7
il y a 3 jours
SuivreDoctor, Doctor !
Avec un titre pareil, S&X pourrait laisser penser qu’elle va parler de sexe. Elle le fait, bien sûr, mais ce n’est finalement pas tellement une série sur la sexualité que sur les troubles,...
Avec un titre pareil, S&X pourrait laisser penser qu’elle va parler de sexe. Elle le fait, bien sûr, mais ce n’est finalement pas tellement une série sur la sexualité que sur les troubles, comportements et souffrances qui se cristallisent autour d’elle.
C’est assez différent de Hit the Spot. Dans Hit the Spot, le sexe est aussi plaisir, désir, découverte du corps, communication, frustration, et notamment du point de vue féminin. Dans S&X, le cabinet de Shimotori devient le point de rencontre de toutes ces sexualités en souffrance. Parmi elles, il y a cet homme condamné à suivre une thérapie après avoir été surpris en train de filmer sous les jupes des femmes. Chacun de ces personnages est regardé avec la même bienveillance. Shimotori écoute, cherche l’origine du trouble, et propose des solutions ou des adaptations. Et c’est probablement ce qui fait à la fois la force et la limite de S&X.
Car comprendre n’est pas excuser.
Autant certains comportements relèvent d’une souffrance personnelle dont les conséquences retombent essentiellement sur celui qui en souffre, autant d’autres font des victimes. Le voyeurisme n’est pas simplement une sexualité qui aurait dévié ou un trouble qu’il suffirait de comprendre pour mieux le soigner : filmer une femme à son insu constitue une atteinte à son intimité et à son consentement. Et à force de rechercher derrière chaque comportement la blessure susceptible de l’expliquer, S&X finit parfois par l’adoucir.
La victime, elle, disparaît presque derrière le trouble de celui qui lui a porté atteinte.
La bienveillance thérapeutique devient alors un peu trop confortable.
C’est d’autant plus paradoxal que le personnage chargé de réparer les autres porte lui-même le traumatisme probablement le plus violent de la série. Adolescent, Shimotori a assisté à une scène d’une brutalité extrême. La scène est suffisamment suggérée pour que l’on comprenne ce qui se passe et suffisamment violente pour que je me sois demandé pourquoi le scénario avait choisi d’aller aussi loin.
Car comment sortir indemne d’une telle vision à cet âge ? Que Shimotori en ait conservé un rapport profondément traumatique au sexe et à l’intimité paraît presque évident. En revanche, la manière dont la série résout finalement ce traumatisme me paraît beaucoup moins convaincante. Après avoir consacré tant de temps à montrer que les difficultés sexuelles peuvent avoir des origines psychologiques complexes, elle traite curieusement celle de son personnage principal avec une facilité qui contraste avec la violence de ce qu’elle lui a fait vivre.
Et c’est là que la romance me convainc beaucoup moins. Les retrouvailles avec la jeune fille qu’il avait rencontrée dix-sept ans auparavant fonctionnent joliment comme un écho : il la retrouve dans une situation émotionnelle qui reproduit celle de leur première rencontre. Mais dix-sept années ont passé et il la reconnaît immédiatement alors qu'elle porte un masque. Il faut tout de même avoir très envie d'y croire. Plus gênant, leur relation devient progressivement l’un des instruments de sa reconstruction alors qu’elle est finalement assez peu développée. L’idée romantique est jolie ; sa construction psychologique l’est beaucoup moins.
Curieusement, deux web-séries coréennes aux ambitions de production plus modestes m’avaient davantage convaincue dans leur manière d’aborder la sexualité. Hit the Spot parlait très directement du désir et de l’orgasme féminins, mais surtout de l’écoute de soi et de l’autre, de la frustration et de la communication dans le couple. You Raise Me Up partait quant à elle d’un trouble de l’érection pour parler de honte, de perte d’estime de soi et de reconstruction. Dans les deux cas, le sexe était moins un problème à résoudre qu'une porte d’entrée vers quelque chose de plus intime.
S&X, production Netflix visuellement plus ambitieuse, dispose d’un terrain de jeu beaucoup plus vaste et ose aborder des sujets rarement montrés dans les séries asiatiques. C’est aussi ce qui la rend intéressante. Mais cette succession de cas donne parfois l’impression d’un catalogue de troubles sexuels auxquels la thérapie doit nécessairement trouver une explication.
Cela ne m’a pas empêchée d’apprécier la série. Kento Nakajima est excellent dans ce rôle et Shimotori est un personnage attachant précisément parce que derrière le thérapeute calme et rassurant se cache un homme beaucoup plus fragile qu’il n’y paraît. La réalisation est soignée, certains sujets sont franchement audacieux et la série évite le voyeurisme qu’un tel thème aurait facilement pu provoquer. Comme Louise, j’ai également découvert le sexe en VR. Bigre !
Mais c’est peut-être finalement son paradoxe : S&X ose beaucoup dans les sujets qu’elle aborde tout en restant extrêmement prudente dans ce qu’elle en fait. Elle veut comprendre tout le monde, ne condamner personne et trouver derrière chaque comportement une souffrance susceptible de l’expliquer. Une démarche profondément humaine, mais qui m’a parfois laissée mal à l’aise.
Parce qu’entre comprendre, soigner et excuser, la frontière est parfois beaucoup plus fine que ne semble le penser S&X.
Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Le Japon de l’intérieur
Créée
il y a 3 jours
Critique lue 27 fois
7
il y a 3 jours
SuivreAvec un titre pareil, S&X pourrait laisser penser qu’elle va parler de sexe. Elle le fait, bien sûr, mais ce n’est finalement pas tellement une série sur la sexualité que sur les troubles,...
9
hier
SuivreSans oublier d’ajouter à la chanson de Souchon : « et dans les caleçons des garçons !».Cette série est une parfaite réussite sur un sujet potentiellement casse-gueule. Le titre est cash, un brin...
7
il y a 5 jours
Suivreil y a 5 jours
Une série sur la sexologie , à vocation très pédagogique , traitée avec beaucoup de délicatesse et vue plus spécifiquement à travers les préjugés et les tabous de la société japonaise. Habituée à...
10
le 2 avr. 2025
SuivreAe-soon veut devenir poétesse. Gwan-sik, lui, ne souhaite que rester à ses côtés, l'aimer et la rendre heureuse. Nés tous deux dans les années 50 sur l'île de Jeju, nous suivons leur parcours...
8
le 21 nov. 2024
Suivrele 19 mai 2026
Hae-Jo (Woo Do-hwan) est un (beau) jeune homme profondément blessé par l’abandon de son père après une erreur survenue à l’hôpital durant son enfance. Lorsqu’un événement vient brutalement...
6
le 20 janv. 2026
SuivreEn dehors des polémiques que la série a suscitées, force est de reconnaitre qu’elle confirme ce que la Corée fait actuellement : descendre tranquillement dans la production de navets avec une...
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème