peut-on imaginer, surtout à cette époque, qu’un homme plus de 40 vive encore au crochet de ses parents ? ça ne marche tout simplement. Dommage également que le versant homosexuel du livre, et des rapports entre tous les personnages, ne soit pas suffisamment développé. C’est presque carrément explicite chez Highsmith, et là on sent que par pudibonderie c’est simplement mis de côté. Enfin, j’aime que la série prenne le temps de raconter, mais franchement, tout est étiré au possible (par exemple le meurtre de Greenleaf sur un épisode entier, ça ne rime à rien…) Disons qu’il y a beaucoup de pose dans cette série, qu’on n’est pas loin du truc de petit malin prétentieux comme Netflix sait si bien les faire. Mais en même temps, ça finit par prendre, et précisément après le meurtre de Greenleaf. Une fois que tous les enjeux sont posés et que Ripley commence à vivre sous l’identité de Greenleaf, la mise en scène trouve son sens, le rythme est mieux géré, et la série est parfois passionnante, en tout cas digne d’intérêt.

FrankyFockers
6
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le 7 juil. 2024

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