Le talentueux Monsieur Ripley, roman de Patricia Highsmith publié en 1955 avait fait l'objet d'une adaptation cinématographique en 1960 avec Plein Soleil de René Clément avec Alain Delon dans le rôle principal. 39 ans plus tard il est à nouveau adapté, cette fois par un anglais Minghella avec Matt Damon dans le rôle de Ripley. Les deux adaptations étaient bonnes, la première étant bien évidemment la meilleure des deux. Cela dit, avec un scénario aussi bon, il aurait vraiment fallu le vouloir pour en sortir une merde. Alors je dois dire que quand j'ai entendu parler d'une adaptation en série, j'étais à la fois curieux et perplexe. Curieux, parce que je l'ai dit, le scénario est excellent (merci Patricia), perplexe, car une autre adaptation était-elle vraiment nécessaire. De plus je n'aime pas trop Andrew Scott.
Cependant, j'ai franchi le pas d'essayer. Premier parti pris : le tourner en noir et blanc et le situer à l'époque du roman, ce qui est mieux parce que aujourd'hui, il serait bien impossible que ce scénario se réalise ! Imaginez, à l'époque il n'y avait pas facebook, ni aucune réseau social et pas même internet. Ainsi, on pouvait ne même pas trouver la photo de quelqu'un ! Cependant, ça n'empêche pas les grandes arnaques. Vous avez peut-être vu The Tindler Swindler sur Netflix ou la série Inventing Anna ? Comme quoi les arnaqueurs trouvent toujours à faire malgré les difficultés de l'époque. Bref, revenons à notre Ripley. Je l'ai dit, je n'aimais pas trop Andrew Scott, c'est-à-dire que c'est juste que sa gueule ne me revenait pas. Dans les adaptations précédentes ils choisissent Matt Damon qui a une gueule plutôt sympathique ou Alain Delon (jeune) qui était alors un playboy international. Là, ils prennent un parti très différent : mettre direct un type pas sympathique a priori. car c'est vrai que pour arnaquer, une belle gueule ça aide. Mais là, le type n'est pas aidé, et justement pas mal de personnages le trouvent antipathique dès le début ce qui ne facilite pas les choses. Le Ripley des autres versions, dans mon souvenir (qui remonte à loin) était plus flamboyant.
Bref, on voit un type, ce Ripley, galérer à New York a monter ses petites arnaques, mais ça ne marche pas très bien. Lorsque le père Greenleaf lui propose d'aller en Italie chercher son fils, c'est un grand soulagement et une belle opportunité pour lui qu'il se doit de saisir : il mettra en place l'arnaque de sa vie.
La réalisation, en noir et blanc donc, est extrêmement soignée. Le parti pris est réaliste : plutôt que de nous montrer un Ripley flamboyant comme dans les versions précédentes on nous montre un type un peu plus normal qui, s'il est talentueux, galère cependant pas mal. Cette manière de montrer la difficulté du crime - qu'expliquait fort bien un tueur en série dans Mindhunter (ben oui, c'est pas un métier facile) - rappelle beaucoup Breaking Bad - on peut penser à l'épisode de la mouche pour ceux qui connaissent - dans l'art de filmer le détail ou la répétition - ici je fais référence par exemple à tout ce qui se déroule autour de l'ascenseur et avec le chat. Les comédiens sont excellents et chaque épisode arrive à un sommet tel qu'il est difficile de résister à l'envie de voir le suivant. Bref, c'est une série très réussie et on est finalement heureux que cela ait été fait : l'histoire mérite totalement qu'on s'y arrête sur 8 épisodes et on se dit finalement qu'à côté, les films laissaient sous silence pas mal de détails d'importance. Inutile de dire qu'Andrew Scott est largement remonté dans mon estime et que c'est surement son rôle le plus important à cette date.